En remontant chez moi, quelle fut ma surprise? je trouvai dans mon
cabinet d'études une énorme corbeille de jasmins et d'héliotropes, mes
deux fleurs de prédilection.
Nous étions au mois de février. C'était depuis le matin seulement que
Gontran avait pour ainsi dire le droit de m'offrir des fleurs; je ne pus
concevoir comment en si peu de temps il avait pu réunir cette masse de
fleurs, plus rares encore que précieuses dans cette saison.
Je fus profondément touchée de cette prévenance. Blondeau m'attendait.
Je lui dis tout mon bonheur, toutes mes espérances. Après m'avoir
écoutée attentivement, cette excellente femme me répondit:
--Sans doute, mademoiselle, je crois que M. le vicomte de Lancry est
bien aussi charmant que vous le dites; un jour il sera duc et pair...
c'est possible; mais permettez-moi de vous faire observer qu'avant de se
marier, il est toujours prudent de prendre des informations.
--Comment! des informations? tu es folle! Est-ce que M. le duc de
Versac, son oncle, n'en a pas donné à ma tante...
Blondeau secoua la tête.
--Les informations des parents, mademoiselle, sont toujours bonnes; ce
n'est pas à celles-là qu'il faut croire, ni même souvent à celles du
monde.
--Où veux-tu en venir?
--Tenez, mademoiselle, si vous vouliez me le permettre, je trouverais
moyen, en faisant causer les gens de M. le vicomte à l'office, de savoir
bien des choses.
--Ah! c'est indigne!... Et c'est vous qui osez me parler d'un vil
espionnage!... Rappelez-vous bien une chose,--m'écriai-je,--c'est que si
vous faites le moindre cas de mon attachement pour vous, vous me
promettrez à l'instant même de ne pas faire la moindre question aux gens
de M. de Lancry.
--Mais, mademoiselle, c'est votre tante qui, à bien dire, a arrangé ce
mariage! Oubliez-vous donc toutes ses méchancetés? la haine qu'elle
portait à cette pauvre madame la marquise votre mère, qu'elle a fait
mourir de chagrin!... Au moment de vous lier pour jamais, réfléchissez
bien, mademoiselle... Pardonnez-moi si je vous parle ainsi. Je ne suis
qu'une pauvre femme, mais je vous aime comme mon enfant; ce sentiment-là
me donne des idées au-dessus de ma position et le courage de vous les
dire. Pauvre mademoiselle, vous êtes si confiante, si bonne, si
généreuse, que vous ne vous défiez de personne. C'est comme pour
mademoiselle Ursule, je ne la crois pas franche, malgré ses soupirs et
ses airs de victime...
--Écoutez-moi, Blondeau: je comprends qu'une sorte de jalousie
d'affection vous porte à parler injustement de mademoiselle d'Orbeval,
aussi j'excuse ce sentiment; mais je vous prie de ne pas vous permettre
la moindre allusion à une union que je veux contracter, parce qu'elle
est honorable et belle. Je sais ce que je fais; je ne suis plus une
enfant. Ce n'est pas mademoiselle de Maran qui m'a parlé de ce mariage;
c'est moi qui lui en ai parlé... D'ailleurs, je le sens là... ma mère
vivrait encore qu'elle approuverait le choix de mon coeur...
--Mademoiselle, une dernière observation. Si, comme vous n'en doutez
pas, les renseignements qu'on peut avoir sur M. le vicomte sont bons,
qu'est-ce que cela vous fait que?...
--Écoutez,--dis-je à Blondeau d'un ton très-ferme,--je ne puis vous
empêcher d'agir à votre tête; mais quoi qu'il doive m'en coûter, oui,
m'en coûter beaucoup, de me priver de vos services... je vous déclare
que si vous me dites encore un mot à ce sujet, j'assure votre sort et je
vous éloigne pour toujours de moi...
--Ah! mademoiselle, ne me regardez pas ainsi. Mon Dieu! c'est comme
lorsque étant toute petite et égarée par les méchants conseils de votre
tante, vous m'avez dit _que j'aimais mieux l'argent que tout_.
