Le public avait suivi avec une émotion chaque jour croissante les
péripéties de ce drame judiciaire. Le peuple n'était pas moins occupé
que les salons et les cercles politiques des révélations produites
devant la Chambre des pairs, et l'impression qu'il en ressentait
était loin d'être saine et rassurante. Rien n'était mieux fait
pour aider aux passions socialistes que tant de sophistes et de
tribuns travaillaient alors à répandre chez les ouvriers. Au cours
même du procès, un incident de rue permit d'entrevoir à quel point
étaient ainsi excités contre les riches le mépris et la colère des
pauvres. Le 5 juillet, le duc de Montpensier donnait à Vincennes,
pour l'inauguration du polygone d'artillerie, une fête brillante à
laquelle fut convié tout ce qu'il y avait alors à Paris de haute
société mondaine et officielle. Pendant une partie de la soirée,
défilèrent, à travers le quartier et le faubourg Saint-Antoine,
des équipages remplis de femmes en grande toilette et d'hommes en
uniformes brodés. De tels spectacles n'éveillent ordinairement que de
la curiosité dans les foules populaires. Cette fois, les ouvriers,
rangés en haie des deux côtés de la rue, avaient une figure sombre,
menaçante; ils accueillaient chaque voiture par des railleries, des
huées. «À bas les voleurs!» tel était le cri qui dominait. D'autres
ajoutaient: «Le peuple n'a pas de pain, pendant que ces coquins-là
s'amusent!» Plusieurs de ceux qui furent témoins de cette scène
en rapportèrent une impression de surprise inquiète. Peu de jours
après, M. Duvergier de Hauranne, se trouvant avec M. Recurt, ancien
président de la société des Droits de l'homme, et qui connaissait
bien le quartier Saint-Antoine où il exerçait la médecine, lui
demanda si le parti républicain avait été pour quelque chose dans
la manifestation faite contre les invités du duc de Montpensier.
«Pour rien du tout, répondit M. Recurt, et je vous avoue que nous en
avons été aussi effrayés que vous.» Puis, après avoir insisté sur le
caractère socialiste de cet incident: «Il y a là, ajoutait-il, un
travail, un danger auquel on ne songe pas assez. Ce que je puis vous
affirmer, c'est que la manifestation dont vous me parlez est la plus
grave que j'aie vue. Si nous l'avions voulu, il nous était facile de
la tourner en émeute, peut-être en révolution[57].»
[Note 57: _Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne._]
Les condamnations prononcées par la cour des pairs ne mirent pas fin
à l'émotion. Sans doute, à raisonner de sang-froid, le gouvernement,
par sa promptitude à saisir la justice, par la rigueur inflexible
avec laquelle avaient été conduite l'instruction et dirigés les
débats, venait de montrer qu'il n'avait rien de suspect à cacher, et
que personne ne ressentait plus que lui l'horreur de la corruption.
Aucune des investigations poursuivies pendant plusieurs semaines, des
pièces saisies, des dénonciations provoquées, aucun des témoignages
reçus n'avait fait entrevoir, dans l'administration française, en
dehors du ministre accusé, la plus petite trace de prévarication:
tous les fonctionnaires, sauf un, sortaient absolument intacts de
cette redoutable épreuve. Et même, à voir la pauvreté de M. Teste,
qui n'avait pas de quoi payer entièrement son amende, ne devait-on
pas conclure, ou bien qu'il n'avait pas cherché d'autres occasions de
faire argent de ses fonctions, ou que nos moeurs et nos institutions
avaient singulièrement entravé ses desseins malhonnêtes? Un régime
où la concussion n'avait pas pu être plus lucrative n'était certes
pas corrompu. D'ailleurs, l'émotion ressentie, le scandale produit,
ne suffisaient-ils pas à prouver que la prévarication était alors un
fait bien exceptionnel? Il est des temps et des pays où le cas de M.
