Un dessin bien connu à Nice, multiplié par la photographie, les
représente descendant la côte de Monte-Carlo sous l’orage et les coups
de foudre du ciel en courroux. M. Blanc, ou plutôt son squelette, dirige
la marche vers l’enfer ouvert béant pour les engloutir, tandis que Satan
se tient à l’entrée du gouffre. Rien d’amusant comme les faces paisibles
des condamnés à l’éternelle damnation au milieu des horreurs qui les
entourent, des éléments en furie et des suicidés se réveillant de
l’éternel sommeil pour leur montrer le poing. Une demi-douzaine de
distiques accompagnent la planche signée: _Le Vengeur._
C’est là le défilé qu’en pompeux étalage,
Au portique maudit conduit le tripotier.
La bande semble rire, aussi mener tapage,
Bravant dans son courroux l’auguste justicier.
Sous les cieux enflammés, en vain la foudre gronde,
Éclate avec fracas sur l’orgueilleux tripot,
Et fait trembler les monts en leur base profonde:
Rien n’émeut ces gredins, vrais suppôts d’Astaroth!
Ces «gredins» sont généralement de fort braves gens, pris dans toutes
les classes, après enquête sérieuse sur leur honorabilité et leurs
antécédents.
On en compte environ de 150 à 160 à la «roulette» et au «trente et
quarante», sous la surveillance du chef de partie, des inspecteurs des
tables, des inspecteurs généraux, des sous-directeurs et d’un directeur,
sous les ordres d’un administrateur spécial.
Les candidats croupiers suivent un cours où on leur apprend à calculer
mentalement et rapidement les sommes à payer aux gagnants dans les
combinaisons multiples du jeu, à juger d’un coup d’œil l’importance et
la disposition des mises, à jeter adroitement les pièces sur les cases,
à tourner le cylindre et à lancer la bille, exercices préparatoires qui
n’exigent pas moins de six mois de pratique. Leurs appointements varient
de 200 à 700 francs par mois.
Qu’ils acquièrent à la longue une complète indifférence devant le
désespoir des décavés, rien que de fort naturel; les pontes eux-mêmes ne
prêtent nulle attention aux drames qui s’ébattent à leurs côtés; mais
qu’ils aident en quoi que ce soit le hasard, cela leur est
matériellement impossible, et il faut n’avoir jamais vu une roulette
pour affirmer que le coup de pouce du croupier peut diriger à son gré,
sur un cylindre tournant coupé de losanges en relief, les saccades et
l’arrêt d’une bille d’ivoire qui tourne dans le sens opposé.
Les accusations de tricherie tombent d’elles-mêmes devant un examen;
aussi n’émanent-elles que de maîtres chanteurs ou de décavés mécontents.
On a été jusqu’à parler de lignes télégraphiques entre chefs de partie
ou croupiers, de manœuvres du râteau qui, placé de telle ou telle façon,
indique au croupier préposé au cylindre sur quel numéro il doit diriger
sa bille.
Tout cela est enfantin. Comme on l’a dit avec raison, la ferme de
Monte-Carlo n’a nul besoin de tricher. Elle gagne assez sans avoir
recours aux artifices des grecs. Ces derniers le déclarent eux-mêmes,
car ils ont baptisé la roulette de M. Blanc le _Tombeau des grecs_ et le
cercueil des malins.
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Il est intéressant de comparer ce casino, unique au monde, et pour sa
correction, sa splendeur, sa situation, son fonctionnement semblable à
celui d’une grande administration, sa police, ses fonctionnaires, avec
une maison de jeu au siècle dernier.
Un journal anglais, _The Daily_, portant la date de janvier 1731, donne
une liste du personnel ordinaire des tripots de Londres, qui peut faire
juger du reste:
1. Un _commissaire_, qui est toujours un des co-propriétaires de la
banque du jeu, et passe une nuit sur trois.