Et la pauvre femme se mit à fondre en larmes.
--Ah!--lui dis-je avec une impatience chagrine et presque
durement,--j'étais si heureuse! faut-il qu'avec vos ridicules visions
vous veniez me distraire de ce bonheur?
Puis, ne voulant laisser à personne le soin de toucher à la précieuse
corbeille de fleurs que Gontran m'avait envoyée, je la pris et je
l'emportai dans ma chambre. De ce jour, je m'habituai à avoir des fleurs
près de moi sans rien en ressentir qu'une sorte de légère torpeur qui
n'est pas sans charme.
Peu à peu l'impatience que m'avait causée Blondeau se dissipa sous le
charme de mes souvenirs de la journée. Mes préoccupations avaient été si
puissantes que je n'avais pas encore ouvert la lettre d'Ursule, qui
m'annonçait son mariage.
J'ai gardé cette lettre ainsi que plusieurs autres... la voici.
On remarquera en la lisant que le style en est un peu prétentieux et
romanesque. Je querellais quelquefois ma cousine sur cette manière
d'écrire sans pouvoir l'en corriger.
En me rappellant maintenant toutes les phases de mon _amitié_ pour
Ursule et les suites de son mariage, je ne puis retenir un sourire
d'amertume en lisant ces lignes éplorées, gémissantes, où elle se pose
si lugubrement en victime.
Mais alors _les temps n'étaient pas changés_, j'avais toutes mes
illusions, et je fus cruellement navrée du malheur d'Ursule.
Pour tout dire, cette lettre, d'une écriture parfaitement correcte et
posée, était cachetée de noir avec une pierre gravée, représentant une
tête de mort; cachet bizarre qu'Ursule affectionnait beaucoup.
«Saint-Norbert, février 1840.
«C'en est fait, Mathilde, ta pauvre Ursule est sacrifiée; elle n'a plus
qu'à vouer sa vie tout entière aux larmes et au deuil. C'est à peine si
au milieu du sombre avenir qui l'attend, elle entrevoit quelques lueurs
de consolation, qu'elle devra, sans doute, à ton amitié chérie... Mais,
mon Dieu! pourquoi m'étonner du nouveau coup qui me frappe? depuis
longtemps ne suis-je pas habituée à souffrir! Victime résignée au
malheur, je ne puis que courber le front et pleurer!...
«Pardon, mon amie, ma soeur, de venir attrister tes joies par ces
plaintes qui s'exhalent de mon âme désolée: car, j'en ai le
pressentiment, tu seras heureuse, tu es heureuse selon ton coeur; tu
épouseras celui que tu aimes... Si belle, si riche, si charmante, pour
plaire tu n'as qu'à paraître!...
«La pauvre Ursule, au contraire, sans charmes, sans attraits, sans
fortune, a été en naissant presque vouée au malheur... Que veux-tu?
c'est sa destinée... Mais, que dis-je?... non, non, je suis injuste; ne
t'ai-je pas rencontrée sur ma route? n'as-tu pas tendu la main à la
petite abandonnée? n'a-t-elle pas dû à ta générosité, à ta touchante
amitié, le plus précieux des biens, une éducation brillante, comme me le
répète toujours avec raison mademoiselle de Maran?
«Ne t'ai-je pas dû... ne te dois-je pas le sentiment le plus doux, le
plus cher à mon coeur? Hélas! sans cela... sans l'espoir involontaire
qu'il me donne... je serais déjà morte de désespoir... tu n'aurais qu'à
pleurer ton amie.
«Écoute, Mathilde; c'est une folie, diras-tu... soit... mais c'est une
douloureuse et triste folie, je t'assure... J'ai de funèbres
pressentiments, je ne sais quel est le sort qui m'attend... en tous
cas... je voudrais te donner mes livres et cette petite parure de corail
que tu sais.
