L'ENTREVUE.

--Mathilde, c'est le bon Dieu qui vous envoie!--s'écria mademoiselle de

Maran,--venez à mon secours!

--C'est moi, madame,--répondit madame de Lancry éperdue en courant

auprès du lit de sa tante;--c'est moi qui viens vous demander de me

sauver. Mon mari sera ici tout à l'heure... sauvez-moi, par pitié!

sauvez-moi!

Servien disparut.

--Oui... oui... je vous sauverai, mon enfant... mais nous ne nous

quitterons plus,--s'écria mademoiselle de Maran.--Vous verrez... oh!

vous verrez... je serai aussi bonne pour vous que j'étais méchante

autrefois! Mais aussi vous n'abandonnerez pas votre pauvre vieille tante

à ses bourreaux, n'est-ce pas? Si je pouvais me mettre à genoux,

Mathilde, je m'y mettrais... pour vous implorer... Tout ce que vous

voudrez, je le ferai... je vous le jure... Mais ne me laissez pas seule,

vous ne savez pas à quelle horrible vie je suis condamnée.

Malgré son effroi, Mathilde ne put s'empêcher d'être frappée des paroles

et de l'accent désespéré de mademoiselle de Maran.

--Madame,--répondit-elle précipitamment,--les moments sont précieux. Je

viens vous demander ce que vous me demandez vous-même, de ne pas vous

quitter... Vous êtes ma plus proche parente. On ne me refusera peut-être

pas la permission de rester auprès de vous?

--C'est-il bien vrai, mon Dieu!--s'écria mademoiselle de Maran au comble

de la joie et de l'étonnement.--Vous me demandez de rester auprès de

moi?

--Oui... oui... madame... tout plutôt que de... Ah! c'est horrible!--dit

la malheureuse femme avec angoisse.

Puis elle reprit:

--Mais il a les lois et la force pour lui... Oh! je me tuerai plutôt...

oui, je me tuerai plutôt que de le suivre!...

--Non, non, ne le suivez pas, restez avec moi... Mathilde... Ma

fortune... toute ma fortune vous appartient depuis longtemps... Je vous

la destinais... oh! bien vrai... bien vrai... Mais je vous la donnerai

tout entière de mon vivant, je ne garderai rien pour moi, rien... si

vous consentez à ne pas me quitter.

L'effrayante préoccupation de Mathilde était si grande qu'elle ne se

choqua pas de la proposition de mademoiselle de Maran; elle ne songeait

qu'à échapper à son mari.

--Mais... il peut me forcer à le suivre... comme il l'a déjà

fait,--s'écria-t-elle.

--Non, non, non, il ne le pourra pas; nous aurons des avocats,

voyez-vous, les meilleurs, les meilleurs: rien ne nous coûtera... Nous

plaiderons. Rien ne nous coûtera, rien... pour garder auprès de moi ma

nièce... mon enfant chéri... car enfin vous êtes presque mon enfant,

vous êtes la fille de mon frère, de mon bon frère que j'ai tant aimé.

--Mais dans une heure, madame, dans une heure peut-être mon mari sera

ici... Avant-hier il est venu à Maran... me chercher... j'ai refusé de

le suivre; il a été trouver le maire, et alors j'ai été forcée

d'accompagner M. de Lancry. En arrivant ici, à l'hôtel Meurice, avec

Blondeau qu'il m'avait permis d'emmener, il m'a dit de l'attendre, que

nous ne resterions que douze heures à Paris, le temps nécessaire pour

mettre _nos_ passe-ports en règle et obtenir les pouvoirs que la loi lui

accorde; il veut avoir entre ses mains les moyens de me contraindre,

dans le cas où je voudrais encore lui résister.

--Eh bien! mon enfant, il faut vous cacher ici; il ne saura pas que vous

y êtes venue.

--Tous mes pas sont surveillés, madame; il m'a prévenue que je ne

pourrais pas lui échapper, qu'il saurait me retrouver. Pourtant, dès

qu'il a été parti, j'ai couru chez madame de Richeville; elle m'a

conseillé de venir ici, de ne céder qu'à la force, et, quand les

magistrats viendront, de les supplier de me laisser auprès de vous, ma

plus proche parente, jusqu'à ce que j'aie prouvé l'infamie de la

conduite de M. de Lancry envers moi.

