1
Dè lou tin que d'ezha servaita,
D'ava toute seurte d'amis;
Lou cha venivon à ma peurta,
Leu z'ébaudis, leu menétris.
Mè depi que de si mariau
Pleni me peuvra Liauda,
La nai, lou zhou dai la téta cachau,
Eya don bin shezhia d'ébauda.
1
Dans le temps que j'étais servante,
J'avais toutes sortes d'amis;
Le soir venaient à ma porte,
Les ébaudis, les ménétriers.
Mais depuis que je suis mariée
Plaignez-moi pauvre Claudine,
La nuit, le jour j'ai la tête cassée,
Cela a bien changé d'ébaude.
2
Tui leu matin què de me livou,
Què bin n'ai ré dremi la nai,
E faut que me dépasha vitou
A levau tui meu cachcazhè.
Eya de mardea leu plein lia,
Dè leu crë, su la traubla;
Eya on zhou que d'ava fournaya,
L'on sheyà dè ma pauta.
2
Tous les matins, quand je me lève,
Quand même je n'ai rien dormi de la nuit,
Il faut que je me dépêche vite
A lever tous mes marmots.
Il y a de la m... les pleins lits,
Dans les berceaux, sur la table;
Il y a un jour que je faisais au four,
Ils ont ch... dans ma pâte.
3
Cheteu levau, che la marmaille
Brame la cha, brame la fon;
On che quere va na bataille
A leur va chautau su lou pon,
Leu jon demêdon de paria,
D'autrou vedron de tautra;
L'avalezhon de mardea frecacha
Chon deje qué de dauba.
3
Sitôt levée, cette marmaille
Pleure la faim;
On croirait voir une bataille
En les voyant sauter sur le pain,
Les uns demandent de la confiture,
D'autres voudraient de la tarte;
Ils avaleraient de la ... fricassée
Si on disait que c'est de la daube.
4
Pe comblou de malheu, zh'ai n'houmou
Que ne déjartzhe jamais.
Touta la zhournau, l'a lou coudou
Su le trauble dè cabazhé;
N'ai pau cheteu deu seu gaugna,
Qu'y pachon pe cha gueula.
Hola! grè Dieu, de ma prenni pedia,
De si trou malezheuja.
4
Pour comble de malheur, j'ai un homme
Qui ne désaltère jamais.
Toute la journée, il a le coude
Sur les tables des cabarets;
Je n'ai pas sitôt deux sous gagnés,
Qu'ils passent par sa gueule.
Hélas! grand Dieu de moi prenez pitié,
Je suis trop malheureuse.
5
Equetau bié, zheune female
Che troumètau de vous mariau,
Ne chayau don pau mé che fouale,
Evio cè galons premenau,
Pèdè qu'y vou parlon d'amou,
E n'a rè de ple chazhou;
On co mariau, che fouton bien de vou,
Pi de veutron moin-nazhou.
5
Écoutez bien, jeunes femmes
Si tourmentées de vous marier,
Ne soyez donc pas si folles,
Envoyez ces galants promener,
Pendant qu'ils vous parlent d'amour,
Il n'y a rien de plus sage;
Une fois marié, ils se fichent de vous,
Et puis de votre ménage.