UNE VISITE.

Je passai une nuit terrible.

A peine M. de Lancry m'eut-il ramenée chez moi, que je tombai dans une

crise nerveuse qui m'ôta toute connaissance.

Je ne me souviens pas de ce qui se passa pendant les longues heures

qu'elle dura. Elle cessa vers les quatre heures de l'après-midi.

Ma pauvre Blondeau était assise à mon chevet et pleurait

silencieusement. Je portai les mains à mon front comme pour rassembler

mes souvenirs. En me rappelant la scène de la veille, je ne doutai pas

qu'un duel n'eût eu lieu.

Hélas! c'était encore la moindre de mes terreurs. Lugarto pouvait

perdre Gontran. Peut-être cet homme avait-il parlé?

--Où est M. de Lancry?--m'écriai-je.

Blondeau me regarda avec une sorte de tendresse compatissante, et me

dit:

--M. le vicomte est sorti ce matin, madame; puis il est rentré et

ressorti encore.

--Et sans être blessé?--m'écriai-je.

Blondeau parut très-étonnée.

--Sans être blessé, madame... pas le moins du monde... S'il l'eût été,

il n'aurait pas pu se mettre... en route.

--En route... que dis-tu?

--M. le vicomte, en rentrant ce matin, a donné l'ordre de préparer son

nécessaire de voyage, une ou deux malles; et il est parti, emmenant son

nouveau valet de chambre, et en laissant cette lettre pour vous, madame.

--Parti!... parti... sans moi. Et les avertissements de M. de

Mortagne!--m'écriai-je.--Il y a là quelque chose de bien fatal...

J'ouvris en hâte la lettre de Gontran.

En quelques lignes il m'apprenait qu'à la suite de la scène de la

veille, une rencontre avait eu lieu entre lui et M. Lugarto, que ce

dernier était légèrement blessé. Mon mari se voyait obligé, me

disait-il, de faire une absence de quelques jours seulement pour

terminer l'affaire importante que je savais! il regrettait beaucoup de

me laisser seule, mais je devais comprendre combien étaient graves et

décisives les démarches qu'il allait tenter.

--Et par quelle barrière est sorti M. de Lancry? Quelle route a-t-il

prise?--demandai-je à Blondeau. Car, désirant obéir aux recommandations

expresses de M. de Mortagne de ne jamais me séparer de Gontran, je

voulais le rejoindre.

--Je n'en sais rien, madame.

--Il faut envoyer à l'instant à la poste aux chevaux savoir quelle route

M. de Lancry a suivie; grâce à ces mêmes renseignements, pris de relais

en relais, je pourrai peut-être l'atteindre. Nous allons partir... à

l'instant... Tu m'accompagneras...

--Partir, madame, dans l'état où vous êtes? mais c'est impossible.

--Je te dis qu'il le faut... Tu ne sais pas combien cela est important.

--Comment faire alors, madame, pour savoir où es allé M. le vicomte? il

n'est parti ni dans sa voiture, ni en poste: il a fait venir un fiacre,

et y est monté avec son valet de chambre.

--Mon Dieu!... mon Dieu!--m'écriai-je avec désespoir.

Je ne comprenais rien au brusque départ de Gontran, je redoutais quelque

perfidie de M. Lugarto.

J'envoyai Blondeau s'informer si ce dernier était à Paris; on lui

répondit qu'il y était, que sa blessure avait assez de gravité, et qu'il

ne pouvait pas sortir de quelques jours.

J'étais en proie à une mortelle inquiétude. Je frémissais en songeant

que M. de Mortagne avait pour ainsi dire prévu cette absence de Gontran,

puisqu'il m'avait expressément recommandé de ne pas quitter M. de

Lancry.

En vain Blondeau interrogea ceux de nos gens qui avaient assisté au

départ de mon mari, je ne pus recueillir le moindre renseignement.

Je passai la fin de la journée et la nuit suivante dans d'inexprimables

angoisses. Je ne pouvais comprendre comment M. Lugarto n'avait pas

exécuté sa menace de perdre Gontran; peut-être l'avait-il fait:

peut-être mon mari, parti précipitamment pour échapper aux suites de

cette révélation, n'avait pas voulu m'effrayer.

