Note 871: _Theodone._ Thionville.
[872]En l'an qui après fu, assembla parlement en un lieu qui a nom Atigni.
A ceste assemblée furent évesques et abbés et autres ministres de sainte
Église; et si y furent aussi les barons du royaume. Là se réconcilia et
apaisa à tous ceulx qu'il avoit fait tondre en religion, contre leur
volenté, et à tous ceulx qu'il cuidoit avoir de riens grévés, combien
qu'ils l'eussent desservi, et confessa et dist devant tous qu'il s'estoit
envers eulx meffait et en print pénitence de sa volenté, ainsi comme
l'empereur Théodoire avoit fait jadis, comme sé il eut ce fait sans raison
et sans jugement. Et se repentit et prit pénitence de ce qu'il avoit fait à
Bernart son nepveu, qui par droit jugement avoit esté puni. Selon son
meffait s'amanda de quanqu'il se put pourpenser qu'il se fust meffait en
telles choses: et mettoit grant cure à apaisier à nostre Seigneur, pour les
choses qu'il tenoit à péchié, et par aumosnes et par les oroisons de sainte
Eglyse, ainsi comme s'il eust fait par déloyauté et par cruauté ce que il
avoit fait par droit jugement.
Note 872: _Vita Ludovici Pii.--XXXV_.
En ce temps envoia gens qui murent de Lombardie contre Leudevit, le prince
de Pannonie. Et quant cil sceut ce, il ne les osa attendre, ains guerpit sa
terre et s'en fouit à garant à un prince de Dalmacie. Cil le receut en sa
cité, mais il luy en rendit mauvais guerredon; car il meisme l'occist puis
en traïson, et se mist en possession de la seigneurie de la ville. Aux gens
l'empereur ne fist oncques bataille né parlement, mais il leur manda par
messages que moult s'estoit mesfait vers l'empereur et que volentiers
vendroit à luy à merci.
En ce temps vindrent nouvelles à la court et fu compté à l'empereur que sa
gent qui gardoient les marches d'Espaigne avoient passé le fleuve de
Sichore[873] et estoient entrés bien avant en la terre; tout avoient ars et
destruit devant eulx, et estoient retournés à grant gains sans dommages; et
ceulx aussi qui gardoient les marches de Bretaigne estoient aussi passés
oultre, et avoient tout gasté par feu et par occision; et tout ce estoit
meu par un Breton qui avoit nom Guiomart, lequel se commençoit à rebeller
et enforcier contre eulx. Après le parlement, envoia l'empereur son fils
Lothaire au royaume de Lombardie; un moine, qui Wale avoit nom, luy bailla
pour le garder, si luy appartenoit de lignage, et avec luy Géront son
chambellan: et lui commanda qu'il ouvrast par leur conseil et redresçast
les privées choses et les communes du royaume. Pepin son fils envoia aussi
au royaume d'Acquitaine, pour le royaume garder et gouverner. Mais avant,
le fist espouser la fille le conte Théodebert[874].
Note 873: _Sichore._ La Segre.
Note 874: _Theodebert._ Il étoit comte de Madrie, contrée de la
Neustrie, située entre Evreux et Rouen. Théodebert fut père du comte
Odon d'Orléans, et de Robert duquel descendit _Robert-le-Fort_.
Après ces choses ainsi faites, quant ce vint le mois de septembre, il ala
chacier et soi déporter en deduis de bois, selon la coustume de France; et
puis passa le Rin, pour yverner, en un lieu qui en Thiois est nommé
Franquoforch[875]. Là fist assembler parlement de toutes les nacions qui
delà le Rin obéissoient au royaume de France; avec les princes du païs
ordena en ce parlement de toutes les choses qui appartenoient au proufit de
la terre. En ce parlement oït et congéa deux paires de messages des Normans
et des Avares qui ores sont appellés Hongres, si comme aucuns veullent
dire. Dons et présens apportoient, et requéroient renouvellement de pais et
d'aliance. En ceste ville demoura l'empereur tout l'yver, et fist
rappareiller et refaire de nouvel œuvre aucuns nouveaux édifices qui pour
le temps d'yver lui estoient proufitables.
Note 875: _Franquoforch._ Francfort.--_Thiois_. Allemand.
[876]Quand ce vint au nouvel temps, droit au mois de may, fist-il assembler
un parlement, avant qu'il se partist, des François Austrasiens et des
Saisnes et autres nacions qui à ces parties marchissoient. A ce parlement
vint à fin la guerre de deux frères, qui entre eulx estoit pour un royaume.
Mileguast et Celeadrages estoient nommés, gentilshommes estoient et eurent
esté fils au roy Luibi, qui eust esté occis en une bataille contre les
Abrodites. Si estoit pour ce le contens, que le peuple s'acordoit à
Celeadrages le plus jeune, et non mie à Mileguast l'ainsné, pour ce qu'il
estoit, si comme l'en disoit, plus lasche et plus paresseux que mestier ne
seroit au royaume gouverner. Et ceste discorde mut devant l'empereur. Et
quant la volenté du peuple fu cognue et sceue, le royaume fu donné au
mineur de ces frères. L'empereur les honnoura moult et leur donna grans
dons, jurer les fist qu'ils seroient amis et loyaux l'un vers l'autre et
vers luy-mesme; si se départirent atant.
Note 876: _Vita Ludovici Pii_.--_XXXVI_.