«Hélas! je suis sans fortune, je n'ai rien... Pardonne la pauvreté de ce
présent; mais au moins il te rappellera nos journées de travail et notre
innocente coquetterie de jeunes filles, n'est-ce pas, Mathilde? Tu
pleureras ton amie! n'est-ce pas qu'un vague souvenir d'elle viendra
quelquefois traverser ta pensée au milieu des fêtes brillantes dont tu
seras la reine?...
«Je voudrais avoir ici mon dernier asile. Je suis allée souvent dans le
modeste cimetière du village; il n'a rien de repoussant; c'est une
pelouse verdoyante, entourée d'une haie de sureau et d'aubépine qui au
printemps doivent être couverts de fleurs. On y voit çà et là de simples
croix de bois... Oh! qu'il me serait doux d'être là confondue avec les
humbles créatures qui reposent dans ces tombes ignorées, car j'aurai
passé, comme elles, inaperçue dans ce monde...
«Pardon, Mathilde, de ce triste commencement de lettre; mais j'ai l'âme
si profondément navrée que je me suis laissée aller à l'amertume de mes
impressions.
«Il faut pourtant t'apprendre le sujet de mes larmes...
«Je me marie!
«Quel mariage! mon Dieu!... Adieu mes rêves de jeune fille! adieu mes
vagues espérances! adieu surtout cette vie de dévouement de tous les
instants que je voulais passer près de toi!
«Un moment j'ai pensé à lutter contre l'inébranlable et terrible volonté
de mon père; mais j'ai senti que j'aurais vite usé mes forces dans ce
combat inégal, que je serais brisée, dans la lutte; et puis une bien
plus puissante raison me faisait un devoir de la résignation. J'ai obéi;
tu sauras bientôt pourquoi.
«Il y a huit jours, le jour même où je t'avais écrit, sans savoir ce qui
m'attendait, mon père me fit venir dans son appartement. Tu n'as jamais
vu mon père que dans le monde, ou devant mademoiselle de Maran qui lui
impose beaucoup; il n'a dû te paraître que grave et compassé. Ici il est
habitué à dominer, à parler en maître inflexible; sa figure a une
expression toute différente; elle est dure, presque menaçante.
--«Vous n'avez pas de fortune,»--me dit-il,--«il faut songer à vous
marier. J'ai trouvé pour vous un parti inespéré, un jeune homme qui a
plus de soixante mille livres de rentes, sans les espérances, et ce
qu'il peut gagner encore; car il gère sa fortune à merveille et entend
parfaitement les affaires. Il viendra ici, demain, avec sa mère.
Arrangez-vous pour lui plaire; car, si vous lui plaisez, le mariage est
conclu. Surtout soyez simple et gaie, car M. Sécherin est un garçon de
bonne humeur, tout rond et sans façons. Réfléchissez à cela; je vous
laisse. Il faut que j'aille à ma ferme _des Sanlaies_. En vérité, cette
malheureuse propriété me coûte plus qu'elle ne me rapporte, et vous avez
besoin de faire un bon mariage pour ne pas être, après ma mort, dans une
position pire que médiocre.»
«Sans me donner le temps de lui répondre un mot, mon père me laissa
seule.
«Oh! mon amie, je ne saurais te dire dans quel abîme je crus tomber en
entendant ces fatales paroles, moi qui, tu le sais, avais toujours rêvé
comme toi cette ravissante union des âmes qui tôt ou tard se
rencontrent, parce qu'elles se cherchent involontairement!!
«Je passai la nuit dans les larmes.... Tu me demanderas peut-être, bonne
et tendre soeur, si j'avais oublié la généreuse promesse que tu
m'avais faite de partager ta fortune avec moi pour me faciliter un
mariage selon mon coeur, ou bien de me garder près de toi si je ne
trouvais pas un parti qui me convînt. Non, Mathilde, non, je ne l'avais
pas oubliée, cette promesse! Je savais que ton coeur était assez
grand, assez noble pour la tenir... C'est pour cela que j'ai voulu
rendre impossible le sacrifice que tu voulais faire à notre amitié.
«Dans ton dévouement, aussi admirable qu'irréfléchi, tu n'avais pas
songé à l'avenir; quoique considérables, tes biens ne sont pas assez
grands pour pouvoir ainsi se diviser; avec ta fortune entière, tu es
une très-riche héritière, et tu peux prétendre aux plus brillants
partis. En la partageant, tu diminues tes chances de moitié.