Je ne savais qui interroger pour être éclairée à ce sujet.

Je me décidai à aller, quoi qu'il m'en coûtât, chez mademoiselle de

Maran. Elle, plus que personne, devait m'instruire de ce que je voulais

savoir, car elle recueillait avec empressement les bruits odieux qui

nous concernaient.

Je me disposais à me rendre chez ma tante, lorsqu'on l'annonça.

En toute autre circonstance, cette visite m'eût été odieuse. Je

remerciai presque le ciel de m'envoyer mademoiselle de Maran.

Pourtant, lorsque je vis l'air ironique et satisfait de ma tante, je

regrettai le voeu que j'avais formé.

--Eh bien!... eh!...--me dit-elle--qu'est-ce qu'il y a donc? Du trouble

dans votre ménage, chère petite? dans ce modèle des jolis ménages

commodes et faciles? On parle de tragédies... qui, j'en suis sûre... ne

sont que des comédies... heureusement.

--Je ne sais pas ce que vous voulez dire, madame; à cette heure, je suis

horriblement inquiète de M. de Lancry, je ne l'ai pas revu depuis la

scène cruelle qui au moins aura fait tomber les calomnies dont M. de

Lancry et moi nous étions l'objet.

--Qu'est-ce que vous dites donc là, ma chère petite? vous croyez qu'elle

a été d'un bon effet, cette scène à Tortoni! Ah çà! est-ce que vous êtes

folle?

--Je crois, madame, que les honnêtes gens qui auront entendu M. de

Lancry prouver si nettement l'infamie de M. Lugarto, ne se feront plus

l'écho de bruits encore plus ridicules qu'ils ne sont odieux; si

personne à l'avenir ne nous défend, personne du moins ne nous attaquera.

--Laissez-moi donc tranquille avec vos preuves: il n'a rien prouvé du

tout, votre mari! est-ce qu'on a été dupe de cette comédie-là?

--Une comédie! madame, une comédie!

--Mais certainement; est-ce que M. Lugarto pouvait répondre autrement

qu'il a fait à l'apostrophe sauvage de Gontran?... Est-ce que devant

tout le monde il pouvait avouer que vous aviez eu des préférences pour

lui?... Ainsi, chère petite, vous avez la bonhomie de vous croire

blanche comme neige et votre mari aussi, parce que M. Lugarto aura

proclamé votre innocence à la face du lustre de Tortoni? Mais le simple

savoir-vivre l'obligeait à agir ainsi. Il faudrait être un vilain, un

croquant, pour se conduire autrement. Je ne suis pas suspecte, moi: je

trouve ce Lugarto bête comme une oie à l'endroit de sa titulature et de

_ses étoiles d'or en champ d'argent_; mais je dois avouer avec tout le

monde que, dans cette occasion-là, il s'est conduit avec toute sorte de

réserve, de mesure et une dignité non pareille... Est-ce que pour vos

beaux yeux il ne s'est pas laissé menacer, injurier, presque assommer

par votre mari, sans proférer une plainte, et au contraire en défendant

votre réputation? Allons donc!... Galaor et Orondate sont des monstres

de cynisme et de fatuité... auprès de ce pauvre Lugarto.

Je ne trouvais pas une parole à répondre à mademoiselle de Maran.

J'avais déjà une si triste expérience de la méchanceté du monde que je

ne doutai pas que la conduite de M. de Lancry et de M. Lugarto ne pût

être interprétée ainsi que le disait ma tante.

Je laissai retomber avec accablement ma tête sur ma poitrine.

Mademoiselle de Maran, fière de son triomphe, continua avec une joie

cruelle.