--Mais elle a raison... cette bonne... cette excellente duchesse, elle a

raison; les magistrats ne peuvent pas vous refuser ça... Est-ce qu'on

arrache une nièce à sa tante? Non... non... vous ne me quitterez pas.

Comme ça sera généreux à vous!... comme ça sera beau! après tout le mal

que je vous ai fait... mais ça vous est bien égal, le mal qu'on vous a

fait à vous. Vous êtes si bonne! vous avez une si belle âme! et puis,

c'est si sublime de pardonner! et puis je suis si malheureuse...

Figurez-vous, ma pauvre enfant, que je suis la victime des misérables

valets qui m'entourent. Voyez jusqu'où ils poussent la méchanceté!

j'avais un chien, un pauvre animal... qui m'était attaché... la seule

créature au monde qui ne me haït pas. Dans mon isolement, c'était mon

unique joie, mon unique consolation; avec lui, au moins, je n'étais pas

seule... Eh bien! ils ont eu la barbarie de me le tuer... oui, j'en suis

sûre... ils me l'ont empoisonné; car, depuis qu'il est mort, je leur ai

ordonné de m'en acheter un autre... ils ne m'ont pas obéi: ça n'a pas

l'air croyable, c'est pourtant comme ça... Figurez-vous qu'ici personne

ne m'obéit... qu'est-ce que cela leur faisait pourtant de m'acheter ce

chien?... Mais à qui me plaindre? ils ne laissent approcher personne de

moi... au lieu que lorsque vous serez ici, ils me respecteront... Vous

leur imposerez, vous, vous les forcerez bien à écouter mes ordres, vous

ferez respecter votre pauvre vieille tante infirme... n'est-ce pas?

--Silence!--dit tout à coup Mathilde;--une voiture... c'est lui... c'est

lui.

--Non, non...--dit mademoiselle de Maran en écoutant,--la voiture

passe... Mais que veut-il donc vous faire, ce monstre-là?... car c'est

un monstre, voyez-vous! Jamais vous n'en direz assez de mal! Si vous le

connaissiez comme je le connais... Ah! maintenant, je me repens bien

d'avoir consenti à votre mariage avec lui... mais la tête vous en

tournait, pauvre petite... ah! ce sera le chagrin de toute ma vie, de

vous avoir donnée à un pareil bandit... un faussaire... un escroc...

Tenez, si je pouvais pleurer... j'en pleurerais des larmes de sang. Mais

qu'est-ce qu'il vous veut encore, ce misérable-là? n'a-t-il pas mangé

votre fortune!

--Ce qu'il veut, madame, il veut me vendre à M. Lugarto...--s'écria

madame de Lancry avec épouvante.

--Ah! Mathilde... c'est abominable.

--Je vous dis que, pour de l'argent, cet homme est capable de

tout,--s'écria Mathilde. C'est un abîme d'horreur et d'infamie; pour

assouvir la haine dont ce monstre me poursuit sans relâche, haine qu'il

partage lui-même à cette heure... mon mari ne reculera devant aucun

crime... En venant ici... il m'a fait d'horribles confidences, me disant

que personne ne l'entendait, que si je parlais il nierait tout, et que

je ne serais pas crue... Et pourtant, madame... telle est la loi que les

hommes ont faite, qu'elle me force à accompagner cet homme, qui me

conduit, non à mon déshonneur, mais à la mort... car je me tuerai plutôt

que de rester au pouvoir de ces deux hommes... Si je me tue... Dieu me

prendra en pitié. Mais... écoutez... écoutez... cette fois... oh! cette

fois... c'est bien une voiture qui s'arrête,--s'écria Mathilde avec

terreur.

--En effet, mon enfant! une voiture s'arrête... Mais c'est peut-être le

médecin que j'attends... car ils ont aussi eu l'atrocité de ne pas

vouloir m'aller chercher le médecin.