«Sans doute, rester éternellement près de toi a été un de mes plus doux
rêves de jeune fille. Mais qui sait si cet arrangement conviendrait à
celui que tu choisiras pour mari? Grand Dieu! plutôt mourir mille fois
que d'être la cause du plus léger dissentiment entre vous! Je me suis
donc résignée, Mathilde. J'ai trouvé la force de cette résignation dans
mon amitié, dans mon dévouement pour toi. Je bénirai toujours le
sacrifice que je me suis imposé, en songeant qu'il a peut-être pu
contribuer à assurer ton bonheur à venir.
«Hélas! il m'en a bien coûté, j'ai pleuré, amèrement pleuré pendant la
nuit qui précéda ma première entrevue avec M. Sécherin.
«Oserai-je tout te dire, tout t'avouer? Un moment une pensée impie
suspendit mes larmes... La maison de mon père est entourée de fossés
profonds et remplis d'eau... je me levai... j'ouvris ma fenêtre... je
mesurai la hauteur; la lune était voilée, il faisait une triste nuit
d'hiver, le vent gémissait, je m'avançai hors du balcon... je me dis:
Mieux vaut une mort criminelle, sans doute, que la vie qui m'attend. Un
vertige me saisit; j'allais peut-être céder à une funeste inspiration,
lorsqu'en donnant un dernier adieu à tout ce qui m'était cher, c'est à
dire à toi, ton souvenir m'arrêta... Grâce encore te soit rendue,
Mathilde! car ce souvenir m'a retenue au bord du précipice, il m'a
empêchée de commettre un crime, je me suis résignée à vivre...
«Hélas! cette vie que je dispute si faiblement aux chagrins qui
m'accablent, cette vie ne s'usera-t-elle pas bientôt? Oh! si cela
était... si cela était! Je bénirais Dieu de me retirer de cette terre,
j'accepterais la mort comme la douce récompense de tant de sacrifices
que j'ai eu le courage de m'imposer.
«Le jour fatal arriva; le matin mon père me renouvela les plus sévères
recommandations. J'attendis avec autant d'accablement que de morne
indifférence le moment où l'on me présenterait M. Sécherin.
«Malgré les ordres, malgré la colère de mon père, je n'avais mis aucun
soin à ma toilette. Comment en aurais-je eu le courage, mon Dieu!
j'avais une robe noire, véritable emblème des pensées qui navraient mon
coeur. Mes cheveux tombaient en longues boucles autour de mon visage
pâli par la douleur; je me tenais si courbée sous le poids du malheur
qui m'accablait, que mademoiselle de Maran m'aurait bien certainement
cette fois et avec raison reproché d'être contrefaite.
«Mon père eut beau me gronder durement, m'ordonner de me tenir mieux, de
prendre un air souriant, je ne pus vaincre les pénibles émotions qui
m'agitaient; c'est à peine si je tournai la tête lorsqu'on annonça M.
Sécherin et sa mère.
«M. Éloi Sécherin est, m'a dit mon père, intéressé dans de très-grandes
entreprises, et il augmente chaque jour la fortune que lui a laissée son
père. Je ne puis rien te dire de sa figure, de ses manières... car je
vois tout à travers un nuage de larmes.
«Il faut que M. Éloi Sécherin ne soit pas difficile à séduire; car après
son départ, mon père est venu me complimenter en m'assurant que j'avais
été parfaitement bien, simple, sans prétention, et que M. Sécherin et sa
mère étaient partis enchantés de moi.
«Je suis comme une pauvre prisonnière dont les yeux n'ont pas encore pu
percer les ténèbres glacées qui l'environnent. J'ai bien vu vaguement M.
Sécherin et sa mère; mais il ne m'en reste qu'une idée indécise. J'ai
entendu plutôt qu'écouté quelques paroles. J'ai répondu machinalement.
