III

Les princes de Monaco ont donné à la France quatre Grands-Amiraux,

nombre de cardinaux à Rome, onze doges à Gênes, un Capitaine-Général à

Florence. Ils ont reçu de Charles-Quint et de ses successeurs

d’importants fiefs en Espagne et dans les Deux-Siciles.

Parmi les célébrités monégasques des temps modernes, il faut citer les

généraux du Premier Empire, De Bréa, Adhémar, Moléon, le romancier

Emmanuel Gonzalès, le sculpteur Bosio.

La Principauté offre l’exemple extraordinaire en Europe d’un

gouvernement aussi absolu que patriarcal. Les _beautés_ et les

_bienfaits_ du parlementarisme y sont inconnus. Nul, d’ailleurs, ne

paraît s’en plaindre. Toute l’autorité est entre les mains du prince,

dont il est de l’intérêt de n’agir que dans celui de la population.

Le Code Français y fut introduit en 1819, par Honoré V, qui institua, en

même temps, un conseil d’État, créa un Tribunal supérieur et des

Justices de paix. Une centaine de gardes, coquettement habillés de bleu,

représentent la force armée; la police est faite par une escouade

d’agents et un peloton de gendarmes.

Ce qui peut paraître extraordinaire, c’est que Monaco soit représenté à

l’étranger. Il y a cinq consuls en Belgique, deux en Autriche, seize en

Italie, six en Espagne, un à New-York, un au Portugal, un en Hollande,

un en Russie, un pour la Suède et la Norvège, sept en Tunisie et onze en

France.

De tous les États d’Europe qui comptent des ports, l’Angleterre et

l’Allemagne, seules, n’ont pas de consuls monégasques.

J’ajouterai à cette petite digression historique quelques curieux

détails sur la généalogie et les titres des princes de Monaco.

Outre celui de prince souverain, ils portent les titres de duc de

Valentinois, auquel était attaché celui de pair de France, duc

d’Estouteville, duc de Mazarin, duc de Mailleraye, duc de Mayenne,

prince de Château-Porcien, marquis des Baux, baron de Buis, comte de

Thorigny, baron de Saint-Lô, marquis de Thilly, comte de Longjumeau. Ils

sont, en outre, grands d’Espagne de première classe.

* * * * *

On a vu que la descendance mâle des Grimaldi s’était éteinte en 1731, en

la personne de Louis Ier, dont la fille aînée épousa le comte de Guyon

Matignon, qui, en vertu d’un testament de Jean Grimaldi, portant la date

de 1454, se trouvait hériter, du chef de sa femme, du droit de

transmettre à sa famille les armes, le nom et la Principauté des

Grimaldi.

Cette substitution, d’armes et de nom, avait été renouvelée et

développée dans les testaments de Catalan en 1457, de Lambert en 1487,

et de Claudine en 1510 et 1514.

C’est en compensation des biens confisqués à Honoré II, dans les pays

soumis à la domination de l’Espagne, lorsque ce prince chassa les

Espagnols de Monaco pour se placer sous le protectorat de la France, que

Louis XIII lui donna le duché-pairie de Valentinois et d’autres comtés

et baronnies.

Autre détail assez curieux:

Sans la loi salique, le seul prince qui pût faire valoir des prétentions

à la Couronne de France ne serait autre qu’Albert Ier, le souverain

actuel de Monaco.

Voyez plutôt cet arbre généalogique:

Son Altesse Sérénissime le Prince Albert Grimaldi descend, par les

femmes légitimes, en ligne directe et au vingt-deuxième degré, du roi

saint Louis de France, ce qui lui donnerait le pas sur les Bourbons.

Nous ne saurions enregistrer, degré par degré, cette longue généalogie.

Disons cependant que de saint Louis elle passa à Philippe III le Hardi,

puis à Charles de France, Philippe VI de Valois, Jean II le Bon, Louis

de France, Louis II d’Anjou, René d’Anjou, Yolande d’Anjou, René II de

Lorraine, Claude de Lorraine, René de Lorraine-Guise, Charles de

Lorraine, Henri de Lorraine, Louis de Lorraine, Marie de

Lorraine-Armagnac, Louis-Hippolyte de Grimaldi, Honoré III (Camille

Léonce de Guyon-Grimaldi), Honoré IV (Anne de Guyon-Grimaldi), Florestan

Ier (Tancrède-Roger-Louis de Guyon-Grimaldi), Charles III (Honoré de

Guyon-Grimaldi) et enfin, de son mariage avec la princesse Antoine

Ghislaine de Mérode, Albert Ier (Honoré-Charles), souverain régnant.

Terminons cette brève esquisse par ces deux strophes d’une ode adressée

à Charles III par Charles Diguet:

Enclavé dans la France, au bord de la mer bleue,

Sirène qui caresse en frappant de sa queue

Son rivage embaumé,

Est un endroit charmant; rocher, ville fantôme,

État, principauté, république, royaume,

Par les siècles formé.

Il date de longtemps, son âge est séculaire,

Né tel, il reste tel--un aigle dans son aire:--

Il n’a jamais grandi.

Il reste ce qu’il fut aux heures de vaillance:

Un nom plane sur lui, grand nom de souvenance,

Celui des Grimaldi!

Au pays de Cocagne · 第 48 / 65 题