(Suite et fin.--Voyez tome 1er pages 18 et 121.)
DESCRIPTION DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE.--Des trois beyliks de
l'ancienne régence d'Alger, le plus étendu, le plus riche et le plus
important était le beylik de Constantine, ou de l'Est. Baignée au nord
par la Méditerranée, cette province est bornée à l'est par la régence de
Tunis, et à l'ouest par la chaîne haute et escarpée du Djurdjura, qui,
se détachant du Grand-Atlas dans la direction du sud au nord, et
prolongeant ses derniers contreforts jusqu'au cap de Rougie, la sépare
des provinces de Titteri et d'Alger; elle s'étend vers le sud jusqu'au
grand désert de Sahra, et n'a de ce côté aucune limite tracée.
_Rivières_.--De nombreux cours d'eau sillonnent la province. Les uns se
jettent dans la Méditerranée, les autres se perdent dans les terres. Les
plus considérables sont: l'Oued-el-Kebir, ou l'Oued-Rummel (l'Ampsagha
des anciens, qui passe à Constantine); la Summam, l'Oued-Zefzaf, la
Seibouse, l'Oued-Bondjimah, la Mafrag, le cours supérieur de la
Medjerdah, et l'Oued-Djedid.
_Villes_.--Non-seulement la province de Constantine est la plus grande,
mais elle est aussi la plus peuplée de l'Algérie. La plupart des tribus
qui l'habitent joignent la culture des terres aux soins des troupeaux.
On y compte, indépendamment de Constantine, plusieurs villes, centres de
populations et de relations commerciales: Bone, Bougie, Collo. Djémilah,
Djidjeli, Guchua, La Galle, Msilah, Philippeville (Stora), Sétif.
_Constantine_.-La ville de Constantine (_Cirta_ des anciens,
_Cossentina_ des Arabes), capitale de la province, est située au delà du
Petit-Atlas, sur l'Oued-Rummel. Placée entre Tunis et Bone, à 16
myriamètres de distance de cette dernière, elle est à 88 kilomètres de
Philippeville. Constantine est bâtie sur un plateau en partie entouré de
rochers, dans un presqu'île contournée par la rivière et dominée par les
hauteurs de Mansourah et de Condiat-Aly. L'Oued-Rummel coule au fond
d'un ravin qui, comme un immense fossé, défend de deux côtés l'approche
des murailles. La ville a quatre portes, trois au sud-ouest, et la
quatrième, Bab-el-Kantara (porte du Pont), à l'angle en face du vallon
compris entre le mont Mansourah et le mont Mecid. Le pont, d'où elle
tire son nom, large et fort élevé sur trois étages d'arches, est de
construction antique dans sa partie inférieure. Constantine, qui, selon
les Arabes, a la forme d'un burnous déployé, dont la Kasbah représente
le capuchon, a trois places publiques de peu d'étendue. Les rues sont
pavées, mais étroites et tortueuses. Les maisons, pour la plupart, ont
deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Il existe dans la ville
plusieurs promenades remarquables, notamment quelques mosquées et le
palais du bey. Ce dernier édifice a été construit par le bey Ahmed,
depuis la prise d'Alger par les Français. Pour le décorer, il prit, dans
les plus riches maisons de la ville, un grand nombre de colonnes de
marbre, que les propriétaires avaient fait apporter, à dos de mulet, de
Bone ou de Tunis.
Les Romains regardaient la ville de Constantine comme la plus riche et
la plus forte de toute la Numidie. La plupart des routes de la province
y aboutissaient. Elle avait été la résidence royale de Massinissa et de
ses successeurs. Strabon nous apprend qu'elle renfermait alors des
palais magnifiques. Jogurtha employa tous les moyens possibles pour s'en
rendre maître, et c'est de cette position centrale que Metellus et
Marins dirigèrent avec tant de succès contre lui tous leurs mouvements
militaires. Ruinée en 311, dans la guerre de Maxence contre Alexandre,
paysan pannonien, qui s'était fait proclamer empereur en Afrique,
rétablie et embellie sous Constantin, cette ville quitta alors son
ancien nom de _Cirta_, pour prendre, celui de son restaurateur, qu'elle
porte encore aujourd'hui. Lorsque les Vandales, dans le cinquième
siècle, envahirent la Numidie et les Mauritanies, et détruisirent toutes
leurs villes florissantes, Constantine résista à ce torrent dévastateur.
Les victoires de Bélisaire la retrouvèrent debout, et la conquête
musulmane semble l'avoir respectée. Les traces de constructions
romaines, éparses sur le sol, attestent qu'il y en avait de
colossales.--Après une première expédition, restée sans succès (novembre
1836), Constantine a été prise de vive force par l'armée française, le
13 octobre 1837.