Aujourd'hui même on signe le contact, et mon mariage doit avoir lieu
demain ou après demain, je crois.
«Quand tu me reverras à Paris, dans quelques jours, tu ouvriras tes bras
à la pauvre victime obéissante et résignée....
«Pardon, pardon, Mathilde, d'être venue ainsi attrister ton bonheur; car
un secret pressentiment me dit que tu es heureuse, _qu'il_ t'aime. Tu le
sais depuis le jour de l'ambassade. Je te l'ai dit.--_Tu l'aimeras_,--et
je suis sûre qu'il s'est rendu digne de cet amour en le partageant.
«Heureuse, heureuse Mathilde, il me faut la certitude de ta félicité
pour m'aider à supporter la vie que je vais misérablement traîner,
jusqu'à ce que le fardeau de mes souffrances soit trop lourd; alors je
quitterai cette terre de douleur, en jetant un dernier regard de regret
sur les années passées près de toi...
«Adieu, adieu, bien tristement adieu! Un moment j'avais songé à te
supplier à genoux de venir assister à mon mariage pour me donner du
courage; mais j'ai bientôt réfléchi que ta vue, en me rappelant tout ce
que je perds en me séparant de toi, m'ôterait le peu d'énergie qui me
reste... Adieu encore! Quand tu reverras ta pauvre Ursule, tu auras,
j'en suis sûre, bien de la peine à la reconnaître.
«Adieu... oh! adieu! la force me manque; j'ai tant pleuré! A toi de
coeur, du plus profond de mon coeur.
«URSULE D'ORBEVAL.»
Après la lecture de cette lettre, je fus atterrée.
La pensée qui domina toutes les autres fut qu'Ursule, ainsi qu'elle me
le disait, s'était littéralement sacrifiée pour moi, dans la crainte de
nuire à mon mariage avec M. de Lancry.
Je fis ensuite presque un reproche à ma cousine d'avoir si peu compté
sur mon affection et sur celle de Gontran. Il régnait dans sa lettre une
tristesse si profonde, un abattement si désespéré, que je fus
sérieusement inquiète, redoutant pour elle une maladie de langueur.
Il me restait un espoir. Le mariage d'Ursule pouvait être retardé. Je me
décidai le lendemain à prier Gontran de partir aussitôt pour la
Touraine; il devait supplier ma cousine de rompre cette union, et
l'assurer lui-même que l'exécution de mes promesses ne pouvait apporter
la moindre difficulté à notre mariage.
Je passai une nuit très-agitée. Le lendemain j'attendis avec la plus
grande anxiété l'arrivée de Gontran. Il n'hésita pas un moment à aller
trouver Ursule; il comprit, il partagea mes craintes, mes espérances
avec une adorable bonté. Il ne devait pas parler de ce voyage à
mademoiselle de Maran, et partir à l'instant même. Nous causions de ce
sujet si intéressant pour moi, lorsqu'on m'apporta une lettre de
Tours...
Le mariage d'Ursule était accompli. Sa lettre de la veille avait eu
plusieurs jours de retard.
Cette nouvelle m'accabla. J'étais si heureuse de mon amour pour Gontran
que je comprenais mieux encore combien le sort d'Ursule devait être
cruel.
Ma cousine m'annonçait qu'elle arriverait sous peu de jours avec son
père et son mari, et qu'elle passerait la fin de l'hiver à Paris.
Je remontai chez moi pour écrire à ma cousine, pour me plaindre de son
manque de confiance, pour la consoler, pour l'encourager, pour faire
enfin ressortir à ses yeux les avantages que sa douleur l'empêchait
peut-être d'apercevoir dans cette union qui la désespérait.
Je trouvai Blondeau dans mon cabinet d'étude; elle me dit qu'une femme,
qui venait me solliciter pour une bonne oeuvre, demandait à me parler.
Je lui dis de la faire entrer.
Je vis une femme enveloppée d'un manteau, et dont les traits étaient
absolument cachés par un voile noir très-épais.
Blondeau sortit.
Cette femme laissa tomber son manteau, releva son voile.
C'était madame la duchesse de Richeville.