Note 493: _Eginh. Annal. A° 813._

Après commanda que conciles fussent célébrés par toute France, pour amender

l'estat de saincte Eglyse. L'un fu fait en la cité de Maience; le second en

la cité de Rains; le tiers en la cité de Chaalons; le quart en la cité

d'Orléans; le quint en la cité d'Arle-le-Blanc. Puis fist réciter en plain

consistoire des barons les corrections et les constitutions qui eurent esté

faittes en chascun des conciles. Et qui l'exemplaire en vouldra trouver et

avoir, si le quiere en ces cinq cités devant dictes, jà soit ce que

l'exemplaire en fut retenu ès escrins du palais. De ce parlement, fuient

envoiés aucuns des barons de France et de Sassoigne, oultre le fleuve

d'Albe, ès marches des Normans qui l'empereur avoient requis de paix et de

concorde, par tel si que Aminge le frère le roy que l'empereur tenoit fust

rendu. Au lieu déterminé assemblés furent; si furent seize d'une part et

seize d'autre. La paix qui entre eulx courut conformèrent par serement et

ainsi receurent les Danois le frère de leur roy.

En ce temps n'estoient pas les deux roys de Dannemarche en leurs terres,

mais estoient alés ostoier en une cité qui a nom Westerfort. Celle région

estoit ès derrenières parties de leur royaume, entre Occident et

Septentrion, vers la fin de Bretaigne encontre bise. Le peuple et le prince

de celle contrée ne leur vouloient obéir né estre en leur subjection.

Toutesvoies, quant ils les eurent domptés et soubsmis, ils retournèrent en

leur païs et receurent leur frère qui leur eut esté rendu. Mais assez tost

après ce que ils furent retournés, le fils le roy Godefroy qui devant eut

régné et plusieurs nobles hommes de Dannemarche qui en autre païs aloient

et estoient en essil, leur appareillièrent bataille. A la partie des deux

roys se tint le commun de tout le royaume et grant nombre d'autre gent qui

à eulx aplouvoient de toutes parts; bataille firent et les chacièrent assez

légièrement hors du royaume.

Les Mores d'Espaigne qui l'isle de Corse avoient prise et dégastée s'en

retournèrent par mer. Mais Hirmengaire, le comte de Spolitaine, leur bastit

un aguait à un destroit, et prist huit de leurs vaisseaux; si trouva dedens

cinq cens Corsiens et plus qu'ils enmenoient pris. Après avint que les

Mores qui de ceste honte et de cest dommage se vouldrent vengier

s'assemblèrent et entrèrent en Toscane. Une cité dégastèrent qui a non

Cencelle[494] et une autre qui est appellée Nice en la contrée de Narbonne.

Après arrivèrent et entrèrent en Sardaigne; à ceulx du païs se combatirent,

mais furent desconfis et chaciés et s'en fouyrent à grant dommage de leurs

gens. Michiau l'empereur de Constantinoble se combatit en ce temps contre

unes gens qui sont appellés Bulgres. Et pour ce que fortune luy fu

contraire à celle bataille et qu'il n'eut pas victoire de ses ennemis, il

se désespéra. Puis qu'il fu retourné en Constantinoble il laissa l'empire

et devint moyne[495]. Après lui receut la dignité Lyon qui fu fils Barde le

patrice. Après ces choses avint que Crumas le roy de Bulgrie monta en trop

grant orgueil, pour ce qu'il avoit occis Nicéphore, l'empereur de

Constantinoble, et l'empereur Michiau desconfi et chacié de Messie[496].

Pour ce mena son ost devant la cité de Constantinoble et mist ses tentes

devant les portes. Un jour chevauchoit par devant les murs de la cité plus

follement et plus despourvuement que mestier ne luy fust. Quant l'empereur

aperceut sa folie, il issit hors soudainement. En ce poignéis[497] fu le

roy Crumas griefvement navré; et il s'en fouit arrières en son païs luy et

tout son ost[498].

Note 494: _Cencelle_, ou _Centocelle_. C'est _Civita-Vecchia_.

Note 495: _Devint moine._ L'entrée en religion étoit le suicide du

temps.

Note 496: _Messie._ Moesie.

Note 497: _Poignéis._ Lutte. De _pugna_, et _pugnatio_.

Note 498: Ici s'arrête le texte des Annales d'Eginhard, si ce n'est

qu'elles mentionnent encore à l'année suivante la mort du grand

empereur. Le reste de notre second livre est traduit du chap. XVII de

la _Vita Caroli-Magni_.

L'empereur appareilla navie contre les Normans et fist faire nefs et autres

vaisseaux de lès les fleuves de Gaule et Alemaigne qui chient en la mer,

par devers Septentrion. Et pour celle gent qui souvent s'embatoient ès

marches de France parmi les fleuves, fist-il clorre et garnir de

forteresces les pons et la terre des fleuves, pour que celle gent né autres

robeurs n'y peussent entrer. Ce meisme fist-il en la province de Narbonne

sur les rivages des fleuves, par devers midi et par tout le rivage d'Italie

jusques à Romme, pour les Mores d'Espaigne qui jà avoient appareillé navies

pour ces contrées destruire. Et pour ce garanti-il tout ce païs de griefs

dommages; Lombardie des Mores, France et Alemaigne des Normans qui oncques

en son temps dommage ne luy firent: fors que les Mores destruirent une fois

une cité qui a nom Cencelles; et les Normans en Frise aucunes isles qui

sont près du rivage de France et d'Alemaigne.

_Ci fine le second livre des gestes le fort roy Charlemaines._

CI COMENCE LE TIERS LIVRE

DES FAIS ET DES GESTES

LE FORT ROY CHARLEMAINES.

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Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 138 / 316 题