Le monde disait donc d’Aloys qu’il était un fat,--un de ces êtres
secs comme la peau dont leurs gants sont faits,--une espèce de Lauzun
qui se serait fait ôter ses bottes par des mains de princesse, s’il
y avait encore de ces mains-là! Seulement, tout fat qu’il fût, le
monde respectait sa fatuité parce qu’elle était accompagnée de la plus
effrayante faculté d’ajuster l’épigramme. En fait de ridicules, Aloys
tirait la bécassine avec des balles de gros calibre. Par conséquent,
_c’étaient_, quand il s’en mêlait, d’épouvantables hachis! «Quelle
amusante peste!» disaient les femmes les plus courageuses, que sa
conversation intéressait tant qu’elles n’en avaient peur que par
réflexion. Est-ce pour cela--ou parce que Rivarol portait un habit
rose--qu’elles l’avaient surnommé Rivarol II?
L
Mais j’ai lu quelque part que Rivarol était beau, et que c’était
la moitié de son prodigieux esprit... pour les femmes. Or, Aloys
n’avait pas été si magnifiquement doué. Il était laid, ou du moins le
croyait-il ainsi. On le lui avait tant répété dans son enfance, alors
que le cœur s’épanouit et que l’on s’aime avec cette énergie et cette
fraîcheur, vitalité profonde, mais rapide, des créatures à leur aurore!