Après commanda que conciles fussent célébrés par toute France, pour amender
l'estat de saincte Eglyse. L'un fu fait en la cité de Maience; le second en
la cité de Rains; le tiers en la cité de Chaalons; le quart en la cité
d'Orléans; le quint en la cité d'Arle-le-Blanc. Puis fist réciter en plain
consistoire des barons les corrections et les constitutions qui eurent esté
faittes en chascun des conciles. Et qui l'exemplaire en vouldra trouver et
avoir, si le quiere en ces cinq cités devant dictes, jà soit ce que
l'exemplaire en fut retenu ès escrins du palais. De ce parlement, fuient
envoiés aucuns des barons de France et de Sassoigne, oultre le fleuve
d'Albe, ès marches des Normans qui l'empereur avoient requis de paix et de
concorde, par tel si que Aminge le frère le roy que l'empereur tenoit fust
rendu. Au lieu déterminé assemblés furent; si furent seize d'une part et
seize d'autre. La paix qui entre eulx courut conformèrent par serement et
ainsi receurent les Danois le frère de leur roy.
En ce temps n'estoient pas les deux roys de Dannemarche en leurs terres,
mais estoient alés ostoier en une cité qui a nom Westerfort. Celle région
estoit ès derrenières parties de leur royaume, entre Occident et
Septentrion, vers la fin de Bretaigne encontre bise. Le peuple et le prince
de celle contrée ne leur vouloient obéir né estre en leur subjection.
Toutesvoies, quant ils les eurent domptés et soubsmis, ils retournèrent en
leur païs et receurent leur frère qui leur eut esté rendu. Mais assez tost
après ce que ils furent retournés, le fils le roy Godefroy qui devant eut
régné et plusieurs nobles hommes de Dannemarche qui en autre païs aloient
et estoient en essil, leur appareillièrent bataille. A la partie des deux
roys se tint le commun de tout le royaume et grant nombre d'autre gent qui
à eulx aplouvoient de toutes parts; bataille firent et les chacièrent assez
légièrement hors du royaume.
Les Mores d'Espaigne qui l'isle de Corse avoient prise et dégastée s'en
retournèrent par mer. Mais Hirmengaire, le comte de Spolitaine, leur bastit
un aguait à un destroit, et prist huit de leurs vaisseaux; si trouva dedens
cinq cens Corsiens et plus qu'ils enmenoient pris. Après avint que les
Mores qui de ceste honte et de cest dommage se vouldrent vengier
s'assemblèrent et entrèrent en Toscane. Une cité dégastèrent qui a non
Cencelle[494] et une autre qui est appellée Nice en la contrée de Narbonne.
Après arrivèrent et entrèrent en Sardaigne; à ceulx du païs se combatirent,
mais furent desconfis et chaciés et s'en fouyrent à grant dommage de leurs
gens. Michiau l'empereur de Constantinoble se combatit en ce temps contre
unes gens qui sont appellés Bulgres. Et pour ce que fortune luy fu
contraire à celle bataille et qu'il n'eut pas victoire de ses ennemis, il
se désespéra. Puis qu'il fu retourné en Constantinoble il laissa l'empire
et devint moyne[495]. Après lui receut la dignité Lyon qui fu fils Barde le
patrice. Après ces choses avint que Crumas le roy de Bulgrie monta en trop
grant orgueil, pour ce qu'il avoit occis Nicéphore, l'empereur de
Constantinoble, et l'empereur Michiau desconfi et chacié de Messie[496].
Pour ce mena son ost devant la cité de Constantinoble et mist ses tentes
devant les portes. Un jour chevauchoit par devant les murs de la cité plus
follement et plus despourvuement que mestier ne luy fust. Quant l'empereur
aperceut sa folie, il issit hors soudainement. En ce poignéis[497] fu le
roy Crumas griefvement navré; et il s'en fouit arrières en son païs luy et
tout son ost[498].
Note 494: _Cencelle_, ou _Centocelle_. C'est _Civita-Vecchia_.
Note 495: _Devint moine._ L'entrée en religion étoit le suicide du
temps.
Note 496: _Messie._ Moesie.
Note 497: _Poignéis._ Lutte. De _pugna_, et _pugnatio_.
Note 498: Ici s'arrête le texte des Annales d'Eginhard, si ce n'est
qu'elles mentionnent encore à l'année suivante la mort du grand
empereur. Le reste de notre second livre est traduit du chap. XVII de
la _Vita Caroli-Magni_.
L'empereur appareilla navie contre les Normans et fist faire nefs et autres
vaisseaux de lès les fleuves de Gaule et Alemaigne qui chient en la mer,
par devers Septentrion. Et pour celle gent qui souvent s'embatoient ès
marches de France parmi les fleuves, fist-il clorre et garnir de
forteresces les pons et la terre des fleuves, pour que celle gent né autres
robeurs n'y peussent entrer. Ce meisme fist-il en la province de Narbonne
sur les rivages des fleuves, par devers midi et par tout le rivage d'Italie
jusques à Romme, pour les Mores d'Espaigne qui jà avoient appareillé navies
pour ces contrées destruire. Et pour ce garanti-il tout ce païs de griefs
dommages; Lombardie des Mores, France et Alemaigne des Normans qui oncques
en son temps dommage ne luy firent: fors que les Mores destruirent une fois
une cité qui a nom Cencelles; et les Normans en Frise aucunes isles qui
sont près du rivage de France et d'Alemaigne.
_Ci fine le second livre des gestes le fort roy Charlemaines._
CI COMENCE LE TIERS LIVRE
DES FAIS ET DES GESTES
LE FORT ROY CHARLEMAINES.
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