--Non, non, c'est lui! Ah! c'est lui... il m'aura fait suivre... il aura

découvert où j'étais, il me l'avait dit... il me l'avait dit.

--Mon Dieu!... il y a peut-être quelque chose à faire; je vais envoyer

Servien me chercher tout de suite des avocats. En tout cas, chère

petite, résistez; mon enfant, résistez... Ne cédez qu'à la force. Ah! si

mes gens m'étaient dévoués, je le ferais jeter par les fenêtres... ce

misérable... ce monstre... qui vient m'enlever ma tendre enfant.

Mathilde ne s'était pas trompée, M. de Lancry entra chez mademoiselle de

Maran.

Quoiqu'il eût beaucoup engraissé, sa taille était encore élégante. Il

était vêtu avec une recherche extrême, presque mignarde; malgré son

embonpoint, sa figure était blafarde, ses yeux caves, clignotants et

entourés d'un cercle brun. Les vices les plus odieux avaient flétri ce

visage de leur ineffaçable empreinte. La physionomie de M. de Lancry,

autrefois fine, gracieuse et spirituelle, avait alors un caractère de

férocité doucereuse: les empereurs sanguinaires et efféminés de

l'ancienne Rome devaient offrir cet aspect révoltant. Jadis insolente et

altière, sa voix était devenue mielleuse; un grasseyement affecté

l'affaiblissait encore.

Il s'avança vers le lit de mademoiselle de Maran, lui prit la main,

qu'il baisa, et lui dit:

--Quel charmant hasard rassemble aujourd'hui près de vous le couple

heureux que vous avez uni!

--Laissez-moi donc tranquille, avec votre voix flûtée et votre

afféterie,--dit mademoiselle de Maran; vous me faites peur, vous avez

l'air d'un tigre qui fait la bouche en coeur... Pourquoi

tourmentez-vous cette pauvre femme?... D'abord, je vous préviens qu'elle

veut rester ici... avec moi... avec sa chère tante... entendez-vous?...

Je suis la soeur de son père, sa plus proche parente, et vous ne me

l'enlèverez pas... je vous en préviens.

--Vraiment, ma belle chérie?--dit-il en s'adressant à Mathilde avec une

sorte de minauderie railleuse et cruelle, en s'asseyant dans un fauteuil

auprès de l'alcôve de mademoiselle de Maran.--Vous avez donc bien peur

de moi, que vous prenez un tel parti?

--Monsieur, vous ne m'arracherez pas vivante d'ici!--s'écria Mathilde en

frissonnant.

--Vous l'entendez... j'espère... vilain homme... Cette chère petite...

je ne le lui fais pas dire... on ne l'arrachera pas vivante d'ici...

Ainsi, allez-vous-en... allez-vous-en... et laissez-nous en repos l'une

à l'autre.

--Mon Dieu! mon Dieu!--dit M. de Lancry en continuant de minauder,--vous

ne serez donc jamais raisonnable, mon bel ange? Vous ne voudrez donc

jamais comprendre que vous êtes à moi, que vous êtes mon épouse

chérie... que vous m'appartenez corps et âme?... A quoi donc servent les

leçons?... Avant-hier j'arrive à Maran, vous refusez de me suivre, mon

adorée, vous m'obligez d'envoyer chercher M. le maire: eh bien!

qu'arrive-t-il? Que ce digne municipal, assisté du juge de paix, vous

prouve clair comme le jour que vous êtes obligée de m'accompagner

partout où il me plaira de vous conduire, mon doux amour. Est-ce que je

peux renoncer à tant de charmes? Vous êtes plus jolie que jamais... vous

avez le teint d'un éclat, d'une fraîcheur adorable.

--Ta, ta, ta!--s'écria mademoiselle de Maran,--votre maire de village

était un imbécile... un âne... voyez donc la belle autorité que celle de

ce municipal en sabots! A Paris, ça ne se passera pas ainsi; nous aurons

de bons avocats, de bons juges, ils nous obtiendront une bonne

séparation, et vous nous laisserez tranquilles.

--Vous croyez, ma belle tante?...

