_De divers messages qui vindrent à court, et des messages au roy de
Boulgrie, qui requeroient abonnement des deux royaumes; et coment Heriols,
un prince des Normans, fu baptisié, et d'autres incidences._
[883]Au mois de mai qui après fu, tint l'empereur parlement à
Ais-la-Chapelle. Là vindrent les messages des Boulgres qui longuement
avoient démené bataille[884] en Bavière, par le commandement l'empereur. Si
estoit telle leur entencion qu'après la confirmation de paix et l'aliance,
que l'on traitast de bonner[885] les marches entre les Boulgres et les
Alemans et les François-Austrasiens. A ce parlement furent aussi les
messages des Bretons; si y estoient les plus grans de leurs gens. Moult
s'umilièrent et promistrent subjection et obédience. Entre les autres
estoit Guiomart, qui tous les autres surmontoit de pouvoir et de noblesse;
si fut cil dont l'istoire a parlé, qui par son orgueil esmut l'empereur à
ce qu'il entrast en Bretaigne. Sa terre luy gasta, puis vint à merci. Et
l'empereur luy pardonna tout, à luy et à tous ceulx de sa partie et plus;
il luy donna dons et le laissa aller en sa terre tout délivre. Mais cil qui
estoit mauvais eut tost oublié les bénéfices que l'empereur luy eut fais.
Car tantost comme il fu retourné en son païs, il courut sus à ses voisins
et meismement à ceulx qui obéissoient loyaument à l'empereur. Toutes voies
fu la fin telle au derrenier que les hommes le conte Lambert l'occistrent
en sa maison meisme.
Note 883: _Vita Ludovici Pii.--XXXIX_.
Note 884: _Avoient demené bataille._ Le latin ne dit pas précisément
cela. «Legatio... quæ diu in Bajoaria, secondam præceptum ejus
substiterat.»
Note 885: _Bonner._ Borner. _Abonnement_, imposition de bornes,
démarcation.
Quant tous ces messages se furent partis et le parlement fu fini,
l'empereur s'en alla chacier en la forest de Vouge; jusques au mois d'aoust
demoura en ce déduit. Après retourna à Ais-la-Chapelle pour tenir le
parlement qu'il eut fait devant crier. Là fu la paix confermée que les
Normans requeroient.
Après ce parlement envoia Loys, le meindre de ses fils, en Bavière. Et il
repaira à Noion[886], luy et Lothaire son autre fils. Tout le mois de
septembre se déduisit en chasce de bois; vers le commencement d'yver s'en
alla à Ais-la-Chapelle. Assez tost après, fist assembler parlement. Là
vindrent de rechief les messages le roy de Boulgrie, qui moult portoit
grief ce que l'empereur luy avoit mandé, et de ce qu'il n'avoit pas impetré
vers l'empereur ce qu'il requeroit. Pour ce avoit arrière envoiés ses
messages et luy mandoit par grand présumpcion, si comme il estoit contenu
en sa lettre, que certaines bonnes feussent mises entre les deux royaumes,
ou qu'il gardast ses marches au mieulx qu'il pourroit. De ce fu toute la
court esmeue et disoient tous que le roy qui ce mandoit avoit bien desservi
de perdre terre. Et pour ce que l'empereur voulloit estre certain de ce
roy, s'il avoit ceste chose mandée ou non, commanda que les messages
feussent retenus jusques à ce que l'on eust là envoié; et pour ceste chose
y fu envoié Bertrique, le conte du palais, qui raporta que ce n'estoit pas
voire. Et l'empereur délivra les messages quant il en fu certené.
Note 886: _A Noyon_, ou plutôt: _à Nimègue_.
[887]En celle année vint Pepin à son père qui yvernoit à Ais-la-Chapelle.
Assez tost luy commanda le père qu'il s'en retournast et qu'il feust tout
appareillé, s'il avenoit par aventure qu'aucun besoing sourdist par devers
Espaigne. Quant ce vint vers les kalendes de juillet, l'empereur repaira
vers Hengelihem; car il avoit commandé que les barons et le peuple feussent
là assemblés à parlement. A celle assemblée establit moult de choses qui
estoient profitables à l'estat de sainte Eglise; là receut et conjoït les
messages l'apostole et les messages l'abbé de Mont-Olivet[888]. A ce
parlement furent présens deux princes de deux manières de gens; Céadrague,
un duc des Abrodiciens, et Tonglones, un duc des Sorabiens. Devant
l'empèreur furent accusés d'aucuns cas. Et pour ce que la preuve estoit
assez clère, l'empereur les punit et chastoia et puis les renvoia en leur
païs. Là meisme, vint à court Heriols, un prince des Normans, et luy et sa
femme et ses enfans et grans compaignies de Danois. Baptizié fu et sa femme
et ses enfans et toute sa compaignie. Moult luy fist grant honneur
l'empereur et luy donna grans dons. Et pour ce qu'il doubtoit que l'on ne
le chaçast hors de son païs, pour ce qu'il estoit crestien, ou que l'on lui
féist aucun grief, lui donna-il une contrée de Frise, qui a nom
Riustre[889], afin qu'il péust là venir à garant, sé mestier en estoit.
Note 887: _Vita Ludovici Pii.--XL_.
Note 888: _L'abbé de Mont-Olivet._ «Legationes tàm à sanctâ sede
romanâ quàmque à monte Oliveti per Dominicum abbatum perlatas
suscepit, audivit atque absolvit.»
Note 889: _Riustre._ «Quemdam comitatum in Frisiâ, cujus vocabulum
est _Riustri_.»
En ce temps estoient gardes et deffendeurs de toute Pannonie Baudin et
Giron[890]. Ce Baudin vint lors à court et amena à l'empereur un prestre
qui Georges[891] avoit nom. Preudomme estoit et de honneste vie, et disoit
qu'il savoit faire orgues à la manière de Grèce. Moult en fu l'empereur
lie, si rendit graces à Nostre-Seigneur de ce qu'il avoit trouvé maistre de
tel art qui onques n'avoit esté en us au royaume de France. A Radulphe le
trésorier[892], commanda qu'il luy administrat despens et tout quanques
mestier lui seroit à celle besoigne.