_Coment les abbayes et les églyses de Bourgoingne firent complainte au roy
du duc de Bourgoingne._
Ne demoura pas puis moult longuement, après que le roy ot ce fait, que les
évesques et les abbés et toutes les religions de Bourgoingne envoièrent
messages au roy, et se complaindrent malement du duc. Pour Dieu et pour
pitié luy requéroient qu'il adresçast ceste chose, et qu'il leur féist
tenir les chartres et les munimens que les preudommes donnèrent qui les
églyses avoient fondées par leur dévocion. Car anciennement les bons roys
de France, par la grant dévocion qu'il avoient en la foi crestienne,
fondèrent les abbaïes et les églyses, si comme le premier roy chrestien qui
ot à nom Clovis, et le roy Clothaire, et le roi Dagobelt, le grant roi
Charlemaines, et ceulx qui après furent, quant il orent occis et chaciés
les paiens du royaume à grant ahans et à grant effusion de sang, et il
demourèrent en paix. Il fondèrent lors les églyses par grant dévocion et
donnèrent largement aux ministres Nostre-Seigneur rentes et possessions,
pour ce qu'il eussent largement leur vivres et peussent continuellement
servir Nostre-Seigneur, et prier pour les ames de leur fondeurs; desquels
aucuns furent qui esleurent leur sépultures ès lieux qu'il avoient fondés,
par la grant dévocion qu'il avoient ès sains et ès sainctes en cui honneur
il les fondoient. Si comme le roy Clovis qui gist à Saint-Père de Paris qui
ores est nommée Sainte-Geneviève de Paris, et le roy Childebert à
Saint-Vincent qui ores est nommé Saint-Germain-des-Prés; le roy Clotaire le
premier à Saint-Mard de Soissons; le roy Dagobert à Saint-Denys en France,
et lu roy Loys, père au roy Phelippe, à Barbéel.
Quant les roys doncques fondèrent les églyses, et il les orent franchies
par leurs chartres de toutes exceptions, il entendoient qu'elles feussent
tousjours gardées en leur franchises, et qu'elles feussent en leur propre
garde et protection. Et quant il donnoient les terres aux barons par leur
franchise, ce n'estoit mie leur intencion qu'il grevassent pour ce les
églyses né brisassent les munimens de leur exemptions. Et pour ce que le
duc oppressoit les églyses et les abbayes de sa terre de grieves tailles,
contre les roiaux munimens, et le roy en avoit jà oïes maintes complaintes,
si l'amonesta le roy une fois et autre et puis la tierce devant tous ses
amis, et luy pria moult débonnairement que pour Dieu et pour pitié et pour
la foy qu'il devoit à la couronne de France il rendist aux églyses ce qu'il
leur avoit tolu, et qu'il ne féist plus telles choses. Et puis luy dist à
la parfin que s'il ne l'amendoit, il l'en puniroit et vengeroit en luy les
torfais de l'églyse.