ANNEE 1188.

_Coment le roy prist Montrichart, et coment le conte Richart luy fist

feaulté et hommage._

Quant le roy se fu parti du chastel de Levrous qu'il ot en telle manière

pris, il commanda que l'ost feust conduit tout droit à Montrichart. Quant

il fu là venu, il commanda qu'il feust asségié de toutes pars. Là sist

l'ost une pièce avant qu'il féist chose qui guaires vaulsist[80]. A la

parfin firent les engins drécier et lancier aux tours et aux deffenses.

Lors prisrent François à assaillir par moult grant force tant qu'il

prisrent le chastel à quelque paine; tous ardirent les fauxbourgs, et

craventèrent la tour qui moult estoit forte et haute. Là furent pris

cinquante chevaliers qui estoient tous armés et qui là estoient en

garnison.

Note 80: _Vaulsist._ Valût.

Lors se leva le roy du siège et chevaucha avant, et prist Paluel, Montesor,

Chastelet, Roche-Guillebaut, Culant et Monlignon, et soubmist à sa

seigneurie quanques le roy Henry avoit en toute la terre d'Auvergne. Quant

il sot ce, savoir peut on qu'il fu dolent et couroucié: lors prist son ost

et le ramena parmi Normandie; mais le roy Phelippe chevaucha après au plus

hastivement et au plus tost qu'il pot, si prist le chastel de Vendosme en

trespassant, le roy Henry et son fils le conte Richart chaça jusques à un

chastel qui siet au Perche et si est nommé Trou[81]. Au chastel se

mistrent; mais il n'y demourèrent pas longuement; car le roy Phelippe qui

après vint batant les en chaça à grant honte et à grant confusion.

Note 81: _Trou._ Aujourd'hui village du département de l'Orne,

près d'Argentan.

En ce que le roy Henry et son fils Richart s'en fuyoient ainsi parmi la

marche de Normandie, il ardi le chastel de Dreux en trespassant, et maintes

autres villes champestres jusques à tant qu'il vint à Gisors. Lors

donnèrent les deux roys trièves l'un à l'autre pour l'yver qui approuchoit.

En ces entrefaictes Richart, conte de Poitiers, requist à son père le roy

Henry à femme la suer le roy Phelippe qu'il devoit avoir; car son père le

bon roy Loys la luy avoit laissiée en garde, et avecques ce requéroit-il le

royaume d'Angleterre, pour ce que les convenances avoient esté telles entre

le roy Loys et le roy Henry, que quiconques des fils le roy Henry auroit

celle dame, il devroit avoir le royaume d'Angleterre après le décès le roy

Henry: et pour ce qu'il estoit ainsné après Henry son frère qui mort

estoit, il devoit avoir celle dame et le royaume après le décès son père,

si comme il disoit. Et ce requéroit par les convenances qui devant avoient

couru; mais le roy Henry son père ne se voulloit à ce accorder en nulle

manière. Et quant le conte Richart vit qu'il n'en feroit plus, il se

départi de luy par mautalent, si s'en alla au roy Phelippe et luy fist

féauté et hommage, et s'alia à luy par serement et par fiance.

_Incidence._--En l'an de l'Incarnacion mil cent quatre-vingts et huit, le

second jour de février, fu éclipse de lune universale en la quarte heure de

la nuit, et dura ainsi comme par trois heures.

_Ci fine le premier livre le roy Phelippe Dieudonné._

CI COMENCE LE SECONT LIVRE

DES GESTES AU BON

ROY PHELIPPE.

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Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 59 / 446 题