En pou de temps apparut bien la traïson; que les Huns à qui il avoit fait
aliance parfirent ce qu'ils avoient promis. Et tant assemblèrent de gens
qu'ils furent deux osts. L'un entra en la marche d'Acquilée et l'autre en
Bavière. Mais ce fu à leur grant dommage, car ils furent desconfis et
chaciés de ces deux lieux et s'enfuirent en leur païs à grant perte de
leurs choses et à grant occision de leur gent.
Autre fois se meurent à venir en Bavière, à plus grant ost qu'ils n'avoient
fait devant. Les Baviers les desconfirent en la première bataille et en
occirent une grant multitude sans nombre. Et mains autres de ceulx qui ne
furent mie occis et cuidèrent eschaper se ferirent ou fleuve de la Dinoe,
si qu'ils furent dedans affollés et noiés.
Entre ces choses, Constantin empereur de Constantinoble, qui moult avoit
grand mautalent envers le roy Charlemaines, pour ce qu'il luy avoit sa
fille véée[370], manda à Theodore qui gardoit le royaume de Sezile et à
plusieurs autres de ses menistres qu'ils entrassent en la province de
Bonivent et qu'ils la méissent à gast et destruction. Eus s'appareillèrent
pour faire son commandement. Mais Grimaut qui après la mort son père avoit
receu la duché en celle année meisme, par la volonté du roy, et Hildebrant
le duc de Spolitaine assemblèrent leurs effors. Avec eus fut Guinguise[371]
un des messages du roy qui puis fu duc de Spolitaine, après celluy
Hildebrant. La gent l'empereur encontrèrent en la terre de Calabre; à eus
se combatirent et occistrent grant partie et eurent victoire sans grant
dommage d'eus né de leur gent. A leurs heberges retournèrent à grant nombre
de prisonniers, et si grant plenté de despouilles eurent qu'ils furent tous
rassasiés.
Note 370: _Veée._ Refusée.
Note 371: _Guinguise._ «Legatum regis Winigisum, qui posteà in ducatu
Spoletano successit.»
En ce temps vint le roy en Bavière; quant il vint là, il cercha tout le
païs et ordonna du tout à sa volonté. Puis retourna à Ais-la-Chapelle, là
demoura une grant partie du temps; car la Nativité et la Résurrection fu
avant passée qu'il s'en partist.
[372]En Esclavonnie a une nacion qui habite sur le rivage de la grant
mer[373]. En leur propre langue sont appellés Weltabi; eu langue françoise
Wilzi. Icelle gent haient François de tousjours, et volentiers guerroient
les voisins qui à eus sont subgiés et joings par aliance. Le roy qui plus
ne voult souffrir leur orgueil sans vengeance assembla ses osts pour
refraindre leur présumpcion. A Coulogne passa le Rin et puis s'en ala parmi
Sassoigne. Jusques au fleuve de Albe fist tendre ses heberges, par deux
fois fist faire pons de fust entre eus et luy; l'un enclost et ferma aux
deux chiefs de fors palis; dedens les enclos fist drecier tours et
barbacannes bien deffensables et mist dedens bonne garnison. Le fleuve
passa et conduisit son ost en la contrée de celle perverse nacion. Tout
destruisit devant lui. Et tout fust celle gent fière et batailleuse, et se
fiast au grant nombre de leur gent, si ne put pas longuement soutenir la
force du roy. Oultre passa le roy et son ost jusques à une cité qui a nom
Dragwite. Le roy de celle cité qui estoit le plus noble de lignage et
d'ancienneté des roys d'Esclavonnie yssit hors de la ville à grant nombre
de sa gent; devant le roy vint et se mist du tout à sa merci. Serement luy
fist et luy donna tels ostages comme il voulut demander. Quant les autres
princes du pais virent ce, ils vindrent au roy à l'exemple de celluy, et
luy firent hommage et seurté telle comme il commanda.