_Coment le roy Pepin desconfit les Saisnes_.
[174]En l'année après ce qu'il fut couronné, assembla-il ses osts et entra
en Sassoigne. Et jà soit ce que les Saisnes se deffendissent vertueusement
en l'entrée de leurs terres, toutes voies donnèrent-ils lieu[175] et s'en
fouirent desconfis. Et le roy chevaulcha tout outre jusques à un lieu qui
est appellé Rimi, qui siet sur le fleuve de Wisaire[176]. En celluy ost fu
occis l'archevesque Hildegare. Lors se mist le roy au retour, quant la
terre eut gastée. Ainsi qu'il s'en retournoit, il lui fu conté que
Griffon, son frère, qui au duc Gaifier s'en estoit foui, estoit tué, et
coment et par qui il avoit esté occis.
Note 174: _Eginh. Ann., A° 751, 752, 753_.
Note 175: _Donnèrent-ils lieu_. Cédèrent-ils la place, ou, comme dit
le peuple: _Fichèrent-ils le camp_.
Note 176: _Wisaire_. Le Weser.
[177]En ce temps, fit le roy Pepin corriger et amender les chans et le
service des églyses de France, par l'estude et l'autorité de Rome. Remi
l'archevesque de Rouen, frère le roy, florissoit en ce temps en bones
euvres.
Note 177: Cet alinéa n'est pas traduit des _Annales d'Eginhard;_
mais on trouve la preuve du fait qu'il rapporte dans une lettre du
pape Paul Ier à Pepin, insérée au 5ème vol. des _Historiens de
France_, pag. 531.
En celluy an vint en France le pape Estienne au roy Pepin, en la ville de
Carisi. La cause de sa voie fu qu'il requéroit aide et deffense pour luy et
pour l'Églyse de Rome contre les Lombars. Après luy vint Charlemaines, le
frère du roy, qui estoit moine de saint Beneoit de Mont-Cassin, par le
commandement de son abbé, pour prier le roy son frère que il ne s'accordast
mie au pape, né ne se consentist à sa requeste. Mais on cuida que il ne fit
pas ce de bonne volenté; car il ne osoit contredire le commandement de son
abbé, né l'abbé celuy du roy des Lombars qui ce luy avoit commandé.
Ce roy, qui Aistulphe avoit nom, faisoit trop de griefs aux Romains, car il
vouloit avoir le treu[178] de chascun chef. [179]Le roy Pepin se consentit
toutes voies à la requeste du pape et receut luy et l'Églyse en sa garde et
defense. Le pape l'enoint et sacra à la royalle dignité luy et ses deux
fils Charles et Charlemaines en l'églyse de Saint-Denis en France; et les
conferma en tele manière que luy et toute sa ligniée tenissent la dignité
du royaume à tous jours mais, par héritage; et escomenia tous ceulx qui
encontre seroient ou qui force y feroient. Tout l'hiver demoura ce pape en
France.
Note 178: _Le treu_. Le tribut. C'est précisément ce que nous payons
aujourd'hui sous le nom de _contribution personnelle_. Ce dernier mot
est bien moins révoltant.
Note 179: _Eginh. Annal., A° 754_.
_Incidence_. En cet an fu martirié en Frise saint Boniface, archevesque de
Mayence, qui là estoit envoié en prédication.