Note 462: _Eginh. Annal. A° 809._

Note 463: _Commacle._ C'est _Commachio_.

En dementiers que ces choses advinrent en ces parties, Loys l'un des fils

l'empereur qui roy estoit d'Acquitaine assembla ses osts et entra en

Espaigne. Une cité assist qui a nom Tourtouse, sur un fleuve qui a nom Hie.

Une pièce de temps tint siége devant cette cité, et quant il vit qu'il ne

la pourroit prendre sans trop long siége, il retourna en Acquitaine. Après

ce que Cardulph le roy des Nordumbriens fust restabli en son siége par les

messages l'apostole et l'empereur si comme l'istoire de devant dit, un de

ces messages qui avoit nom Ardulphe fu pris ainsi comme il s'en retournoit;

mais tous les autres eschappèrent sans grief, mené fu en Bretaigne et

racheté par un des hommes le roy qui Cenuphes[464] avoit nom, et le roy le

délivra et renvoia à Rome.

Note 464: _Cenuphes._ Ou _Cenulphes_, roi de Mercie, mort en 819.

[465]Populanium, une cité de Toscane qui siet sur la mer fu robée et prise

en ce temps par une manière de Grieux qui sont appellés Orobites. En ce

point yssirent d'Espaigne les Mores. En l'isle de Corse entrèrent et

destruisirent une cité le jour de Pasques meisme. Nul homme n'y laissièrent

fors l'évesque de la ville et aucuns vieillars malades.

Note 465: _Populanium._ C'est _Piombino_.

Entre ces choses, Godefroy le roy de Danemarche manda à l'empereur par

marchans qu'il avoit oy dire qu'il estoit esmeu et courroucié vers luy,

pour ce qu'il avoit ostoié en l'année devant sur les Abrodiciens, et qu'il

s'estoit vengié des dommages qu'ils luy avoient fait: puis manda que

volentiers se purgeroit vers lui de ceste chose, et bien monstreroit qu'ils

brisièrent premièrement les aliances qu'ils avoient à luy, avant qu'il

ostoiast sur eulx. Et puis requéroit que un parlement fust pris de eulx

deux et de leurs princes oultre le fleuve d'Albe, en la marche des deulx

royaumes; si que les deux causes feussent là rentrées et proposées devant

tous; et qui avoit tort l'amendast au jugement des barons. L'empereur ne

refusa pas le parlement; si l'accorda volentiers. Oultre le fleuve d'Albe

s'assemblèrent les deulx parties au jour qui fu pris et les barons de

chascune part en un lieu qui est appelle Bardenflot. Moult de cas

proposèrent les Danoys en la présence l'empereur et les barons de France;

mais ils s'en départirent d'ambedeulx pars sans plus faire, si que celle

besongne demoura sans prendre fin. Et sans faille la vérité si estoit que

Trasque le duc des Abrodiciens avoit assemblé osts et avoit appellé les

Saisnes en son aide contre les Wiltzes; leurs terres et leurs villes avoit

gastées par feu et par occision; et puis qu'il eut fermé aliances au roy

Godefroy et qu'il eut baillé son fils en ostage à l'empereur. Et quant il

fu retourné en sa terre, il assembla plus grant ost qu'il n'avoit fait

devant ce et leur destruisit la plus grant cité et la plus noble de la

contrée Esmeldenge. Si fu tant enorgueilli de ses bonnes aventures qu'il

contraignit par force à venir en sa compaignie et en sa seigneurie tous

ceulx qui devant s'en estoient partis[466].

Note 466: Toute cette phrase a été mal comprise. L'annaliste raconte

des événements postérieurs au parlement de Godefroi et Charlemagne.

«Trasco verò dux Abroditorum, postquàm filium suum postulanti

Godofrido obsiderat, collectâ popularium manu, et auxilio Saxonibus

accepto, vicinos suos Wilzos adgressus, agros corum igne et ferro

vastat. Regressusque domum cum ingenti prædâ, accepto iterùm à

Saxonibus validiori auxilio, Smeldingorum maximam civitatem

expugnat.»

Après ces choses, l'empereur se partit d'Ardenne et retourna à

Ais-la-Chapelle. Au mois de novembre qui après vint, assembla un conseil

d'évesques; là fu question faite et meue de la procession du Saint-Esprit.

Si la proposa premièrement un moyne nommé Jehan de Jherusalem, et elle fu

disputée mais ne fu pas déterminée; ains fu envoié à Rome, au pape Lyon,

pour ce qu'il la feist déterminer. Portée fu par un évesque qui avoit nom

Bernart et par Adam abbé de Saint-Père-de-Corbie. En ce conseil meisme fu

meue une autre question de l'estat de l'Églyse et de la conversation des

menistres de sainte Églyse qui ès offices servoient nostre Seigneur. Mais

rien n'en fu déterminé, car la question estoit trop griève si comme il leur

sembloit.

[467]En si très-grant amour et en si très-grant reverence eut l'empereur

saincte Églyse, que tousjours la maintint et gouverna en toutes manières,

et aourna les églyses d'or et d'argent, de pierres précieuses et de draps

de soie. Les offices des églyses vouloit qu'ils feussent administrés en tel

habit comme ils devoient estre; meisme des portiers ne voulloit-il pas

qu'ils administrassent en habit commun[468].

Note 467: Ici notre traducteur quitte un instant les annalistes et

revient à la vie de Charlemagne par Eginhard, chapitre 26.

Note 468: Le texte d'Eginhard est plus clair. «Sacrorum vasorum ex

auro et argento, vestimentorumque sacerdotalium tantam in eâ

(ecclesiâ Aquisgrani) copiam procuravit, ut in sacrificlis

celebrandis ne janitoribus quidem, qui ultimi ecclesiastici ordinis

sunt, privato habitu ministrare necesse fuisset.» Je crois qu'ici

Eginhard vouloit seulement dire que tous les officiers

ecclésiastiques et même les bedeaux et portiers de l'église

d'Aix-la-Chapelle, étoient habillés aux dépens de l'église.

A Ais-la-Chapelle fonda une églyse en l'onneur de Nostre-Dame moult grant

et moult belle; le marbre et les colonnes fist apporter de Romme et de

Ravenne. Moult luy pesoit que les chantres et le service des églyses de

France se descordoient de l'églyse de Romme. Et pour ce qu'il vouloit

mieulx boire et puiser à la fontaine que au trouble ruissel envoia-il à

Romme deulx clers pour apprendre la manière et les chans des Romains. Ceulx

retournèrent quant ils en furent sages. Par eulx fut introduite[469]

premièrement la cité de Mes et après les églyses de France[470]. Tant avoit

grant cure des pouvres nostre Seigneur, que il ne soustenoit pas tant

seulement ceulx de son royaume, mais les pouvres crestiens qui habitent en

Auffrique, en Égypte et en Surie; et meismement ceulx de Jerusalem estoient

confortés de ses aumosnes. Et pour ceste raison meisme l'amoient le roy

d'Égipte et de Perse et d'autres régions de payennie. Si désiroit plus

leurs aliances pour ce que les pouvres crestiens qui mendioient à leur

povoir en eussent aucuns bénéfices et aucuns alligemens. Par tout son

royaume et empire faisoit faire loyale justice par ses menistres. Si

compila et fist vint et neuf chappitres de lois[471].

Note 469: _Introduite._ C'est-à-dire, instruite, initiée.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 124 / 316 题