Teste eût laissé les esprits beaucoup plus calmes. En somme, tout
montrait qu'il n'y avait pas là autre chose qu'un crime individuel,
un accident isolé. Mais l'opposition s'inquiétait peu de raisonner
juste et de juger avec équité. Ayant entrepris d'établir que le
gouvernement était corrompu et corrupteur, elle n'avait pu, jusqu'à
présent, mettre la main sur aucune preuve sérieuse; elle était
bien obligée de s'avouer l'avortement ridicule et misérable des
dénonciations de M. de Girardin; dans de pareilles circonstances, un
ministre solennellement convaincu de prévarication, c'était une bonne
fortune qu'elle saisissait avec une sorte d'empressement et de joie
cyniques. Elle affecta de voir là le symptôme d'un état général et la
justification de toutes les accusations qu'elle n'avait pu prouver.
«La France, disait un de ses journaux, a maintenant des preuves
incontestables de cette dégradation morale si souvent signalée dans
les hautes régions du pouvoir[58].»
[Note 58: _National_ du 18 juillet 1847.]
Ce langage ne trouvait malheureusement que trop d'échos. Divers
sentiments, de valeur différente, y aidaient: indignation sincère des
honnêtes gens, plaisir malsain que les petits ont à mal penser des
grands, facilité des esprits simples à accepter, sans y regarder de
près, certaines généralisations. Dès le lendemain de la condamnation,
un observateur que j'aime à citer à cause de son exactitude, écrivait
dans son journal intime: «Ce procès laisse dans les âmes un profond
sentiment d'angoisse et de tristesse;... on sent que la position du
pouvoir est ébranlée.» Il ajoutait, quelques jours plus tard: «Il
est impossible de le méconnaître: le procès a porté un coup très
grave à la considération du gouvernement. Au lieu d'y voir la preuve
qu'en France il y a une justice même pour les coupables de l'ordre
le plus élevé, et que les délits, punis avec tant de rigueur, ne
sont pas apparemment passés dans nos moeurs d'une manière absolue,
on en conclut que la corruption est universelle dans le monde
officiel, ceux qui viennent d'être condamnés ayant été seulement
plus malheureux ou plus maladroits que les autres. C'est ainsi qu'on
raisonne dans le peuple, toujours disposé à considérer les riches et
les puissants comme autant de pillards et d'oppresseurs; c'est ainsi
qu'en jugent les provinces, dont l'esprit jaloux et crédule accueille
si facilement tout ce qui tend à incriminer Paris et l'administration
centrale[59].»
[Note 59: _Journal inédit du baron de Viel-Castel._]
M. Guizot était habitué à supporter les outrages des partis, à lutter
contre les préventions et les injustices de l'opinion. Mais, cette
fois, l'attaque prenait un tel caractère qu'il en était presque
découragé. Écrivant à M. le duc de Broglie, il ne pouvait retenir
ce gémissement: «J'ai grand besoin de repos, moralement encore plus
que physiquement. Ma lassitude est extrême de cette lutte continue
contre toutes les pauvretés et les bassesses humaines, tantôt pour
les combattre, tantôt pour les ménager[60].» Toutefois, si las et si
dégoûté qu'il fût, il ne voulut pas laisser finir la session sans
s'expliquer sur ce cri de corruption qui retentissait partout. Il
le fit, le 2 août, à la tribune de la Chambre des pairs, pendant la
discussion du budget. Suivant son habitude, ce fut en s'élevant à
d'éloquentes généralités qu'il tenta d'avoir raison des attaques. Il
expliqua tout d'abord que s'il n'en avait pas parlé plus tôt, c'est
qu'il avait «confiance dans l'empire de la vérité», et qu'il était
convaincu que les accusations non fondées finissaient toujours par
«tomber d'elles-mêmes». Puis, après avoir rappelé que Washington,
lui aussi, avait été indignement calomnié, il ajoutait: «Tout homme
qui entre un peu avant dans la vie publique peut s'attendre aux
