Mlle George faisait seule exception à ce laisser-aller général. Son
costume, d'une grande magnificence et d'un beau caractère antique,
rehaussait merveilleusement sa prestance royale.
Un diadème sidéral, à pointes aiguës, étincelant de pierreries, d'un
style asiatique et babylonien, tenant le milieu entre l'auréole de la
déesse et la couronne de la reine, pressait sous un cercle d'or ses
cheveux noirs tout étoilés de diamants, comme les cheveux de la Nuit.
Un grand manteau impérial, vert prasin et semé de palmes d'or, tombait
de ses blanches épaules, en plis abondants et riches, sur des tuniques
blanches, brodées et drapées dans le grand goût. Mlle George, ainsi
arrangée, remplissait admirablement l'idée que l'on se fait de
Sémiramis, la reine colossale d'un monde démesuré; Sémiramis, dont la
main puissante soutenait en l'air les jardins suspendus, l'une des
sept merveilles de l'univers antique, et qui, du haut de son trône,
commandait à un cercle de demi-dieux et à des nations de rois.