Note 369: _Du chef perdant._ «Capitali sententiâ damnatus est.»

En pou de temps apparut bien la traïson; que les Huns à qui il avoit fait

aliance parfirent ce qu'ils avoient promis. Et tant assemblèrent de gens

qu'ils furent deux osts. L'un entra en la marche d'Acquilée et l'autre en

Bavière. Mais ce fu à leur grant dommage, car ils furent desconfis et

chaciés de ces deux lieux et s'enfuirent en leur païs à grant perte de

leurs choses et à grant occision de leur gent.

Autre fois se meurent à venir en Bavière, à plus grant ost qu'ils n'avoient

fait devant. Les Baviers les desconfirent en la première bataille et en

occirent une grant multitude sans nombre. Et mains autres de ceulx qui ne

furent mie occis et cuidèrent eschaper se ferirent ou fleuve de la Dinoe,

si qu'ils furent dedans affollés et noiés.

Entre ces choses, Constantin empereur de Constantinoble, qui moult avoit

grand mautalent envers le roy Charlemaines, pour ce qu'il luy avoit sa

fille véée[370], manda à Theodore qui gardoit le royaume de Sezile et à

plusieurs autres de ses menistres qu'ils entrassent en la province de

Bonivent et qu'ils la méissent à gast et destruction. Eus s'appareillèrent

pour faire son commandement. Mais Grimaut qui après la mort son père avoit

receu la duché en celle année meisme, par la volonté du roy, et Hildebrant

le duc de Spolitaine assemblèrent leurs effors. Avec eus fut Guinguise[371]

un des messages du roy qui puis fu duc de Spolitaine, après celluy

Hildebrant. La gent l'empereur encontrèrent en la terre de Calabre; à eus

se combatirent et occistrent grant partie et eurent victoire sans grant

dommage d'eus né de leur gent. A leurs heberges retournèrent à grant nombre

de prisonniers, et si grant plenté de despouilles eurent qu'ils furent tous

rassasiés.

Note 370: _Veée._ Refusée.

Note 371: _Guinguise._ «Legatum regis Winigisum, qui posteà in ducatu

Spoletano successit.»

En ce temps vint le roy en Bavière; quant il vint là, il cercha tout le

païs et ordonna du tout à sa volonté. Puis retourna à Ais-la-Chapelle, là

demoura une grant partie du temps; car la Nativité et la Résurrection fu

avant passée qu'il s'en partist.

[372]En Esclavonnie a une nacion qui habite sur le rivage de la grant

mer[373]. En leur propre langue sont appellés Weltabi; eu langue françoise

Wilzi. Icelle gent haient François de tousjours, et volentiers guerroient

les voisins qui à eus sont subgiés et joings par aliance. Le roy qui plus

ne voult souffrir leur orgueil sans vengeance assembla ses osts pour

refraindre leur présumpcion. A Coulogne passa le Rin et puis s'en ala parmi

Sassoigne. Jusques au fleuve de Albe fist tendre ses heberges, par deux

fois fist faire pons de fust entre eus et luy; l'un enclost et ferma aux

deux chiefs de fors palis; dedens les enclos fist drecier tours et

barbacannes bien deffensables et mist dedens bonne garnison. Le fleuve

passa et conduisit son ost en la contrée de celle perverse nacion. Tout

destruisit devant lui. Et tout fust celle gent fière et batailleuse, et se

fiast au grant nombre de leur gent, si ne put pas longuement soutenir la

force du roy. Oultre passa le roy et son ost jusques à une cité qui a nom

Dragwite. Le roy de celle cité qui estoit le plus noble de lignage et

d'ancienneté des roys d'Esclavonnie yssit hors de la ville à grant nombre

de sa gent; devant le roy vint et se mist du tout à sa merci. Serement luy

fist et luy donna tels ostages comme il voulut demander. Quant les autres

princes du pais virent ce, ils vindrent au roy à l'exemple de celluy, et

luy firent hommage et seurté telle comme il commanda.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 87 / 316 题