LES FILLES DE BOISSEY ET DE CHEVROUX

1

Ne sai pau vra biè shètau,

Mè vous contezhe na seu-ja,

Que vin l'amè d'arrevau,

Pi que ne pau biè mau dreula,

Vou j'allau va que le fellië,

De Boicha pi de Shievro,

N'èparmon pau jo guenellië,

Pau lamè leu co d'etrellië,

Qué lon bio jo pete co.

1

J'ne sais pas vrai bien chanter,

Mais j'vous conterai une chose,

Qui vient seulement d'arriver,

Puis qui n'est pas bien mal drôle,

Vous allez voir que les filles,

De Boissey et de Chevroux,

N'épargnent pas leur guenille,

Pas seulement les coups d'étrille,

Quand elles ont bu leur petit coup.

2

Què vin lou Vendredi-Chin,

E faudre va che le zête,

Pe zhallau à Donmartin

E viazhou pe toute béte:

Le che pienon, le che frijon,

Le che lavon bien lou nau,

Le che bredon, le che mirion,

Le che nipon, le ch'ajuston,

Le che monton quemé faut.

2

Quand vient le Vendredi Saint,

Il faudrait voir ces Josephtes,

Pour aller à Dommartin

En voyage pour toutes bêtes:

Elles se peignent, elles se frisent,

Elles se lavent bien le nez,

Elles se brident, elles se mirent,

Elles se nippent, elles s'ajustent,

Elles se montent comme il faut.

3

Chete yè su leu Pelo,

Le fameuje Boichatizhe

Prizhon on brondai de bio,

Y pèdizhon de Brouyzhe.

—Biè pêchau, deci Claudine,

E sèblezha on drapeau,

Vedre-te bin Madeline

Me prétau ta capeline

Pe zh'on peu mio lou marquau.

3

Cette année sur le Peloux,

Les fameuses Boissatières

Prirent une branche de bouleau,

Y pendirent des bruyères.

Bien pensé, dit Claudine,

Ça semblera un drapeau,

Voudrais-tu bien Madeline

Me prêter ta capeline

Pour un peu mieux le marquer.

4

Mais é beu de Dommartin,

Arrevizhon le premizhe,

Ushè quemè de lutin,

Le terrible shievroutizhe.

You hi hi, tra la la lire

Vive le fellie de shievro!

Veni don grè Boichatizhe

Qu'on piene veutre brouyzhe,

Qu'on vous trenate on bon co.

4

Mais au bois de Donmartin,

Arrivèrent les premières,

Huchant comme des lutins,

Les terribles Chevroutières.

You hi hi, tra la la lire

Vivent les filles de Chevroux!

Venez donc grandes Boissatières

Qu'on peigne vos bruyères,

Qu'on vous tresse un bon coup.

5

Shievroutizhe, couajau vou,

Repondon le Boichatizhe,

Nou chavin bin que cho zhou

Vou fazhau quauque bétije;

Dè touta neutra paroushe

On ne parle que de vou,

On dit que, greuche guenioushe,

Vous faites chounau le lioushe

Mè que le fene de vè nou.

5

Chevroutières, taisez-vous,

Répondent les Boissatières,

Nous savions bien que ce jour

Vous feriez quelques bêtises;

Dans toute notre paroisse

On ne parle que de vous,

On dit que, grosses godiches,

Vous faites sonner les cloches

Plus que les femmes de chez nous.

6

Que peut-on dezhe de vou?

Reprenion le shievroutizhe

On cha bin qu'aqueuta nou

Vou n'ète que de vashizhes.

Pédè qu'à trava lou mondou

Nou chin renoumau pretou,

E n'a pau lamè velazhou

E defeu de veutron carou

Qu'on ne che mouque de vou.

6

Que peut-on dire de vous?

Reprennent les Chevroutières

On sait bien, qu'à côté de nous

Vous n'êtes que des vachères.

Pendant qu'à travers le monde

Nous sommes renommées partout,

Il n'y a pas seulement un village

En dehors de votre quartier

Où l'on ne se moque de vous.

7

Voua vous été renoumau.

Pi de na dreula manièzhe,

Pichqu'èye pe petioulau

Ple chouvè que veutre mézhe.

Che vou j'avo ompeu d'hontou

N'izhau vou pau vou cashie

Què é che di pe lou mondou

Que dèche de mézhe caïe

Ne chon brauve qu'à la chou.

7

Oui, vous êtes renommées.

Mais d'une drôle manière,

Puisque c'est pour faire des petits

Plus souvent que vos mères.

Si vous aviez un peu de honte

N'iriez-vous pas vous cacher

Quand il se dit par le monde

Qu'ainsi des mères truies

Ne sont belles qu'à la porcherie.

8

S'éya de caïe vé nou,

Ne t'eu pàu què vous y éte,

Què leu magna vont vé vou

On cha bin quemè vous faite:

Que l'achon lou tâ, la raushe

Tui leu j'houmou vou chon bon

Pessè dè privau le j'autre

Vous éte toute pro chaule

Pe n'è pau refujau yon.

8

S'il y a des truies chez nous,

N'est-ce pas quand vous y êtes,

Quand les magnats vont chez vous

On sait bien ce que vous faites:

Qu'ils aient le «tâ»[5] la «ràche»[6]

Tous les hommes vous sont bons

Pensant d'en priver les autres

Vous êtes toutes assez sales

Pour n'en pas refuser un.

9

Aprè s'étre tout creïau,

Le quemèchon la bataille;

Le gauge, leu co de pau

Veulon quemè la mitraille;

Le s'èpenion, che débourlon,

Le ch'attrapon pe lou nau.

Chela bèda de female

Quin-non quemè de cavales

Qu'on vint lamè d'abadau.

9

Après s'être tout crié,

Elles commencent la bataille;

Les gazons, les coups de pieux

Volent comme la mitraille;

Elles s'empoignent, se dépeignent,

Elles s'attrapent par le nez.

Cette bande de femelles

Cuinent comme des juments

Qu'on vient seulement de mettre en liberté.

10

Le fajon bin tè de train,

Que dè tou lou vézenazhou

Tin qu'u bou de Dommartin

On cru qu'é yézhe lou diablou,

Lou maizhe pri che n'écharpa,

Tui leu pompier jo fezi

Et creïè pretou à l'ârma!

Preni garda, è la gara,

Nou z'étèdin l'ennemi.

10

Elles faisaient bien tant de train,

Que dans tout le voisinage

Jusqu'au bourg de Donmartin

On crut que c'était le diable,

Le maire prit son écharpe,

Tous les pompiers leur fusil

En criant partout: Aux armes!

Prenez garde, c'est la guerre,

Nous entendons l'ennemi.

11

Aprè cè, chon ne vu pau

Fauzhe frapau de médaille,

Que l'on pretè mezhetau,

Dè che l'étrèzha bataille,

E faudre à che le fellie

Qu'avon bu on che greu co

Fauzhe èviau quauque boutellié,

De bon vin vio que petellie,

Pe refauzho notrou co.

11

Après cela, si on ne veut pas

Faire frapper de médailles,

Qu'elles ont pourtant méritées,

Dans cette étrange bataille,

Il faudrait à ces filles

Qui avaient bu un si gros coup

Faire envoyer quelques bouteilles,

De bon vin vieux qui pétille,

Pour refaire une autre fois.

[5] Tâ—sang vicié.

[6] Rache—sorte de gale.

Recueil de chansons en patois de la Bresse · 第 57 / 92 题