calomnies, aux outrages; mais aussi il peut s'attendre à l'oubli
des injures et des calomnies, s'il a réellement mérité l'estime de
ses concitoyens. De notre temps, je le répète, les honnêtes gens
peuvent être tranquilles; les malhonnêtes gens ne doivent jamais
l'être. Et s'il y a un lieu dans lequel on puisse prononcer une
telle parole, c'est dans cette enceinte. Comment! on parle de
corruption! On dit,--car c'est là le grief le plus exploité,--qu'il
n'y a de justice que contre les faibles, que contre les pauvres;
que les puissants et les riches échappent à l'action des lois! On
dit cela, et, si ces paroles entraient dans cette enceinte et la
traversaient, elles recevraient, à chaque pas, un démenti de tous
ces bancs!... Messieurs, on se fait, sur le pays aussi bien que
sur le gouvernement, les plus fausses idées. Il n'est pas vrai que
le pays soit corrompu. Le pays a traversé de grands désordres; il
a vu le règne de la force, et souvent de la force anarchique; il
en est résulté un certain affaiblissement, je le reconnais, des
croyances morales et des sentiments moraux; il y a moins de force,
moins de vigueur, et dans la réprobation et dans l'approbation
morales. Mais la pratique dans la vie commune du pays est honnête,
plus honnête qu'elle ne l'a peut-être jamais été. Le désir, le
désir sincère de la moralité dans la vie publique, comme dans la
vie privée, est un sentiment profond dans le pays tout entier. Pour
mon compte, au milieu de ce qui se passe depuis quelque temps, au
milieu--il faut bien appeler les choses par leur nom,--au milieu du
dégoût amer que j'en ai éprouvé, je me suis félicité de voir mon
pays si susceptible, si ombrageux, si méfiant. Ce sentiment rendra
aux croyances, aux principes de moralité, cette fermeté qui leur
manque de nos jours. Voulez-vous me permettre de vous dire comment
nous pouvons y contribuer d'une manière efficace? Nous croyons trop
vite à la corruption et nous l'oublions trop vite... Soyons moins
soupçonneux et plus sévères. Tenez pour certain que la moralité
publique s'en trouvera bien.» Noble et beau langage, mais où il est
facile de discerner un profond accent de tristesse. C'est que M.
Guizot ne se faisait pas grande illusion sur l'efficacité immédiate
de sa parole. «Je parlais, a-t-il dit lui-même plus tard, pour ma
propre satisfaction et mon propre honneur, plutôt que dans l'espoir
de dissiper les mauvaises impressions qui agitaient alors l'esprit
public[61].»
[Note 60: Lettre du 8 juillet 1847. (_Lettres de M. Guizot à sa
famille et à ses amis_, p. 249.) Plus tard, après la révolution de
Février, le 15 avril 1848, M. Guizot, revenant sur son état d'esprit
à la fin de la session de 1847, écrivait à M. de Barante: «J'étais
très fatigué, moralement surtout, fatigué et triste, non que je
prévisse ce qui est arrivé, mais je me sentais engagé dans une lutte
que le succès aggravait au lieu d'y mettre fin, indéfiniment aux
prises avec les erreurs vulgaires et les passions basses. Je me
relève de ce pénible état d'âme.» (_Documents inédits._)]
[Note 61: _Mémoires de M. Guizot_, t. VIII, p. 44.]
X
Voilà donc ce qu'était devenue cette session qui avait semblé d'abord
promettre au ministère une destinée si facile et si brillante. Quel
changement depuis l'éclatant triomphe des élections de 1846 et de la
discussion de l'adresse au commencement de 1847! Jamais on n'avait vu
des vainqueurs perdre aussi rapidement le fruit de leurs victoires.
Une sorte de malchance avait accumulé, en quelques mois, toutes
sortes de maux: ébranlement de la majorité, dislocation du cabinet,
crise économique, perversion de l'esprit public par la littérature
révolutionnaire, enfin et surtout cette série de scandales
perfidement exploités. Tel était le contraste entre les espérances
du début et les tristesses de la fin, que tous en étaient frappés.
