_Coment le roy entra en Bavière, à trois osts, par trois parties. Et coment
le duc Thassile se humelia par paour._
Quant le roy fu du tout retourné en France, il eut conseil à ses barons de
la besoigne au duc Thassile. Aucuns loèrent qu'il essaiast que il vouldoit
faire de l'offre qu'il avoit faite. Mais toutes voies assembla-il ses osts
pour ostoier en Bavière et les envoia en trois parties. A Pepin son fils
livra l'ost des Lombars et luy commanda qu'il alast par la valée de
Tridente. Les François Austrasiens et les Saisnes fist venir tout droit au
fleuve de la Dynoe, en un lieu qui a nom Pfaringue[364]; avec soy retint la
tierce partie de sa gent: si les conduist droit au fleuve qui a nom
Lechun[365] qui depart Bavière et Alemaigne. Son ost fist logier près d'une
cité qui a nom Auguste[366].
Note 364: _Pfaringue_. «Ad Danubium, in loco qui _Pferinga_ vocatur.»
C'est aujourd'hui _Pforingen_.
Note 365: _Lechun_. Le _Lech_.
Note 366: _Auguste_. C'est _Augsbourg_.
En celle manière béoit à entrer en Bavière, sé le duc ne se feust humilié.
Mais quant il sceut qu'il fut ainsi attaint, il vint au roy et luy pria par
grant humilité qu'il luy pardonnast ce qu'il s'estoit vers luy meffait. Et
le roy qui estoit miséricors et débonnaire par nature lui pardonna tout.
Theodone un sien fils et douze autres personnes luy bailla en ostages et
tels comme il demanda. Du peuple et des barons prist serement et retourna
en France. En une ville qui a nom Ingilenham[367], près de la cité de
Mayence, yverna et célébra Noël et Pasques.
Note 367: _Ingilenham_. C'est _Ingelheim_.
[368]En celle ville meisme assembla le roy grant parlement. Si y vint le
duc Thassile, aussi comme les autres barons. En la présence du roy et
devant tous les autres barons l'encusèrent les Baviers de traïson et de
conspiracion contre leur seigneur, dont il devoit avoir le chief tranchié
selon les lois. Si l'accusèrent en ce cas, et disoyent qu'il avoit ce fait,
puis que le roy s'estoit départi de Bavière, et puis qu'il luy eut fait
feaulté et hommage et asseuré par ostages. Car, si connue ils disoyent, il
s'étoit alié aux Huns contre le roy et les avoit esmeus à ce qu'ils
feissent bataille contre le roy et contre les François; si de voir avoit-il
ce fait par le conseil Liberge sa femme qui avoit esté fille du roy Desier
de Pavie. Car elle haoit trop durement François pour l'essil et la
destruction son père; et sans faille ce estoit vérité ce dont ils
l'accusoient, si comme la fin prouva en celle année meisme.