--Certainement; est-ce qu'il est possible d'abandonner une malheureuse

jeune femme aux mains d'un... allons donc!... il faudrait qu'il n'y eût

pas de justice sur la terre.

--Dame! ça s'est vu,--reprit doucement M. de Lancry,--tout n'est pas

roses dans ce monde; j'ai justement là dans ma poche, ma belle tante, de

quoi vous contredire... Par sa fugue de ce matin, mon adorée m'a servi

comme à souhait... Je l'avais prévu... En passant à Paris pour aller à

Maran, j'avais eu une entrevue avec M. le préfet de police; oui, ma

belle chérie, une fois ici, vous avez été immédiatement suivie,

non-seulement par les gens de M. le préfet, mais par d'autres non moins

habiles. Ainsi on sait qu'en arrivant vous avez dépêché votre fidèle

Blondeau chez un certain colonel Ulrik, qui s'appelle M. de Rochegune.

On sait qu'elle y est arrivée à une heure, et qu'elle y est restée

jusqu'à deux heures moins un quart. On sait qu'en sortant de l'hôtel

Meurice, où nous étions descendus, mon bel ange aimé s'est rendu au

Sacré-Coeur, puis ici; aussi je viens d'envoyer à l'hôtel Meurice dire

qu'on m'amène tout de suite ma voiture de voyage, car, je vous en ai

prévenue, mon amour, nous n'avons que douze heures à rester à Paris.

J'ai employé ce temps à faire mettre mes passe-ports en règle, mon bel

ange, et à obtenir un ordre de M. le président du tribunal de première

instance, lequel ordre enjoint aux autorités de me prêter aide et

assistance dans le cas où ma légitime épouse aurait la folle idée de se

débattre contre la volonté de son mari; je ne voudrais pas dire de son

maître. Désirez-vous jeter vos beaux yeux sur ceci, mon adorée?... Ne

déchirez pas ce papier, vous ne me donneriez que la peine d'en aller

chercher un autre.

Et M. de Lancry remit en effet à Mathilde un acte légalement conçu... La

loi l'appuyait, il était dans son droit, il en usait.

--Allons donc!--s'écria mademoiselle de Maran pendant que Mathilde

parcourait machinalement cet acte,--est-ce que c'est possible?... Vous

ne savez donc pas ce dont elle vous accuse?... Ça suffirait pour amener

une séparation... car c'est infâme... Oui, elle prétend que vous voulez

l'emmener retrouver cet abominable nègre blanc de Lugarto...

--Vraiment! cette pauvre chérie, elle a deviné cela? Mais certainement

oui... elle ne se trompe pas... ce bon et tendre ami nous attend à

Nice... Nous partons ce soir; c'est Fritz, que Mathilde connaît bien,

qui nous sert de courrier... Nous n'emmènerons personne... Elle laissera

sa madame Blondeau ici... Je serai trop heureux de servir ma belle

chérie.

Depuis quelques moments, Mathilde paraissait absolument indifférente à

ce qui se disait autour d'elle.

Tout à coup, sans dire un mot, elle tomba à genoux, baissa la tête et

pria avec ferveur.

--Vous voyez bien,--dit mademoiselle de Maran,--elle prie le bon Dieu;

elle n'a plus de ressource qu'en lui, et il ne l'abandonnera pas. Est-ce

que vous croyez qu'il laissera consommer une pareille abomination?...

Revoir un pareil homme!...

--Je vous assure, ma toute belle tante, qu'on le calomnie. Mon adorée en

jugera... Une fois arrivés à Nice, nous partons tous trois pour la

Sicile, pays fort sauvage et fort pittoresque, où Lugarto a l'envie de

s'établir pendant quelque temps. Lors de notre séjour à Naples, nous

avons été visiter une espèce de château vénitien situé à quelques lieues

de Messine, dans une solitude admirable, au milieu de gorges profondes

et inaccessibles... Nous nous établirons là, moi, Mathilde et Lugarto;

nous y mènerons la meilleure vie du monde. Dans cet endroit désert, on

est aussi libre qu'à Otaïti. Nous improviserons là une manière de petite

Caprée...

