XLIX

Le monde disait donc d’Aloys qu’il était un fat,--un de ces êtres

secs comme la peau dont leurs gants sont faits,--une espèce de Lauzun

qui se serait fait ôter ses bottes par des mains de princesse, s’il

y avait encore de ces mains-là! Seulement, tout fat qu’il fût, le

monde respectait sa fatuité parce qu’elle était accompagnée de la plus

effrayante faculté d’ajuster l’épigramme. En fait de ridicules, Aloys

tirait la bécassine avec des balles de gros calibre. Par conséquent,

_c’étaient_, quand il s’en mêlait, d’épouvantables hachis! «Quelle

amusante peste!» disaient les femmes les plus courageuses, que sa

conversation intéressait tant qu’elles n’en avaient peur que par

réflexion. Est-ce pour cela--ou parce que Rivarol portait un habit

rose--qu’elles l’avaient surnommé Rivarol II?

L

Mais j’ai lu quelque part que Rivarol était beau, et que c’était

la moitié de son prodigieux esprit... pour les femmes. Or, Aloys

n’avait pas été si magnifiquement doué. Il était laid, ou du moins le

croyait-il ainsi. On le lui avait tant répété dans son enfance, alors

que le cœur s’épanouit et que l’on s’aime avec cette énergie et cette

fraîcheur, vitalité profonde, mais rapide, des créatures à leur aurore!

L'Amour impossible; La bague d'Annibal · 第 89 / 193 题