_Bone_, (en arabe _Annaba_), est bâtie sur le côté ouest du golfe de ce
nom, à 14 myriamètres d'Alger, et à 10 de Philippeville. Elle a été
construite à peu de distance des débris de l'ancienne Hippone, qui fut
une des résidences des rois de Numidie, et joua un rôle important dans
la guerre de César ni Afrique, dans celle des Vandales contre Genséric,
et plus tard dans la campagne de Bélisaire. La Kasbah ou citadelle,
commande la ville et surveille la rade. Son intérieur est vaste et ses
murs élevés.
Bone, occupée une première fois en 1830, avait été, comme Oran, évacuée,
lorsque la nouvelle de la Révolution de Juillet était parvenue en
Afrique. Après le départ des troupes françaises, le bey de Constantine,
Hadj-Ahmed, essaya de s'emparer de la ville et la tint étroitement
bloquée du côté de terre. Vers la fin de 1831, le chef de bataillon
Houder, envoyé par le général Berthezène, avec 125 zouaves indigènes,
pour secourir les Bonois, fut tué au moment où il se disposait à se
rembarquer, après avoir épuisé tous les moyens d'accomplir sa mission.
Bone, en proie à des influences passagères, ne demeura pas encore cette
fois au pouvoir de la France, mais au commencement de 1832, l'occupation
de Bone, par une garnison française, fut décidée. Le duc de Rovigo, en
attendant la saison favorable, confia au capitaine d'artillerie
d'Armandy et au capitaine de chasseurs algériens Jusuf, la mission
d'aller aider les Bonois dans leur résistance contre Hadj-Ahmed.
Cependant le 5 mars 1832, Bone fut forcée d'ouvrir ses portes aux
troupes du bey de Constantine, et subit dans toute leur horreur les
calamités de la guerre. La ville prise fut pillée, dévastée, la
population massacrée, dispersée ou déportée dans l'intérieur. Un ancien
bey de Constantine, Ibrahim se maintint, jusqu'au 26 au soir, dans la
Kasbah, dont il s'était saisi pour son compte; mais quand il allait
l'abandonner, les capitaines d'Armandy et Jusuf eurent l'audace de s'y
jeter de nuit, avec une trentaine de marins, et y arborèrent le pavillon
aux trois couleurs, qui n'a pas cessé d'y flotter depuis. Dans les
premiers jours de mai, 3,000 hommes partis de Toulon prirent possession
de Bone, délaissée à la fois par ses oppresseurs et par ses habitants.
BOUGIE est à 190 kilomètres d'Alger, et à 130 de Constantine. Bâtie
immédiatement au bord de la mer, sur le flanc méridional du mont
Gourava, abrupte et escarpée, qui s'élève rapidement jusqu'à 670 mètres
de haut. Bougie est dominée, par les hauteurs qui s'élèvent en
amphithéâtre et presque à pic derrière elle. Cette position sur le flanc
de la montagne, ses maisons écartées et les masses d'orangers, de
grenadiers et de figuiers de Barbarie qui les entourent, rendent son
site éminemment pittoresque. Cette ville indiquée par ses ruines
nombreuses, une haute antiquité. Selon toute probabilité, elle formait
la limite orientale de la Mauritanie-Césarienne, et son emplacement est
celui de l'ancienne colonie romaine de _Saldes_. Tous les peuples, qui
depuis vingt siècles l'ont occupée, y ont laissé des traces de leur
domination. Les travaux que les Espagnols exécutèrent après la conquête,
en 1510, sont encore debout: ce sont le fort Mousa, élevé par Pierre de
Navarre, et la Kasbah, par Ferdinand le Catholique et Charles-Quint. Une
complète anarchie régnait, soit dans le territoire, soit dans
l'intérieur même de Rouge, lorsque la ville fut prise par nos troupes le
29 septembre 1833. Ses habitants se retirèrent, emportant tout ce qu'ils
possédaient.
[Illustration: Débarquement de troupes en Algérie.]
_Collo_, bourgade de 2,000 âmes, au nord de la mer, offre un bon
mouillage contre les vents du nord-ouest. (Voir l'_Illustration_, t. 1er
p. 252.)
_Djémilah_ (sous la domination romaine, _Culcul colonia_ ou _Culculum_).
à 104 kilomètres à l'ouest de Constantine, sur la route des Bibans
(Portes-de-Fer), était comprise autrefois dans la Mauritanie Sitifienne.