--Ce qu'il y a de pis pour Gontran, c'est que, par là-dessus, le Lugarto

s'est très-bien conduit dans le duel; il a été blessé, l'honneur est

satisfait, comme l'on dit; sans compter qu'à la rigueur ce bel

archimillionnaire aurait pu parfaitement refuser à Gontran de se battre

avec lui... vu que votre mari a, dit-on, l'inconvénient de lui devoir

énormément d'argent. Or, entre nous, c'est une drôle de manière de payer

ses dettes que de vous rembourser d'un bon coup d'épée... Mais, puisque

le Lugarto s'arrange de cette monnaie-là, tout est dit. Seulement cela

prouve qu'il vous aime d'une furieuse force... et même, depuis sa

blessure, il ne parle de vous qu'avec des roucoulements de fidèle berger

les plus touchante du monde; je vous en avertis.

--Ainsi, madame... depuis cette scène, moi et M. de Lancry... nous

sommes tombés encore un peu plus bas dans l'opinion du monde?--dis-je

avec un calme qui étonna mademoiselle de Maran;--et M. Lugarto inspire,

au contraire, le plus touchant intérêt?

--Vous parlez d'or, chère petite! Cela est ainsi, ni plus ni moins;

aussi vous m'en voyez tout émue, toute bouleversée. Je venais

dare-dare... vous avertir et vous dire, un peu tardivement peut-être

(mais mieux vaut se repentir tard que jamais), que j'étais désolée

d'avoir consenti à votre mariage avec Gontran. Qui est-ce qui se serait

jamais attendu à cela de lui? Savez-vous qu'après tout ce Mortagne, avec

son cerveau fêlé, ne manquait pas d'une certaine judiciaire au moins?

Mais on a eu beau faire et beau dire, il n'y a pas eu moyen de vous ôter

ce beau mari-là de la tête, pauvre petite! Eh! penser qu'après quatre

mois à peine de mariage, vous voilà déjà avec un mari méprisé, ruiné,

infidèle! Tenez... c'est à fendre le coeur! Je sais bien que vous me

répondrez à ça que la conduite de votre infidèle vous a donné le droit

d'user de représailles, et que ce Lugarto ne manque pas d'agréments,

malgré sa figure de cire jaune, ses épilepsies et sa manie de

tilulature; c'est égal, quand on me parle de votre goût pour lui, je me

révolte... je m'indigne...

--Vraiment, madame...

--Vraiment... mais comme vous prenez bien ce que je vous dis! ça n'a pas

l'air de vous émouvoir du tout!

--Non, madame... vous le voyez... je suis très-calme... je suis touchée

même du sentiment qui vous dicte les consolations que vous venez me

donner...

--Et vous avez bien raison d'en être touchée, mais je vous disais que,

lorsqu'on me parlait de votre goût pour ce Lugarto, je me révoltais, je

disais aux méchantes langues: Vous seriez furieusement interloqués, tous

tant que vous êtes, si vous saviez le pourquoi et le comment du goût du

cette petite vicomtesse de Lancry pour M. Lugarto... il y a dans cette

jeune femme-là, voyez-vous, une manière d'abnégation courageuse, dans le

goût des femmes héroïques de l'antiquité, quelque chose comme une

mixture de Portia et de la mère des Gracques... Mais c'est vrai ce que

je vous dis là... A vous voir à cette heure si calme, est-ce qu'on

pourrait seulement penser que votre mari vous rend la plus malheureuse

des femmes, et qu'à tort ou à raison votre réputation et la sienne sont

à jamais perdues? Ah çà, mais dites-moi donc, maintenant j'y pense... si

c'est à tort qu'on vous accuse, comme ça doit être affreux pour vous!

--Écoutez, madame,--dis-je à mademoiselle de Maran avec un sang-froid

qui la confondit,--vous êtes venue ici pour jouir de votre triomphe,

pour voir si vos prévisions s'étaient bien accomplies, si la jeune femme

était aussi malheureuse que la jeune fille, que l'enfant l'avait été...

n'est-ce pas, madame?

--Allez toujours, je vous répondrai plus tard... C'est étonnant comme

vous êtes perspicace.

--Eh bien! madame, je vais vous porter un bien terrible coup... Je vais

d'un seul coup me venger, me cruellement venger de tout le mal que vous

m'avez fait, de celui que vous avez voulu me faire.

