_Coment son frère Pepin ostoia sur les Gascons, et coment le duc Bourna
sivit Leudevit par l'empire. Coment les Normans vindrent en Acquitaine, et
coment l'empereur pardona son mautalent à tous ceulx qui traï l'avoient, et
puis coment il mit la pais entre ceulx qui se descordoient._
Entre ces choses et en celle année meisme, avint en Acquitaine que les
Gascons, qui par nature sont discordables et de legier esmouvement, se
rebellèrent contre l'empereur; mais il envoia Pepin, son fils, qui en pou
de temps les chastia, si que nul ne fu si hardi qui s'osast troubler contre
l'empereur.
Après ces choses, se partit de sa gent et s'en alla à petite compaignie
chacier en la forest d'Ardenne. Et quant le temps d'iver fu repairé, il se
retrait vers Ais-la-Chapelle. Là repairèrent à court le peuple et les
barons si comme ils souloient.
[862]A court vint le duc Bourna, et se complaignit à l'empereur des griefs
et des dommages que Leudevit luy faisoit. Et l'empereur luy livra aide et
gent par quoi il peust celluy grever et sa terre mettre en destruction. En
trois parties se devisèrent. Et quant ce vint vers le printemps, ils
entrèrent en la terre Leudevit et la dégastèrent presque toute; mais
Leudevit n'en vint onques à eulx à parlement né à bataille, ains se tint
tousjours en un chastel qui moult estoit fort et haut.
Note 862: _Vita Ludovici Pii.--XXXIII_.
Quant Bourna et la gent à l'empereur s'en furent repairés, ceulx de la cité
de Charente[863] et mains autres qui avoient esté de la partie Leudevit, se
rendirent au duc Baudri qui de par l'empereur estoit duc d'Acquilée.
Note 863: _Ceulx de la cité de Charente._ Le latin porte:
«Carniolensos et quidam Carentanorum.» Aujourd'hui les peuples de la
Carniole et de la Carinthie.
Une chose advint là en ce point, que Sanilla appella de traïson Bera, le
comte de Barcinone. A cheval se combatirent selon leur coustume et selon
leur loy[864], car l'un et l'autre estoient Gotiens; mais à la parfin fu
vaincu Bera et deust avoir perdu le chief selon les lois: si trouva-il si
très-grant débonnaireté en l'empereur, qu'il n'en porta autre paine fors
qu'il fu envoie en essil à Rouen, à la volenté et au rappel l'empereur.
Note 864: Ni les lois écrites des Goths, ni la loi romaine qui étoit
celle de plus grand nombre des Aquitains, n'admettoient les combats
judiciaires; mais l'usage de ces combats prévaloit, surtout chez les
Goths. L'astronome limousin confond donc ici cet usage, qui avoit
plus de force que la loi, avec la loi même.
Entre ces choses vindrent nouvelles à l'empereur, à court, de treize nefs
et de plusieurs galios plains de robeurs qui s'estoient parties de
Normandie[865] et s'adréçoient vers France, pour le païs gaster. Lors fu
commandé que tous les pors de Flandres et de Neustrie (qui ores est nommée
Normandie) feussent bien gardés et deffendus; par espécial l'entrée de
Seine là où elle chiet en mer: lors furent bien deffendus. A donc Normans
s'espendirent par la mer et vindrent en Acquitaine. Les pors trouvèrent
sans défense. Pour ce, entrèrent légièremént en la terre, et quant ils
orent gasté le païs[866], ils retournèrent en leurs contrées.