ANNEE: 834.

_Coment Lothaire ardi et prist la cité de Chalon, et coment l'empereur vint

au secours, mais ce fu trop tart. Coment il le chaça jusques à Blois, et

coment il vint à luy à merci, et coment l'empereur accusa les traiteurs par

devant ses barons._

Quant Lothaire s'en fu fouy en Bourgoingne, si comme vous avez oï, le conte

Lambert et le conte Mainfroy[960], qui sa partie soustenoient, furent

demourer en Normandie et plusieurs autres de leur accort; la terre

gardoient et la voulloient tenir à force contre l'empereur. Moult en avoit

grant despit le conte Ode et mains autres de la partie l'empereur. Gens

assemblèrent pour eulx chacier hors du païs et pour combatre encontre eulx,

sé autrement ne povoit estre; mais ceste entreprise leur tourna à dommage

et à confusion, pour ce qu'elle ne fu pas si bien né si sagement

administrée comme elle deust; car leurs ennemis leur coururent sus, une

heure qu'ils ne s'en prenoient garde; et ceulx qui furent esbahis de leur

venue soudainement tournèrent en fuie. Là fu occis le conte Ode et

Guillaume et un sien frère et mains autres de leurs gens, et ceulx qui

eschaper purent par fuite et estre sauvés, s'en fouirent.

Note 960: Lambert étoit comte de Nantes, et Mainfroyon Malfredus

avoit été dépouillé du comté d'Orléans en 828. (Note de Dom Bouquet.)

Ceulx qui eurent ainsi victoire demourèrent aussi comme en désespérance; et

bien virent qu'ils ne povoient pas demourer illec seurement, car Lothaire

leur estoit si loin qu'ils ne povoient avoir de luy secours; si se

doubtoient encore assez plus que l'empereur ne venist sur eulx, ou qu'il

n'y envoiast, ou qu'ils ne feussent encontrés de luy ou de sa gent s'ils se

mettoient en voye pour aler à Lothaire. Pour ce se hastèrent d'envoyer à

luy, et luy mandèrent la besoingne, le péril où ils estoient, et qu'il ne

laissast pas qu'il ne les secourust. Et quant il oï ce, il proposa qu'il

les secourroit. Le conte Warin et ceulx qui avec luy estoient garnirent en

ce point la forteresce de Chalon, pour ce qu'elle leur feust refuge et

deffense contre leurs ennemis, sé mestier feust. Lothaire qui ce sceut

cuida là venir soubdainement, mais il ne peut à cette fois. Et toutes voies

y vint-il à la fin, le chastel assist, et ardit tout quanqu'il trouva

dehors la forteresce. Grant assault donnèrent ceulx de dehors, et ceulx

dedens firent grant deffense. Quinze jours dura l'assault moult grant et

moult aigre, et au derrenier fu la cité rendue. De trop grant cruaulté

furent les vainqueurs, car ils robèrent premièrement toutes les églyses et

toute la cité, fors seulement une petite églyse qui estoit fondée en

l'onneur de saint George qui eschapa par miracle; car en ce point que toute

la cité ardoit, la flambe qui tout dévouroit de toutes pars de la chapelle,

prendre ne s'y put né nul mal ne luy fit; si ne fu-ce pas de la volonté ni

du commandement Lothaire que la cité fu arse et destruite.

Tant cria la chevalerie contre Gaucelme, contre le conte Sanila et contre

Madalesme, que ils eurent les chiefs coupés[961]. Et Gerberge, qui eut esté

fille le conte Guillaume, fu noiée comme sorcière et enchanteresse[962]. La

raison pourquoi les autres furent décolés ne savons-nous pas, car l'istoire

s'en taist à tant. [963]Endementiers que ces choses advindrent, l'empereur

et son fils Loys s'en alèrent en la cité de Langres; là luy furent

premièrement ces nouvelles contées, qui moult le firent triste et dolent.

Et Lothaire, qui ainsi eut exploité comme vous avez oï, se partit de

Chalon, et par la cité d'Ostun s'en ala droit à Orléans; de là mut et s'en

ala au Mans à une ville qui à nom Matulle[964]; l'empereur et son fils les

suivirent à grans osts. Et quant Lothaire, qui jà avoit les sieus receus

qui de Normandie s'en estoient à luy fouis, sceut que son père le suivoit,

il fist tendre ses herberges assez près de l'ost l'empereur. En ce point

démourèrent quatre jours, pour messages qui aloient des uns aux autres. Et

la quarte nuit, Lothaire fist deslogier son ost, et commença tousjours à

s'en aler de l'empereur et l'empereur à luy par une adresce, jusques à tant

qu'il vint jusques au fleuve de Loire près du chastel de Blois, là endroit

à une petite eaue qui a nom Cize qui chiet en Loire. Les hesberges

tendirent d'une part et d'autre.

Note 961: Voici le latin édité: «Adclamatione porro militari, post

captam urbem, Gotselmus comes, itemque Sanila comes, nec non et

Madalelmus vassallus dominicus....» _Gerberge_ étoit la femme de

Gaucelme.

Note 962: La phrase suivante n'est pas traduite du latin.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 293 / 316 题