_Air de «Jouzé Bouvar»_
1
Meu j'ami, pich'què faut shètau,
Du mariazhou, vai vou parlau;
De vou racontezhe quemè
Che font le nouche biè chouvè,
A Veria, pi è z'èvezhon
Què che marion reshou brachon.
1
Mes amis, puisqu'il faut chanter,
Du mariage, je vais vous parler;
Je vais vous raconter, comment
Se font les noces bien souvent,
A Viriat, et puis aux environs
Quand se marient riches bressans.
2
Quemè è sè treuve, leu-j-on,
Che mariant sè eu dezhe a nion,
De chela seurta de cayon,
Ne dezhe rè dè ma shéchon.
Pe ne parlau que dé vivè,
N'ébleyè nion è che mariè.
2
Comme il s'en trouve, les uns,
Se mariant sans le dire à personne,
De cette sorte de cochons,
N'en parlons pas dans notre chanson.
Je ne parlerai que des viveurs,
Qui n'oublient personne quand ils se marient.
3
Lou zhou d'acourdaille fixau,
On quemèche pe bien gueutau;
Pi, quemè on ne vedre pau
Che quetau sè tou arrétau,
Eye chouvè tea dè la né,
Què on s'é va, leu j'aqueu fé.
3
Le jour des accordailles fixé,
On commence par bien dîner;
Puis, comme l'on ne voudrait pas
Se quitter sans tout arrêter,
C'est souvent bien tard dans la nuit,
Lorsqu'on s'en va, les accords finis.
4
Dè la majon de la premia
Che pachezha sui lou contra;
A le froumaille assistezhon
Lau ple pré pazhè dè deu lion;
Leu repau touzhou bien servu
Montrezha qu'on a de-z-écu.
4
Dans la maison de la fiancée
Se fera sans doute le contrat;
Aux fiançailles assisteront
Les plus proches parents des deux côtés;
Le repas toujours bien servi
Montrera que l'on a des écus.
5
Pèdè lou tein qui chon fiècha,
Leu premi pachon brava via,
L'ufron de froumaille pretou,
Ne parlon que plazi, d'amou;
On leu regale de matafon
Dè toute le majon qui von.
5
Pendant le temps des fiançailles,
Les promis passent une belle vie,
Ils offrent des dragées partout,
Ne parlent que plaisirs, d'amour;
On les règale avec des matefins
Dans toutes les maisons où ils vont.
6
La dimèshe avè lou gré zhou,
Le pazhète dé j'alètou,
Apeurton de grè panarië
De beurou frais pite de juë;
Le quemèchon cho zhou lou trin,
Pe zh'anonche lou gré festin.
6
Le Dimanche avant le grand jour,
Les parentes des alentours,
Apportent de grands paniers
De beurre frais et puis des œufs;
Elles commencent ce jour le train,
Pour annoncer le grand festin.
7
Lou lèdemon, fau va lou fou
Chon lou fa femau tou lou zhou;
Lou cha venion coulatiounau,
Leu fameu pourtio de choupau
Qu'èdiablon zhia touta la né
Pèdè qu'on garna jo shapé.
7
Le lendemain, il faut voir le four
Si on le fait fumer tout le jour;
Le soir, viennent collationner,
Les fameux porteurs de souper
Qui endiablent toute la nuit
Pendant qu'on garnit leurs chapeaux.
8
Dozha, lou matin, leu gachon
Vè la felië, l'arrevezhon;
Toushezhon du lion du matin
E che dèche fè de teu tein.
L'onœu de baille on premi co
Rejarvau u gachon d'èpo.
8
De bonne heure, le matin, les garçons
Chez la fille, ils arriveront;
Frapperont du côté du matin
Il s'est toujours fait ainsi.
L'honneur de donner le premier coup
Est réservé au garçon d'honneur.
9
Vè la felië è leu j'attèdè,
De la nè, on ne dreme rè
Pe repondre à ces ébaudi;
Qu'on ferouille è vayè veni,
Dè la majon yazha biè sui
Le feurte lingue du pays.
9
Chez la fiancée, en les attendant,
De la nuit, ils ne dorment pas
Pour répondre à ces ébaudis;
On ferme la porte quand on les voit venir,
Dans la maison, il y a sûrement
Les meilleures langues du pays.
10
Què des deu lion ya che qu'é fau,
E fau leu z'ètèdre blagau,
Què bin defeu l'on bon bagou
Chavon trouvau mille détou,
E fau bin pe che fauzhe uvri
Reclamau che qu'on vin quezhi.
