Mon cher monsieur Théophile,
Comme je ne sais pas précisément l'heure à laquelle je puis vous
rencontrer (et je ne suis pas très matinale), je viens vous demander
de vouloir bien m'indiquer le plus prochainement possible votre jour
et votre heure. C'est un service que j'ai à vous demander, et
comme vous vous êtes toujours empressé de m'être utile et
bienveillant, je compte cette fois encore sur votre intérêt pour me
recevoir ces jours-ci. J'attends, mon cher monsieur Gautier, votre
réponse prompte et bonne comme toujours.
Recevez, mon cher monsieur, avec l'assurance de mes sentiments
distingués, ceux de ma vive reconnaissance.
George W.
Mes compliments empressés à Madame, je vous prie.
(_Collection de M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul._)
_Mademoiselle George, 44, rue Basse du Rempart._
* * * * *
Évreux, lundi 6.
Cher bon chéri, je te donne de mes nouvelles. Je sais que cela te fait
plaisir. Je crois, ami adoré, que nos petites affaires iront bien. Je
joue ce soir _Mérope_, demain _Sémiramis_, et sans doute mercredi à
Louviers, qui n'est qu'à six lieues d'ici; jeudi peut-être ici: cela
dépendra des recettes. On dit que Bernay, Elbeuf sont meilleurs. Nous
suivons bien ton itinéraire. Ton indisposition n'aura pas de suites,
ami. A la maison, tu ne dois pas manquer des soins qui te conviennent.
Un peu de patience et tout ira bien. Je te quitte, mon homme adoré;
on vient répéter _Sémiramis_. Au revoir bientôt, mon chéri que
j'aime de toute la force de mon âme. A toi toujours, à toi pour ma
vie. A demain.
_Signé_: GEORGE.
Embrasse bien ma soeur pour moi.
(_Lettre à Harel._)
* * * * *
_Sur une enveloppe de lettre, on lit ces mots écrits par George_:
_Dernière lettre de mon (mot illisible, peut-être: vieil) aimé._
Un mot, ma chérie: mon coeur bat toujours pour toi.
Nous voilà donc, hélas! séparés pour quelque temps. Ton image sera
toujours devant moi.
Bebelle me prodigue ses soins.
Notre cher Tom est près de toi; il te sert au mieux dans ton
exploitation. Ta soeur me donnera toujours de tes bonnes nouvelles;
toi-même, tu te rappelleras à ma tendresse éternelle: tes lettres me
feront beaucoup de bien.
Embrasse bien mon fils pour moi.
A vous, à vous tous, à jamais.
_Signé_: HAREL.
Paris, 1er juin 1846.
_Madame George, 1re actrice tragique des théâtres de Paris, aux
Andelys._
(_Recommandée._)
La lettre contenait le quatrain suivant:
De mon visage, en ce portrait,
Avec justesse a-t-on saisi l'ensemble?
Moi, je n'en puis juger; mais enfin, s'il te plaît,
Vite, dis-moi qu'il me ressemble.