Le délégué général de la Ligue antisémitique ayant, à la suite d’une
conférence à l’Institut catholique, provoqué M. A. Leroy-Beaulieu à une
réunion contradictoire, M. A. Leroy-Beaulieu a répondu par la lettre
suivante:
A Monsieur Jules Guérin,
délégué général de la Ligue antisémitique.
«Monsieur,
»Vous m’avez invité, dans une lettre publique, à une conférence
contradictoire, sous les auspices de la Ligue antisémitique de France.
Vous voulez bien m’assurer, d’avance, de la courtoisie de vos amis.
Cette courtoisie, je viens, malheureusement, d’en faire l’épreuve, à ma
conférence de l’Institut catholique sur l’antisémitisme.
»S’il était un lieu, à Paris, où vos amis, qui se disent chrétiens et se
donnent volontiers comme les champions de l’Église, dussent se montrer
bien élevés et respectueux de la liberté de la parole, c’était,
assurément, l’amphithéâtre de l’Institut catholique. Ils ne l’ont,
hélas! pas compris. Au scandale de la grande majorité de l’auditoire,
ils n’ont cessé de m’interrompre par d’ineptes quolibets et de
grossières gamineries. Après cela, l’expérience est faite. Bien naïf qui
compterait sur la sincérité ou sur la bonne éducation de vos amis.
»Ma conférence à l’Institut catholique a été sténographiée; elle sera
publiée. Vos journaux l’ont déjà travestie avec leur bonne foi
habituelle. Vous pourrez la prendre, la réfuter, la mettre en pièces, à
votre gré. Ce sera la vraie conférence contradictoire, la seule sérieuse
et la seule utile.
»Au public de juger de quel côté sont la véracité et la bonne éducation,
l’esprit de charité et de justice, le vrai patriotisme et le vrai
courage.
»Veuillez, monsieur, recevoir mes salutations.
»ANATOLE LEROY-BEAULIEU.»
Paris, le 4 mars 1897.