Bien que ses abords difficiles ne conservent aucun vestige de voie
antique, la présence des Romains dans cette vieille cité est attestée
par de nombreux monuments: les plus remarquables sont les restes d'une
basilique chrétienne; des bas-reliefs et de nombreuses inscriptions; un
temple quadrilatère à six colonnes; un théâtre; le forum, avec un temple
dédié à la Victoire; enfin, un arc de triomphe élevé à l'empereur
Caracalla, à sa mère Julia Douma et à son père Septime Sévère. C'est cet
arc de triomphe que, suivant un voeu exprimé par M. le duc d'Orléans, M.
le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, avait prescrit de
démonter pierre par pierre, pour être transporté et réédifié à Paris;
mais les difficultés du transport semblent avoir fait ajourner à ce
projet. Occupée une première fois, le 11 décembre 1838, Djémilah l'a été
de nouveau le 15 mai 1839.
[Illustration: Vue de Constantine.]
_Djidjeli_, point intermédiaire de la côte entre Boupie et Collo, adossé
à un pays montueux, habité par des Kabyles, est occupé par les Français
depuis le 13 mai 1839. La ville, autrefois assez commerçante, est bâtie
sur une presqu'île rocailleuse, réunie à la terre ferme par un isthme
fort bas, dominé de près par des hauteurs. Djidjeli a un port dans
lequel on peut mouiller avec confiance pendant la belle saison. Louis
XIV, qui voulait un établissement militaire en Afrique, avait jeté les
yeux sur Djidjeli, où nous avions déjà un comptoir. Le duc de Beaufort
s'en empara en 1661: mais la garnison française dut bientôt l'évacuer;
notre comptoir fut ruiné et ne fut jamais rétabli. Le gouvernement eut,
à cette époque, l'idée d'y faire un port militaire, et plusieurs plans
proposés à cet effet existent dans les archives du dépôt de la marine,
entre autres un projet de l'amiral Duquesne et de l'un des officiers de
sa flotte.
_Guelma_ est située au sud et à 2,000 mètres de la rive droite de la
Seibouse supérieure, et à 2,500 mètres au nord du pied de la haute
montagne de Maouni. Guelma, telle que les Français la trouvèrent à la
fin de 1836, était formée avec les matériaux provenant de l'ancienne
_Kalama_, nommée par saint Augustin et par Orose; mais l'emplacement
qu'elle occupe, paraît être celui de la vieille nécropole, et non celui
sur lequel fui jadis construite la véritable cité romaine, devenue la
proie, soit des Maures révoltés, soit des Vandales. Le 28 novembre 1836,
les Français occupèrent définitivement les ruines de Guelma comme
position militaire destinée à combattre, dans l'opinion des populations
indigènes, les conséquences funestes de l'insuccès de la première
expédition contre Constantine. Cette occupation rendit un immense
service pour la réussite de la seconde expédition.
_La Calle_, siège d'un établissement français, dont l'origine remonte à
l'année 1520, et qui fut florissant jusqu'en 1799, est située à 72
kilomètres de Done, par terre, et à 48 par mer. La Calle est entourée de
tous côtés par la mer, excepté à l'est, où s'étend une plage de sable
d'environ 150 mètres de longueur et où se trouve la porte de Terre. Das
toutes les autres directions, la ville est défendue par des rochers
inabordables. Incendiée par les Arabes en 1827, lors de la rupture qui
éclata entre la France et Hussein, bey d'Alger, elle contient
aujourd'hui environ cent dix maisons. Ses rues sont tirées au cordeau,
bien pavées et d'un facile entretien. C'est sur la plage de sable fin,
qui ferme la partie est de ce port, que viennent s'amarrer les
corailleurs napolitains, sardes et corses, qui affluent dans ces
parages. Le corail est, on le sait, le principal produit des côtes de
d'Algérie, et c'est surtout entre Bone et Tabarce que s'étendent ses
bancs les plus riches. Aussi la plupart des pêcheurs viennent-ils
relâcher à La Calle. Les forêts qui l'avoisinent ont une superficie
totale évaluée à plus de 20,000 hectares. Les circonstances politiques
et l'état incertain de nos relations avec les indigènes retardèrent
jusqu'en 1836 l'occupation de cette place, qui fut définitivement
consommée le 15 juillet de cette année, par un détachement de spahis
irréguliers.