--C'est étonnant... vous ne m'effrayez pas du tout, chère petite.

--Regardez-moi bien en face, madame; écoutez bien l'accent de ma voix,

remarquez bien l'expression de mes traits... vous si pénétrante, vous

verrez si je mens.

--Au fait... au fait,--dit mademoiselle de Maran avec aigreur.

--Eh bien! madame, j'aime Gontran autant que je l'ai jamais aimé...

entendez-vous?... Je l'aime avec passion, je l'aime plus encore

qu'autrefois, car il est malheureux... Cet amour-là, c'est ma force,

c'est mon courage, c'est ma consolation; grâce à cet amour, je suis déjà

sortie, meurtrie peut-être, mais souriante, des luttes les plus

cruelles... Grâce à cet amour, enfin, je défie l'avenir d'un front calme

et serein.

Il y avait un tel accent de vérité dans mes paroles; mon visage, ranimé

par la puissance de mes convictions, était sans doute si radieux que

mademoiselle de Maran, ne pouvant cacher sa rage, s'écria:

--C'est qu'elle est capable de dire vrai! C'est qu'il y a pourtant des

femmes assez imbéciles pour s'ensorceler ainsi d'un homme! Les vilaines

stupides, on les assommerait à coups de bûche, qu'elles s'écrieraient

encore avec toutes sortes de voluptés langoureuses, comme les

convulsionnaires du diacre Pâris:--_O douceur charmante!... ô

ravissement ineffable!_

Puis, revenant involontairement à ses habitudes d'autrefois,

mademoiselle de Maran me serra violemment le bras, en s'écriant:

--Mais vous êtes donc aveugle, sotte ou folle?

La colère de ma tante me fit du bien; mon amour pour Gontran était

compris; il pouvait, il devait me consoler de tout, puisque mademoiselle

de Maran était si furieuse de me le voir ressentir.

--C'est à vous faire enfermer,--répéta ma tante.

--Je l'aime, madame, je ne puis vous dire autre chose.

--Elle me fera perdre la tête avec ses devises de mirliton sur tous les

tons: Je l'aime!!! je l'aime!!! je l'aime!!! Belle réponse! Vous

l'aimez, mais il vous a ruinée, mais il doit des sommes énormes à ce

Lugarto; mais, du moment où celui-ci en exigera le payement, vous serez

réduite à la misère.

--Je partagerai cette misère avec Gontran, madame...

--Mais il est déshonoré aux yeux du monde.

--Il ne l'est pas aux miens.

--Mais il vous méprise, mais il vous a laissé compromettre par ce

Lugarto.

--Gontran est sûr de mon amour.

--Il en est si sûr qu'il ne vous aime pas.

--Mais je l'aime, moi, madame.

Je ne sais avec quel accent je prononçai ces derniers mots, mais

mademoiselle de Maran frappa du pied et s'écria avec emportement:

--Il faut que l'enfer s'en mêle: cet amour a tourné en folie; elle est

maintenant incurable.

--Oui... oh! oui... vous l'avez dit, mademoiselle, c'est une folie, une

sainte, une noble folie du moins que celle-là! Elle concentre toutes les

forces de mon esprit, toute la puissance de mon âme sur Gontran. Ce qui

n'est pas lui n'existe pas pour moi... vivre de sa vie, si dure, si

pénible, si humiliante qu'elle soit... c'est mon seul voeu: vous avez

raison, je suis folle. Qu'est-ce que la folie, sinon un sentiment

exagéré aux dépens de tous les autres? Eh bien! oui... je suis folle...

comme les folles j'ai de ces souvenirs chéris, adorés, enivrants, qui

viennent à chaque instant luire à mon esprit, me transporter dans un

monde idéal; ces souvenirs sont ceux des jours ineffables que j'ai

passés près de lui, alors que j'étais si fière d'être belle et jeune,

parce qu'il aimait ma jeunesse et ma beauté.

--Mais à cette heure il en est las et rassasié, de votre-beauté; quant à

votre jeunesse, bel avantage!... Vous n'en aurez que plus longtemps à

souffrir.