10
Quand des deux côtés, il y a ceux qu'il faut,
Il faut les entendre blaguer,
Quand bien dehors, ils ont bonne langue
Savent trouver mille détours,
Il faut bien pour se faire ouvrir
Réclamer ce qu'ils viennent chercher.
11
Leu vetia don dè la majon,
Mè on di: Meu peuvrou gachon,
Sè neutre felië què vou fau
Sheurshau le, nou n'èpashin pau,
Mè vou n'azha à dézhon-nau
Que què vou le j'azha trouvau.
11
Les voilà dans la maison,
Mais on leur dit: Mes pauvres garçons,
Si ce sont nos filles que vous voulez
Cherchez-les, nous n'empêchons pas,
Mais vous n'aurez à déjeuner
Que lorsque vous les aurez trouvées.
12
Vetia don neutreu bon cadet,
Sheurshè quemin de shin d'arret
Y vont betè lou nau pretou:
Dè leu poulali, dè le chou;
L'onœu de le menau din-nau
T'a cho que pourra le trouvau.
12
Voilà donc nos bons cadets,
Cherchant comme des chiens d'arrêt
Ils vont mettant le nez partout:
Dans les poulaillers, dans les tects à porcs;
L'honneur de les mener déjeuner
Est à celui qui pourra les trouver.
13
A din-nau, pourtio de choupau,
Avaion ch'que l'on appourtau.
Eya dè chela prouvision,
De vin, de tautra, de pounion
Pe zh'attrapau leu ple préchau,
Ya de seuje qu'on ne dit pau.
13
Au déjeuner, les porteurs de souper,
Montrent ce qu'ils ont apporté.
Il y a dans ces provisions,
Du vin, de la tarte, du pognon
Pour attraper les plus pressés,
Il y a des choses qu'on ne dit pas.
14
Lou fameu dézhon-non assui,
Vite on fa signe u ménetri
D'allau baille na segneulau
Pe l'atië, que da che mariau;
La sharzhe de betau l'ètrain,
U gachon d'èlion le revin.
14
Le fameux déjeuner fini,
Vite on fait signe au ménétrier
D'aller donner une signolée
Pour celle qui doit se marier;
La charge de mettre l'entrain,
Au garçon d'honneur revient.
15
Pi, què vin l'hozha de moudau,
On va prepazhau leu shevau;
D'autrou co, bra dessus, dechou,
E deu-j-a deu, qu'on va u bou;
Chau qu'afatië va lou premi,
Pi, après lui leu menétri.
15
Puis, quand vient l'heure de partir,
On va préparer les chevaux;
D'autre fois, c'est bras dessus dessous,
Et deux à deux, que l'on va jusqu'au bourg;
Celui qui balaye va le premier,
Puis, vient ensuite les menétriers.
16
A l'èlige on sui leu z'èpo,
A la chacristi quèque co;
Aprés cè, on s'en izha tui
A l'auberge che dévreti,
On fa bodaye lou vin shau
Pède qu'che prepazhe lou gueutau.
16
A l'église, on suit les époux,
A la sacristie, quelque fois;
Après cela, on s'en va tous
A l'auberge se divertir,
On fait fumer le vin chaud
Pendant que se prépare le dîner.
17
On arréte, quosi touzhou,
La noucha que s'è va du bou,
On courdè, barre lou shemin,
Pèdè qu'on leu z'ufre de vin.
Pichequé n'onœu d'ètre arrétau
Fau don chava s'exécutau.
17
On arrête, presque toujours,
La noce qui s'en va du bourg,
Un cordeau, barre le chemin,
Pendant qu'on leur offre du vin.
Puisque c'est un honneur d'être arrêté
Il faut savoir s'exécuter.
18
E n'arevè à la majon,
On leu j'acu leu grenaton;
A la mariau, on ufre de vin,
U mariau, d'èdië, à plin tepin;
On prè pe lou panau lou nau
Na panoucha biè maushezhau.
18
En arrivant à la maison,
On leur jette des petites graines;
A la mariée, on offre du vin,
Au marié de l'eau un plein pot;
On prend pour lui essuyer le nez
Un torchon bien machuré.
19
Pi, è n'ètrè dè la majon,
Pe tarra, éyazha on ron,
Che la mariau feule dessus
E mauvais signe à tui leu zu,
Che la choin de lou relevau
On flattezha tui lou mariau.
19
Puis, en entrant dans la maison,
Par terre il y a un balai.
Si la mariée marche dessus
C'est un mauvais signe à tous les yeux,
Si elle a le soin de le relever
On flattera tous le marié.
20
Ne parlin guézhou du gueutau,
On cha qu'èya greu de fricau,
Après leu zheunou dèchezhon,
Leu vios, bezhon u shètezhon,
D'autrou pet'étre courtijezhon,
Shotion peu rizhe à cha fachon.
