ANNEES: 824/825.

_De divers messages qui vindrent à court, et des messages au roy de

Boulgrie, qui requeroient abonnement des deux royaumes; et coment Heriols,

un prince des Normans, fu baptisié, et d'autres incidences._

[883]Au mois de mai qui après fu, tint l'empereur parlement à

Ais-la-Chapelle. Là vindrent les messages des Boulgres qui longuement

avoient démené bataille[884] en Bavière, par le commandement l'empereur. Si

estoit telle leur entencion qu'après la confirmation de paix et l'aliance,

que l'on traitast de bonner[885] les marches entre les Boulgres et les

Alemans et les François-Austrasiens. A ce parlement furent aussi les

messages des Bretons; si y estoient les plus grans de leurs gens. Moult

s'umilièrent et promistrent subjection et obédience. Entre les autres

estoit Guiomart, qui tous les autres surmontoit de pouvoir et de noblesse;

si fut cil dont l'istoire a parlé, qui par son orgueil esmut l'empereur à

ce qu'il entrast en Bretaigne. Sa terre luy gasta, puis vint à merci. Et

l'empereur luy pardonna tout, à luy et à tous ceulx de sa partie et plus;

il luy donna dons et le laissa aller en sa terre tout délivre. Mais cil qui

estoit mauvais eut tost oublié les bénéfices que l'empereur luy eut fais.

Car tantost comme il fu retourné en son païs, il courut sus à ses voisins

et meismement à ceulx qui obéissoient loyaument à l'empereur. Toutes voies

fu la fin telle au derrenier que les hommes le conte Lambert l'occistrent

en sa maison meisme.

Note 883: _Vita Ludovici Pii.--XXXIX_.

Note 884: _Avoient demené bataille._ Le latin ne dit pas précisément

cela. «Legatio... quæ diu in Bajoaria, secondam præceptum ejus

substiterat.»

Note 885: _Bonner._ Borner. _Abonnement_, imposition de bornes,

démarcation.

Quant tous ces messages se furent partis et le parlement fu fini,

l'empereur s'en alla chacier en la forest de Vouge; jusques au mois d'aoust

demoura en ce déduit. Après retourna à Ais-la-Chapelle pour tenir le

parlement qu'il eut fait devant crier. Là fu la paix confermée que les

Normans requeroient.

Après ce parlement envoia Loys, le meindre de ses fils, en Bavière. Et il

repaira à Noion[886], luy et Lothaire son autre fils. Tout le mois de

septembre se déduisit en chasce de bois; vers le commencement d'yver s'en

alla à Ais-la-Chapelle. Assez tost après, fist assembler parlement. Là

vindrent de rechief les messages le roy de Boulgrie, qui moult portoit

grief ce que l'empereur luy avoit mandé, et de ce qu'il n'avoit pas impetré

vers l'empereur ce qu'il requeroit. Pour ce avoit arrière envoiés ses

messages et luy mandoit par grand présumpcion, si comme il estoit contenu

en sa lettre, que certaines bonnes feussent mises entre les deux royaumes,

ou qu'il gardast ses marches au mieulx qu'il pourroit. De ce fu toute la

court esmeue et disoient tous que le roy qui ce mandoit avoit bien desservi

de perdre terre. Et pour ce que l'empereur voulloit estre certain de ce

roy, s'il avoit ceste chose mandée ou non, commanda que les messages

feussent retenus jusques à ce que l'on eust là envoié; et pour ceste chose

y fu envoié Bertrique, le conte du palais, qui raporta que ce n'estoit pas

voire. Et l'empereur délivra les messages quant il en fu certené.

Note 886: _A Noyon_, ou plutôt: _à Nimègue_.

[887]En celle année vint Pepin à son père qui yvernoit à Ais-la-Chapelle.

Assez tost luy commanda le père qu'il s'en retournast et qu'il feust tout

appareillé, s'il avenoit par aventure qu'aucun besoing sourdist par devers

Espaigne. Quant ce vint vers les kalendes de juillet, l'empereur repaira

vers Hengelihem; car il avoit commandé que les barons et le peuple feussent

là assemblés à parlement. A celle assemblée establit moult de choses qui

estoient profitables à l'estat de sainte Eglise; là receut et conjoït les

messages l'apostole et les messages l'abbé de Mont-Olivet[888]. A ce

parlement furent présens deux princes de deux manières de gens; Céadrague,

un duc des Abrodiciens, et Tonglones, un duc des Sorabiens. Devant

l'empèreur furent accusés d'aucuns cas. Et pour ce que la preuve estoit

assez clère, l'empereur les punit et chastoia et puis les renvoia en leur

païs. Là meisme, vint à court Heriols, un prince des Normans, et luy et sa

femme et ses enfans et grans compaignies de Danois. Baptizié fu et sa femme

et ses enfans et toute sa compaignie. Moult luy fist grant honneur

l'empereur et luy donna grans dons. Et pour ce qu'il doubtoit que l'on ne

le chaçast hors de son païs, pour ce qu'il estoit crestien, ou que l'on lui

féist aucun grief, lui donna-il une contrée de Frise, qui a nom

Riustre[889], afin qu'il péust là venir à garant, sé mestier en estoit.

Note 887: _Vita Ludovici Pii.--XL_.

Note 888: _L'abbé de Mont-Olivet._ «Legationes tàm à sanctâ sede

romanâ quàmque à monte Oliveti per Dominicum abbatum perlatas

suscepit, audivit atque absolvit.»

Note 889: _Riustre._ «Quemdam comitatum in Frisiâ, cujus vocabulum

est _Riustri_.»

En ce temps estoient gardes et deffendeurs de toute Pannonie Baudin et

Giron[890]. Ce Baudin vint lors à court et amena à l'empereur un prestre

qui Georges[891] avoit nom. Preudomme estoit et de honneste vie, et disoit

qu'il savoit faire orgues à la manière de Grèce. Moult en fu l'empereur

lie, si rendit graces à Nostre-Seigneur de ce qu'il avoit trouvé maistre de

tel art qui onques n'avoit esté en us au royaume de France. A Radulphe le

trésorier[892], commanda qu'il luy administrat despens et tout quanques

mestier lui seroit à celle besoigne.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 272 / 316 题