ANNEE: 636.

_Comment le roy Sigebert et le roy Loys[4] despartirent les trésors leur

père après sa mort_.

Note 4: _Loys_. Ou _Clovis_, c'est le même mot, avec ou sans

aspiration. Ainsi _Clotaire_ et _Lothaire_.

[5]Après la mort du bon roy Dagobert, descendi tout le royaume à Loys son

fils qui encore estoit enfant assez petit d'âge. Les barons de France[6] et

de Bourgoigne le reçurent à seigneur et lui firent homage, en une ville qui

lors estoit apelée Massolaque. Egua le mestre du palais et la royne

Nantheut qui estoit demourée en veuveté, gouvernoient le royaume noblement

ès deux premiers ans du règne Loys. Cil Egua estoit l'un des plus beaux et

nobles princes de Neustrie, le plus sage et le plus pacient, homme estoit

plein et enluminé de toutes graces: car il estoit riche et estrait de haut

lignage, droiturier en justice, sage en paroles, apareillié en responses:

une mauvaise teche[7] avoit en lui à reprendre tant seulement, car l'on

disoit que il es toit trop aver[8].

Note 5: _Gesta Dagoberti, cap._ 46.

Note 6: _De France_. «Omnes duces de _Neustriâ_ et Burgundiâ cum

Massolaco villa sublimant in regnum.» Mabillon, dans ses _Francorum

regum Palatia_, avoue son ignorance complète de la situation de ce

palais, qui, suivant les plus grandes probabilités, appartenoit aux

rois de Bourgogne. C'est là qu'Aletés (suivant Fredegaire) avoit été

tué par l'ordre de Clotaire II, en l'année 613.

Note 7: _Teche_, _teiche_, _tesche_ ou _tache_. Disposition bonne ou

mauvaise, d'où nous est resté _entiché_, qu'on a long-temps écrit

_entéchié_.

Note 8: _Aver_. Avare.

[9]Cy en droit nous convient deviser comment le trésor du roy Dagoubert fu

desparti entre ses fils après sa mort. Bien avéz oï, devant,[10] comment

Pepin le mestre du palais d'Austrasie et les autres princes du royaume qui

avoient esté sous la seigneurie du roy Dagobert requirent Sigebert à

seigneur, d'un accort et d'une volenté. Pepin et Cunibert l'archevesque de

Coloigne firent adonques aliances ensemble de rechief. Car ainsi comme ils

avoient esté devant joint en pais et en amour,[11] que ils fussent ainsi

tousjours mais sans desevrer. Sagement atrayoient à leur amour les princes

et les plus grands Austrasiens, et les gouvernoient en humilité et en

douceur comme ceus qui estoient preudomes et loiaus et profitables au roy

et au royaume. Lors furent messages envoiés en France au roy Loys et à la

royne Nantheut, et à Egua le mestre du palais de par le roy Sigebert, qui

requéroit telle partie des trésors son père comme il lui afferoit. Le roy

Loys et sa mère et Egua s'accordèrent volentiers à ce que il en eust sa

part; si assignèrent jour de partir au roy Sigebert ou à ceux que il y

voudroit envoier: et il y envoia pour lui l'archevesque Cunibert et Pepin

le mestre du palais et aucuns riches hommes de son royaume. A Compiègne

vinrent, là furent les trésors assemblés et despartis également par le

commandement le roy Loys et la royne Nantheut; mais elle reçut la tierce

part de tous les aquets que le roy Dagobert avoit aquis, puis que elle

commença à régner en sa compagnie: et Cunibert et Pepin enmenèrent leur

partie à Mets, là furent présentés au roy Sigebert.

Note 9: _Gest. Dagob., cap_. 47.

Note 10: _Avez oï devant_. On n'a rien ouy de semblable, et cette

manière de parler n'est pas traduite du texte.

Note 11: _Que ils fussent_. Il faut avant ces mots sous-entendre:

_Vouloient-ils_...

En tour un an après, mourut le bon prince Pepin, qui moult fu plaint et

regretté de tous ceus du royaume d'Austrasie: car il estoit amé de tous et

prisié pour sa bonté et pour sa loiauté. Aussi mourut en la cité de Clichi

Egua le mestre du palais du roy Loys, au tiers an de son règne, qui moult

fu sage homme et loial.[12] Après lui fu Herchinoal mestre du palais:

cousin avoit esté au roy Dagobert de par sa mère: moult avoit en lui de

bonnes graces; car il estoit plein de bonté et de pacience, sage et de bon

engin, aux prestres, et aux sergens nostre Seigneur portoit honneur en

grant humilité, des richesses de ce siècle avoit assez par raison. Tant

estoit prisié et amé de tous les princes que chacun lui portoit honneur et

grant affection.

Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis · 第 5 / 316 题