Les opposants n'étaient pas naturellement les moins empressés à le
mettre en lumière. Tandis que M. de Montalembert montrait, avec
une gravité douloureuse, la majorité, à l'origine «si triomphante,
tout à coup épuisée, dévorée par je ne sais quel mal intérieur qui
l'a jetée fatiguée, impuissante, au milieu de toutes les misères
de la plus petite politique qu'on ait jamais vue[62]», M. Thiers
s'écriait, avec une malice triomphante: «Si quelque chose pouvait me
réjouir, ce serait l'abaissement croissant de ces ministres de la
contre-révolution; ils sont comme un vaisseau qui a une voie d'eau
et qu'on voit s'enfoncer de minute en minute[63].» Les amis mêmes du
cabinet ne cachaient pas leur désappointement et leur inquiétude. Un
député dévoué à M. Guizot, l'un des «satisfaits», M. d'Haussonville,
publiait un article où, dénonçant le mal de la situation, il s'en
prenait au ministère qui n'avait pas su «gouverner la majorité[64]».
Le chroniqueur politique de la _Revue des Deux Mondes_, alors
conservateur, constatait «qu'une sorte de découragement semblait
s'être emparé des intelligences, qu'une inquiétude sourde agitait
les imaginations»; et il ajoutait: «Si nous avons la satisfaction de
voir que l'ordre matériel n'a pas reçu d'atteintes,... sommes-nous
dans toutes les conditions de cette sécurité morale qui n'est pas
un des moindres besoins de la société[65]?» Il n'était pas jusqu'au
_Journal des Débats_ qui n'en vînt à proclamer que «la session
n'avait pas été bonne». «Encore une semblable, disait-il, et non
seulement le ministère, mais le parti conservateur n'y résisterait
pas.» Puis, après avoir constaté que «le ministère s'était
présenté, devant la Chambre, sans idée arrêtée, sans projets bien
mûris, soucieux seulement de gagner du temps», et que «la majorité
inexpérimentée, n'ayant reçu de direction de personne, s'était livrée
à ses fantaisies», il insistait sur le mal fait par les récents
scandales. «Depuis six semaines, disait-il, le public n'a eu, pour
aliment de sa curiosité, que les débats d'un lamentable procès et ces
questions personnelles que fait toujours naître l'oisiveté politique.
On ne lui a rebattu les oreilles que d'accusations infamantes,
de soupçons odieux; on ne lui a donné que des scènes de police
correctionnelle ou de cour d'assises. L'opposition a profité de ces
tristes circonstances; elle n'a rien négligé pour jeter dans les
âmes la tristesse et le découragement, pour faire croire que notre
gouvernement tout entier n'était que désordre, que laisser-aller,
que corruption; et, jusqu'à un certain point, il faut le reconnaître,
elle a réussi à ébranler l'opinion[66].» Cet aveu, fait par l'organe
du ministère, des fautes passées et du péril présent, eut un grand
retentissement, d'autant que la presse de gauche ne manqua pas d'y
faire écho, en l'interprétant comme un cri de détresse.
[Note 62: Discours du 2 août 1847 à la Chambre des pairs.]
[Note 63: Lettre du 25 juin 1847, adressée à M. Panizzi.]
[Note 64: _De la situation actuelle_, par M. D'HAUSSONVILLE, _Revue
des Deux Mondes_ du 1er juillet 1847.]
[Note 65: Livraison du 1er août 1847.]
[Note 66: Articles du 28 et du 31 juillet 1847.]
Quand les amis du cabinet parlaient ainsi tout haut, devant le grand
public, que ne disaient-ils pas tout bas, dans leurs épanchements
intimes? M. de Viel-Castel écrivait dans ses notes journalières:
«La session qui vient de se terminer est assurément la plus triste
et la plus étrange qu'on ait vue depuis 1830. Sans donner aucune
force à l'opposition, sans surtout la mettre en mesure de s'emparer
de la direction des affaires, elle a constaté, dans la majorité
conservatrice, un état d'impuissance, d'atonie, de découragement,
qui ressemble au marasme, et elle a frappé le cabinet d'une
déconsidération telle que, même en l'absence d'adversaires capables
de le remplacer au pouvoir, on se demande s'il pourra le garder.