--Vous ne pouvez comprendre ces questions de jeunesse et de beauté,

madame; ou plutôt vous ne les comprenez que trop, c'est ce qui cause

votre rage; mais le ciel est juste... il veut que vous connaissiez les

tourments de l'envie... Il vous a réservé un terrible supplice, celui de

me voir, malgré tout et à tout jamais heureuse, et par celui qui, selon

vous, devait causer mes plus cruels chagrins! Voyez-vous, madame, demain

il me dirait: Va-t'en... je te hais... qu'il ne pourrait pas arracher de

mon coeur ce trésor de souvenirs adorés dont je vivrais un siècle...

Quelque méprisant, quelque impitoyable que soit Gontran, il ne pourra

pas faire que le passé n'ait pas été le passé, un passé éblouissant

comme un rêve de fée... un passé dans lequel je me réfugierai dès que le

présent deviendra sombre et obscur.

--Ah!... ah! qu'elle est donc surprenante et réjouissante avec son cher

petit passé!... Laissez-moi donc tranquille! Est-ce que ce n'est pas

pour votre argent qu'il vous a épousée? Vous auriez été laide et

méchante comme les sept péchés capitaux, qu'il vous aurait épousée tout

de même.

--Aussi, madame, jugez donc combien je me suis trouvée heureuse d'être à

la fois riche, belle et dévouée!--Mais c'est intolérable, mais c'est

l'acharnement dans la frénésie qu'un tel amour!--s'écria mademoiselle de

Maran hors d'elle-même.--Mais, enfin, un jour il mourra; il faudra bien

qu'il meure, ce cher et bel adoré! Comment vous consolerez-vous alors?

Ah!... ah!... ah!... je vous prends sans vert! répondez à cela!

--Dans ce monde, je prierai Dieu pour lui; dans l'autre, je le reverrai.

Madame, ma vie se passerait ainsi entre la prière et l'espérance...

Mademoiselle de Maran se leva brusquement et s'écria:

--Allons, c'est une gageure, un parti pris, un défi... dont je ne suis

pas dupe. Vous faites contre fortune bon coeur... vous êtes si

orgueilleuse!!... Vous crèveriez de désespoir et de rage... plutôt que

de pleurer devant moi!! C'est bien, ma mie, à votre aise. Vous êtes

heureuse, très-heureuse, superlativement heureuse, n'est-ce pas? Grand

bien vous fasse... Je me sentais disposée à être pitoyable pour vos

chagrins, mais je vous trouve d'un tempérament si robuste à l'endroit

des peines de coeur que je ne m'en occuperai plus... J'ai dû

charitablement vous prévenir de ce qu'on disait sur vous et sur votre

bel Alcindor; vous trouvez tout cela parfaitement simple et naturel:

rien de mieux. Seulement, maintenant n'attendez pas de moi que je vous

défende ou que je vous plaigne le moins du monde... Nous verrons où

cette belle obstination vous conduira...

Mademoiselle de Maran partit furieuse...

J'étais radieuse de ma fermeté et de l'espèce de révélation que je

devais à la visite de mademoiselle de Maran.

Peut-être sans la violence de ses attaques n'aurais-je pas vu aussi

clair dans mon coeur. Jamais je n'aurais osé me proposer les questions

qu'elle m'avait faites.

Il est des suppositions si douloureuses ou si horribles que par instinct

l'esprit ne s'y arrête pas; mais une fois qu'elles sont admises, une

fois qu'on les a résolues, on est presque heureux de les avoir

soulevées.

La visite de mademoiselle de Maran eut donc un effet contraire à celui

qu'elle attendait.

Cette discussion m'éclaira davantage encore sur la profondeur de mon

dévouement pour M. de Lancry.

Avant j'aurais pu douter de moi, alors je n'en doutais plus: j'avais

envisagé sans pâlir les plus terribles chances que cette affection pût

subir...

Hélas! je n'avais que trop besoin de cette puissante conviction pour

résister aux nouveaux coups qui me menaçaient.

Mathilde: mémoires d'une jeune femme · 第 141 / 355 题