_Msilah_ se divise en trois groupes de maisons, dont le plus
considérable occupe la rive gauche, et les deux autres la rive droite de
l'Oued-Ksab (rivière des Roseaux); les murs de clôture, les maisons, les
mosquées, les minarets mêmes sont construits avec des briques de terre
crue, pétrie avec un mélange de paille hachée. Les maisons, à un seul
étage, sont couvertes en terrasse, avec la même terre massée et battue
sur des rondins. Les habitants assurent que cette toiture grossière est
parfaitement imperméable. Les encadrements des portes de la plupart des
maisons et l'intérieur des mosquées sont ornés de pierres de taille
romaines, de tronçons et de chapiteaux de Colonnes, dont quelques-uns,
d'ordre corinthien, paraissent remonter aux beaux temps de
l'architecture romaine. Ces matériaux qui ont été apportés d'une
ancienne ville en ruines, située à 4 ou 5,000 mètres de Msilah, et que
les Arabes désignent sous le nom de Rechuga. Les troupes d'Abd-el-Kader
sont venus souvent piller et rançonner ses habitants inoffensifs et
démolir ses maisons, dont elles prenaient le bois pour allumer leurs
feux. La ville était presque déserte, quand, au mois de juin 1841, nos
troupes s'établirent aux environs.
[Illustration: Hussein, dernier bey d'Alger.]
_Philippeville.--Stora_.--L'occupation de la rade de _Stora_, qu'on
nommait autrefois _Russicada_, était un moyen puissant de consolider
notre établissement à Constantine, en mettant cette ville en
communication avec la mer par la ligne la plus courte et moindre de
moitié que celle par Bone. Une première reconnaissance fut opérée, en
janvier 1838, jusqu'à 21 kilomètres de Constantine, dans la direction de
Stora; une seconde, au mois d'avril suivant, fut poussée jusqu'aux
ruines de l'ancienne _Russicada_, où, enfin, une garnison permanente
vint s'installer le 7 octobre de la même année: 80 kilomètres seulement
séparent maintenant Constantine d'un bon port. Cette distance est
franchie en un jour par les escortes de la correspondance; elle l'est
aisément en trois jours par les convois militaires, qui trouvent aux
camps de l'Arrouch et de Smeadou des vivres, des munitions, des troupes
pour les protéger, des espaces fortifiés pour les recevoir et les
abriter. Le nouvel établissement, formé sur les ruines de la cité
romaine, a reçu le nom _Philippeville_. Ces ruines sont assez
nombreuses; parmi elles, on distingue de vastes citernes, dont quatre,
entièrement déblayées, contiennent plus de cent mille litres de vin,
etc.
_Philippeville_, bâtie l'emplacement d'une bourgade où, en octobre 1838,
n'existaient que quelques rares baraques au milieu des dérombres,
comptait déjà, au mois d'avril 1839, 716 habitants européens; à la fin
de décembre 1842, c'est-à-dire en quatre années, ce chiffre s'est élevé
à 4,325. Philippeville paraît donc destinée à devenir ce que Russicada a
été, il y a deux mille ans, sous les Romains, ce que Stora était, en
partie, il y a moins de trois cents ans, un établissement d'une grande
importance.
_Sétif_, l'ancienne _Sitifis Colonia_, est située dans une plaine vaste
et fertile, arrosée par l'Oued-Bou-Sella m, qui coule à 2,500 mètres des
ruines de cette ville. Au temps de la domination des Romains, _Sitifis_
était devenue, tant par son importance même que par sa position
centrale, l'un des points les plus considérables de leurs possessions en
Afrique. Lorsque, après le soulèvement des tribus comprises sous le nom
général de Quinquégentiens (an 297), la métropole adopta un nouveau
classement des territoires et des populations, la Mauritanie Césarienne
fut divisée en deux provinces, l'une gardant cette dénomination, l'autre
empruntant de _Sitifs_ le nom de Mauritanie Sitifienne. Les nombreuses
voies de communication qui liaient à ce chef-lieu presque toutes les
villes principales des autres provinces, prouvent assez le rang élevé
qu'il occupait parmi les contrées soumises à la puissance romaine en
Afrique. Là se trouvait le point d'intersection des grandes
communications qui unissaient Carthage, Cirta et Cæsarée (Tunis,
Constantine et Cherchel); de là partaient en outre des voies directes
qui rattachaient Sitifis, d'une part, à Saldes (Bougie), à Ingitgilis
(Djidjeli), à Coba et à Tucca; de l'autre, à Lambèse, à Theveste
(Tibessah), à Musti et à Tamugadis.
L'enceinte antique de Sétif, de forme rectangulaire, a 450 mètres de
longueur sur 300 de largeur; les grands côtés étaient flanqués par dix
tours et les petits par sept.
[Illustration Hadj-Ahmed, bey de Constantine.]