C'est un grand problème que de savoir comment il se relèvera de cet
abaissement[67].» M. de Barante, après avoir observé l'état des
esprits dans son département, croyait devoir envoyer à M. Guizot ces
renseignements et ces avertissements: «Je n'ai pas à vous apprendre
que les conservateurs, ceux mêmes qui professent pour vous confiance
et admiration, sont sous une impression de tristesse et d'inquiétude
sans malveillance; les déclamations haineuses des journaux n'ont pas
beaucoup agi sur eux, mais il y a évidemment une réaction contre
ce soin des intérêts privés, ces complaisances et ces ménagements
pour les personnes, ces distributions de faveurs et d'emplois, et
surtout cette faiblesse pour les exigences des députés, qui ont été
plus ou moins nécessaires pour composer une majorité. Je ne prends
pas ces blâmes et ces voeux au pied de la lettre. Si on se jetait
passionnément dans une réforme puritaine, on n'irait pas loin sans
trébucher. Vous avez cependant à prendre un autre aspect, non point
avec jactance, mais tranquillement et de manière que le public
s'en aperçoive... Vous y songerez, malgré tant de grandes affaires
extérieures qui doivent vous occuper. Le moment est critique, il
exige une extrême prudence[68].» Tout en donnant ces utiles conseils
à M. Guizot, M. de Barante n'était pas cependant des esprits un
peu courts qui attribuaient le mal de la situation uniquement à
certaines maladresses ou à quelques petits abus trop facilement
tolérés; il savait bien que ces maladresses et ces abus n'étaient pas
en rapport avec l'effet produit. «Nous pouvons, écrivait-il à un de
ses parents, nous tirer tant bien que mal des embarras et des périls
actuels. On les exagère beaucoup. Il y en a qui sont accidentels et
passagers. Mais ce qui est plus général, plus profond, c'est l'état
moral des sociétés européennes: tant d'amour de la liberté, un tel
fanatisme d'égalité, une si grande ardeur d'intérêt privé, la haine
ou le mépris de l'autorité; et tout cela, sans aucun contrepoids de
convictions religieuses ou d'habitudes morales: voilà le mal que
nous avons vu croître depuis soixante ans. L'expérience des dix-huit
dernières années est même plus remarquable. Nous avons obtenu ce que
nous voulions, ou plutôt ce que nous avions cru vouloir; nous avons
réussi à conserver l'ordre intérieur et la paix; nous avons joui de
la prospérité; et nous sommes en disposition moins sensée, moins
honnête, moins rassurante que le 30 juillet 1830. Ce sont de tristes
réflexions, de funestes conjectures pour l'avenir. Pourtant tout est
calme; chacun souhaite l'ordre et le repos; l'esprit de conservation
a une majorité évidente; mais les calculs de l'intérêt ne sont pas
une base solide; la moindre affection désintéressée serait plus
rassurante[69].» Ces réflexions d'un ami de la monarchie de Juillet
n'étaient malheureusement que trop fondées, et elles méritent de
servir de conclusion à la mélancolique histoire de cette session.
Dans le mal moral qu'il signale, est la seule explication suffisante
de l'étonnant revirement qui s'était produit en si peu de mois. En
effet, quelque dangereux que fussent par eux-mêmes les accidents
qu'une étrange fatalité avait multipliés pendant la première moitié
de 1847, ils n'eussent pas été à ce point malfaisants, s'ils fussent
survenus dans un corps social à peu près sain. La vérité est qu'en
dépit de certaines apparences, ce corps était gravement malade. Ce
n'était pas impunément que, depuis soixante ans, il avait subi la
secousse de tant de révolutions.
[Note 67: _Journal inédit de M. de Viel-Castel_, 11 août 1847.]
[Note 68: Lettre de M. de Barante à M. Guizot, du 8 septembre 1847.
(_Documents inédits._)]
[Note 69: Lettre du même à M. d'Houdetot, en date du 25 septembre
1847. (_Documents inédits._)]