ANNEE 1180.

_Coment il deffendi sainte églyse, et puis après coment il dompta ses

barons qui contre luy se révéloient._

Entour un an après le couronnement le roy, avint qu'un tirant qui avoit nom

Hébert de Charenton prist forment à grever les églyses et les abbayes de

Berry, en la conté de Bourges, en toltes et en rapines et en maintes autres

exactions. Quant les clers et les religieux ne porent plus endurer les

griefs qu'il leur faisoit, il en firent au roy complainte par leurs

messages, et luy prièrent moult humblement qu'il leur portast envers luy

guarantie, et les tors fais leur fist amender. Quant le roy eut oï leur

complainte, il fu tout embrasé d'amour et de jalousie pour vengier la honte

de saincte églyse, et se présenta pour escu et pour mire, encontre toutes

persécucions pour sa droiture guarantir. Gens assembla et entra en sa terre

à moult grant force, villes brisa et prist proyes, vigoureusement abati son

orgueil en pou de temps. Celluy vint à ses piés à mercy, et lui requist

pardon de ses mesfais. Et le roy, qui fu misericors, lui pardonna par telle

condicion qu'il jura sur sains à rendre aux églyses et aux religions

quanqu'il leur avoit tollu à l'esgart et à la volenté le roy, et de lors en

avant se garderoit de faire teles violences.

Ceste première bataille fist le roy Phelippe-Dieudonné en commencement de

son règne en l'aage de quinze ans, et la sacra pour prémices à

Nostre-Seigneur. Faire le devoit, car pour ce fu-il dit Phelippe Dieudonné

que Dieu le donna pour la délivrance et pour la deffense de saincte églyse

et du peuple crestien.

En celle année meisme qui fu la première de son couronnement, au quinzième

an de son aage troublèrent en telle manière saincte églyse les fils

d'iniquité, c'est à savoir: Robert de Beaujeu et le conte de Chaalons et

aultres qui furent de leur suite contre les Chartres et contre les munimens

royaus dont les roys avoient franchi les églyses, et leur firent mains

griefs et mains dommages. Les clers et les religieux firent savoir ceste

chose au roy en complaignant.

Quant il sot ceste chose, il fu esmeu et entalenté de la honte vengier. Il

entra en leurs terres, tout destruist et gasta et prist proies; si

vertueusement les refrainst et dompta qu'il les contrainst à rendre aux

églyses tout quanqu'il leur avoient tolu par force, et rendi la paix

temporele aux religieux; à leurs oroisons se offry et se recommanda, puis

s'en parti. A tant bien doit toute saincte églyse pour l'ame de lui prier;

car il fu tousjours champion très-appareillié pour la guarantir et

deffendre. Il confondi et destruist les juifs, qui sont pervers ennemis de

la foy crestienne: il puni et bouta hors de la communaulté de saincte

églyse les hérèses qui mal sentent des articles de la foy crestienne. Pour

lesquelles choses ses bonnes oeuvres sont establies en Nostre-Seigneur, et

doit toute saincte églyse raconter et retraire ses fais et ses dis, pour

exemple donner au monde.

En cel an meismes advint que l'ennemi de paix qui moult est dolent quant il

voit concorde régner entre les princes, pour ce que la discension de tels

gens amène souvent plus de maux qu'il ne feroit de menu peuple, souffla

l'esprit d'iniquité ès cuers d'aucuns barons de France, et à ce les mena

qu'ils firent conspiration contre luy. Chascun assembla sa force, et entra

en la terre pour tout mettre à destruction. Moult fu le roy de grant ire

embrasé quant il oï ces nouvelles. Son ost assembla isnelement, et mut

puissamment, et si vertueusement les poursuivi que par l'aide de nostre

Sire qui merveilleusement y entra, les mist tous soubs piés et les

contrainst si par force qu'il vindrent à luy tous à mercy, et se mistrent

haut et bas à sa volenté comme ceulx qui estoient coulpables des chiefs

couper selon les loys, pour le crime de conspiracion. Et Nostre-Seigueur

qui bien sait guerredonner à chascun le bien qu'il fait, si que nul bien

trespasse sans guerredon, luy fu escu et deffense en la fraude de ses

ennemis et luy donna fort estrif pour ce qu'il vainquist; car il eut à Dieu

sacré les deux premières batailles qu'il eut faictes au commencement de son

règne, en l'onneur de Dieu et de Nostre-Dame pour saincte églyse guarantir.

Les grandes chroniques de France (4/6 ) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 9 / 446 题