Après avoir été, pendant le moyen-âge, le point de ralliement d'une
population agricole considérable, Sétif n'offrait plus, en 1839, qu'un
amas de ruines, auprès desquelles les Arabes tenaient encore un marché
tous les dimanches. Depuis notre prise de possession, ils continuent à y
venir, au nombre de 3 à 4,000, avec la plus entière confiance, échanger
leurs produits. Sétif est à trois jours et demi de marche du célèbre
défilé des Portes-de-Fer (Biban), que les Turcs n'avaient jamais franchi
qu'en payant tribut, où jamais n'étaient parvenues les légions romaines,
et qu'une colonne de 3,000 hommes traversa, le 28 octobre 1839, à midi,
en laissant sur les flancs de ces immenses murailles verticales,
dressées par la nature à une hauteur de plus de 33 mètres, cette simple,
inscription: _Armée française_, 1839.
_Gouvernement de la province de Constantine sous la domination
turque._--Comme nous l'avons expliqué précédemment (tome 1, page 19), la
province de Constantine, sous la domination turque, était gouvernée par
un bey, ou lieutenant du bey d'Alger. Depuis l'année 1752 jusqu'à la
prise de Constantine par l'année française (13 octobre 1837), la
province compte vingt-deux beys. Nous en donnons ici la liste, avec
l'indication de la durée de leur commandement et du genre de leur mort:
El-Asrak-Amo (l'oeil bleu), trois ans; mort de maladie.
Ahmed-Bey (grand-père du dernier régnant), quinze ans, mort de maladie.
Salah-Bey, vingt-deux ans; mort de maladie.
Hussein-Bey, fils de Hassan-Pacha-Bousnak, deux ans; assassiné.
Mustapha-Ben-Ouznadji (fils du peseur), trois ans deux mois; assassiné.
Hadj-Mustapha-Ingliz (l'Anglais) cinq ans quatre mois; exilé à Tunis.
Osman-Ben-Koulougli, un an; tué dans une attaque contre les Kabyles.
Abdallah-Bey, deux ans six mois; assassiné.
Hassan-Bey, fils de Salah-Bey; six mois; assassiné. Ali-Bey, un an,
assassiné.
Bey-Rouhou, quinze jours; assassiné.
Ahmed-Bey-Tobbal (le boiteux), trois ans; assassiné.
Mohammed-Naman-Bey, trois ans quatre mois; assassiné.
Mohammed-Chakar-Bey, quatre ans; assassiné.
Kara-Mustapha (Mustapha le Noir), trente-trois jours; assassiné.
Ahmed-Bey-Mamelouk, un mois; nommé plus tard une seconde fois.
Braham-Bey-Gharbi, un an; assassiné.
[Illustration Campement de troupes françaises en Afrique.]
Mohammed-Bey-Mili, dit Bou-Chetabia (père la hache). deux ans, exilé à
Alger.--Le surnom de Bou-Chetabia lui avait été donné parce qu'il ne
faisait exécuter les Arabes qu'avec la chetabia, espèce de hache dont on
se sert pour couper le bois. Il disait que les Arabes n'étaient pas
dignes d'avoir la tête tranchée par le yatagan.
Ahmed-Bey-Mamelouk, deux ans cinq mois; exilé à Milianah, où il a été
assassiné.
Ibrahim, ou Braham-Bey, trois ans huit mois; exilé, à Médéah, où, en
1832, il a été assassiné par les ordres d'Ahmed-Bey.
Mohammed-Bey-Malamli, ou Manamani, deux ans; exilé à Alger.
Hadj-Ahmed-Bey, douze ans; dépossédé par la France en 1837.--Déjà, par
arrêté du général en chef Clauzel, en date du 15 décembre 1830,
Hadj-Ahmed avait été déclaré, déchu, pour avoir refusé de faire acte de
soumission. Au commencement de 1836, le maréchal Clauzel avait nommé le
commandant Jusuf bey de Constantine; mais l'insuccès de l'expédition de
novembre 1836 ne permit pas de donner suite à cette nomination.
[Illustration: Campement d'Arabes.]
COMMANDANTS SUPÉRIEURS DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE DEPUIS L'OCCUPATION
FRANÇAISE.--Immédiatement après la prise de Constantine (13 octobre
1837), le commandement de la place fut laissé par le maréchal Valée au
colonel Bernelle, nommé le 11 novembre suivant maréchal de camp. Depuis,
le commandement supérieur de la province a été, successivement confié au
général Négrier (23 novembre 1837), au Général Galbois (19 juillet
1838), au général Négrier, une seconde fois (21 février 1841), au
général Baraguey-d'Hilliers (19 juin 1843) et au duc d'Aumale (18
octobre 1843).