Tout à coup Mathilde se leva droite, fière, imposante, les yeux

brillants, le teint coloré, et dit à mademoiselle de Maran d'une voix

ferme:

--Dieu ne m'abandonnera pas... non... je le sens... il ne m'abandonnera

pas... puisque la justice humaine m'abandonne... Il a lu dans mon

coeur... Quoi qu'il arrive, il me pardonnera; et quoiqu'il arrive

aussi, soyez maudite,--dit-elle d'une voix solennelle à mademoiselle de

Maran,--soyez maudite, vous qui avez confié à cet homme la vie de la

fille de votre frère... sachant que cet homme était un monstre...

--Mathilde...--s'écria mademoiselle de Maran d'une voix suppliante.

--Dieu a voulu,--reprit madame de Lancry avec une exaltation

croissante,--Dieu a voulu que par un rapprochement terrible vous ayez à

cette heure sous les yeux l'horrible tableau du mal que vous avez

causé... Pour vous le jour des expiations commence... Vous êtes

abandonnée de tous, livrée à la barbarie de vos gens; vous mourrez

ainsi, abandonnée de tous... maudite de tous... Ursule, que vous avez

perdue... Ursule, qui, grâce à vous, est arrivée de crime en crime

jusqu'au suicide, vous a maudite!... M. de Mortagne tombant sous les

coups d'un assassin.... vous a maudite!... car si vous ne m'aviez pas

fait épouser cet homme, M. Lugarto n'eût pas poursuivi M. de Mortagne de

sa haine...

--Mon Dieu! mon enfant... je m'en désespère... je suis la plus

malheureuse des créatures.

--Il y a vingt ans... sur ce lit de douleur où vous êtes, vous m'avez

fait verser mes premières larmes, vous m'avez causé mes premières

terreurs en coupant mes cheveux, que ma mère mourante avait bénis et

touchés!... Aujourd'hui, vous me voyez prête à suivre... cet homme,

puisque la force, puisque les lois m'y condamnent... _le suivre!!!_ Vous

comprenez tout ce que ce mot renferme d'épouvantable! Songez au mal que

vous m'avez fait depuis mon enfance jusqu'à cette heure... songez à tout

ce qui peut encore m'arriver de sinistre... et si vous entendez dire que

moi, la fille de votre frère, je me suis tuée pour échapper à

l'infamie.... que mon sang retombe sur vous... comme celui d'Ursule...

et soyez maudite!

--Mathilde... grâce! grace!... vous me faites peur,--s'écria

mademoiselle de Maran.

Dix heures sonnèrent. On entendit le bruit d'une voiture de poste qui

s'arrêta dans la rue.

--Mathilde... abandonnez-moi si vous le voulez, mais ne suivez pas votre

mari... il est capable de tout...

--C'est l'époux que vous m'avez choisi, madame, et les lois veulent que

je le suive!--s'écria Mathilde.

Puis se retournant vers M. de Lancry, elle lui dit d'un ton qui le fit

tressaillir malgré lui:

--Monsieur, je suis prête...

M. de Lancry s'attendait à une résistance désespérée. Il fut étonné du

calme effrayant de Mathilde. Néanmoins il se leva en souriant et lui

offrit son bras.

Madame de Lancry le repoussa d'un geste plein de mépris et de dignité.

Servien entra et dit à M. de Lancry:

--Monsieur le vicomte, voici la voiture et ces messieurs; ils vous

attendent dans le salon.

--Quels messieurs?

--Trois messieurs qui sont venus dans la berline depuis l'hôtel

Meurice... Fritz, le courrier, est parti en avant pour commander vos

relais.

--Qu'est-ce qu'il veut dire, avec ces trois messieurs?--reprit

négligemment M. de Lancry.

Au moment où il faisait un pas vers la porte, une main vigoureuse écarta

Servien... et M. Sécherin parut à la porte, pâle comme un spectre.

Il était en grand deuil...

--Ma mère est morte... je viens, vous tuer, monsieur de Lancry,--dit M.

Sécherin d'une voix éclatante.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 350 / 355 题