Note 51: _Par son conseil._ Par le conseil d'Ebrouin.
Note 52: _Luxovion._ C'est _Luxeuil_, aujourd'hui ville du
département de la Haute-Saône (Franche-Comté).
Note 53: _Aucunes chroniques._ Entre autres celle de Sigebert,
_A° DCLXVII_.
Lors mandèrent le roy Childeric d'Austrasie son frère et le duc Vulphoal,
et le couronnèrent et firent roy sur eus. Ce roy Childeric estoit moult
légier de courage, ses fais faisoit folement et sans conseil. Pour ce le
commencièrent les François à haïr trop durement; et n'estoit pas de
merveilles, car il leur faisoit trop de griefs sans raison. Une fois en
fist-il prendre un des plus grans et des plus nobles, qui Bodile avoit nom,
estraindre et lier le fist à une estache[54], et le fist battre moult
cruellement sans loi et sans jugement. Quant les autres virent que il
faisoit telles cruautés sans raison, si en eurent trop grant ire et trop
grant desdaing[55]; ensamble firent conspiration, et s'assamblèrent contre
lui. De cette conspiracion furent principaux Ingobert et Amaubert, et
plusieurs autres des plus nobles du royaume. Ce Bodile, que il avoit fait
lier et battre à l'estache, l'espia un jour que il chaçoit en bois entre
lui et autres compagnons: seul le trouvèrent, et lui coururent sus et
l'occirent, et sa femme Blichilde aussi qui estoit grosse d'enfant.
Vulphoal le mestre du palais eschapa à quelque paine et s'enfuit en
Austrasie. Lors firent les François mestre du palais Leudesie le fils
Herchinoal, par le conseil saint Légier, l'évesque d'Ostun et son frère
Garin; [si rapelèrent à roy Theoderic, qu'ils en avoient chacié][56].
Ebrouin qui avoit esté tondu en une abaïe de Bourgoigne s'en issit, quant
il eut tant attendu que ses cheveux furent recréus: tant fist que il
assambla grant gent que de ses compagnons que d'autres; et retourna en
France à grant ost et à grant efforcement; à saint Ouan l'archevesque de
Rouen envoia, et lui demanda comment il ouverroit, et cil lui remanda en un
escrit ces paroles tant seulement: «De Frédégonde te souviegne!» et
celui-ci qui fu malicieux et soubtil, entendi bien le conseil que il lui
donna. Par nuit se leva et esmut son ost, et vint à une iaue qui a nom
Ysere[57]; ceus qui ce pas gardoient occist, outrepassa le fleuve jusques à
Sainte-Maxence; là remist à l'espée quanques il y trouva de ceus qui le
passage lui devéoient. Le roy Theoderic qui là estoit en ce point, et
Leudesie le mestre du palais et pluseurs autres s'enfuirent et eschapèrent
en telle manière; et Ebrouin les chaça jusques à un lieu qui lors estoit
nommé Bacivile[58]; là prist les trésors du roy qui là estoient, outrepassa
jusques à une ville qui a nom Creci; là s'acorda au roy Theoderic qui le
reçut en grace ainsi comme devant. A Leudesie, le mestre du palais manda
que il venist à lui parler, et l'asseura par sa foi que il n'auroit de lui
garde. A celui vint qui sa foi lui menti; car il l'occis tantost comme il
fu venu. En telle manière se remist Ebrouin en la seignorie du palais dont
il avoit devant esté osté.
Note 54: _Estache._ Poteau.
Note 55: _Desdaing._ Toujours pris dans le sens de notre
_indignation_.
Note 56: Cette phrase importante n'est pas dans les _Gesta regum_,
mais dans Sigebert.
Note 57: _Isère_. Variante: _Aise_. C'est l'_Oise_.
Note 58: _Bacivile_. Aujourd'hui _Baisieux_, village du département
de la Somme (Picardie), proche de Corbie.
[59]Lors assambla le roy Theoderic un concile d'évesques par le conseil
Ebrouin et, par sa sentence, en osta aucuns de leur éveschié et les autres
damna par exil sans nul rappel. En cette tempeste et en cette persécution
de sainte Eglyse fu saint Lambert osté de la cité du Traet[60]; en une
abaïe entra pour esquiver les tumultes du monde; sept ans y demoura
saintement et religieusement.
Note 59: _Sigib. mon. Chronicon. Anno DCLXXXV_.
Note 60: _Du Traet_. De Maestrick, comme plus haut et plus bas
encore.
Ansegise fu occis en ce point par un homme qui avoit nom Gondoime. Cet
Ansegise qui vaut autant comme Anchise, fu fils saint Ernoul et père Pepin
le Brief le père Charles Martel. Ebrouin prist saint Légier et son frère
Garin, si les fist tourmenter cruelment. A la parfin fu Garin lapidé et
craventé de pierres, et saint Légier fu jeté en prison et afamé par long
jeune. Après, lui fist Ebrouin les yeux forer, la langue et les lèvres
trenchier.[61] Mais nostre Sire le rétablit puis et lui rendit la langue et
la parole, si comme il est plus plainement contenu en sa vie; au darrenier
lui fist le chief couper pour le martire consommer. Tant le voulut puis
nostre Sire honorer, que il monstra les mérites et l'innocence de lui par
les miracles que il fist en sa sépulture.
Note 61: A compter de là, le reste n'est pas dans _Sigebert_, mais
est ajouté par le traducteur, d'après l'ancienne _vie de
Saint-Leger_.