20
Ne parlons guère du dîner,
On sait qu'il y a beaucoup à manger,
Après les jeunes danseront,
Les vieux, boiront ou chanteront,
D'autres peut-être courtiseront,
Chacun peut rire à sa façon.
21
P'le nouche du deri mariau,
Lou cha, on fazha sè mèquau,
A che n'honœu on foa de joa,
Qu'éye la mariau qu'èprèda,
On va tui latou, sè fa bon,
Dèche, chautau on rigoudon.
21
Pour les noces du dernier marié,
Le soir, on fera sans manquer,
A son honneur un feu de joie,
Ce sera la mariée qui l'allumera,
On va tous autour, s'il fait beau temps,
Danser, chanter un rigodon.
22
Lou cha, che le peu, la mariau,
S'en izha pe che repeujau.
On va, lou lèdemon matin,
La quezhi su on cha de fin,
Bien garni de planshe pretou,
Nion ne peu s'èguin-neo dechou.
22
Le soir, si elle peut, la mariée,
S'en ira pour se reposer.
On va, le lendemain matin,
La chercher sur un char de foin,
Bien garni de planches partout,
Personne ne peut se faufiler dessous.
23
On co que l'époujau dessus,
Qu'y on montau sè qu'on voulu,
Avoua na choa, de bataillon,
S'y appleyon, leu bon luzhon;
Pi ardi, è trava boachon,
On chaute tinqu'è bazhagnon.
23
Une fois que l'épousée est dessus,
Qu'y sont montés ceux qui ont voulu,
Avec une corde, des bataillons,
S'y attèlent les bons lurons;
Puis hardi à travers buissons,
On saute jusqu'aux baragnons.
24
Pi, què la sharau dè la cou,
Vite on n'èprè lou foa dechou,
Cè, pe prèveni l'èpoujau,
Que dè la via, è fau contau
D'ava petétre de z'énui
Lou lèdemon dé grè plézi.
24
Puis, quand le char est dans la cour,
Vite on éclaire le feu dessous,
Ça pour prévenir l'épousée,
Que dans la vie, il faut compter
D'avoir peut-être des ennuis
Le lendemain des grands plaisirs.
25
Cho zhou, leu grè j'amouijemè,
Quemè la vellie n'arréton rè;
Mè lou cha, la zheuna mariau,
Sè retournezha prepazhau
Chon paquet, pe lou sèmedi,
Que chon j'houmou izha quezhi.
25
Ce jour, les grands amusements,
Comme la veille n'arrêtent pas;
Mais le soir, la jeune mariée,
Se rentournera préparer
Son paquet, pour le samedi,
Que son mari ira chercher.
26
L'èpoujau, pe lou premi co,
Cho sèmedi, caushe vè l'èpo;
Lou lèdemon du grè matin,
On leu peurte la choup'è vin
Pe leu z'èpashië, d'vè lou quezhau,
A la mecha de fringalau.
26
La mariée, pour la première fois,
Ce samedi, couche avec son époux;
Le lendemain du grand matin,
On leur porte la soupe en vin
Pour leur empêcher, devant le curé,
A la messe de fringaler.
27
La dimèshe, é lou renouchon,
Qu'on fa pe cé dè z'èvezhon,
Qu'à le nouche étè invitau
N'avon pau tui pu y allau;
Sè s'y treuve quauque vio gachon,
Le sui d'èpourtau lou greton.
27
Le dimanche, du retour de la noce,
Que l'on fait pour ceux des environs,
Qu'aux noces ils étaient invités
Et n'avaient pu tous y aller;
S'il se trouve quelque vieux garçon,
Il est sûr d'emporter le croûton.
28
Vouë zhou apré, è l'arcanau,
Dè la famelië de la mariau,
Cheuco è sezha la vra fin
Dè j'amouijemè, du festin;
On quete leu zheunou mariau,
Leu choatè grè postézhitau.
28
Huit jours après, a lieu l'acarno[8],
Dans la famille de la mariée,
Cette fois, c'est la vraie fin
Des amusements, du festin;
On quitte les jeunes mariés,
Leur souhaitant grande postérité.
29
Ami, què de me marië-zhe,
A me nouche vou z'invitezhe;
Mè d'accourdaille è n'arcanau,
Sè da dezhau sè débredau
Pèdè quosi deu ma èti,
Attedi, mè vé rèflèchi!
29
Amis, quand je me marierai,
A mes noces, je vous inviterai;
Mais des accordailles à l'acarno,
Si ça doit durer sans discontinuer
Pendant presque deux mois entiers,
Attendez, je vais réfléchir!
[8] Dernier jour du festin.