2 avril 1856.

Mon cher monsieur Théophile,

Comme je ne sais pas précisément l'heure à laquelle je puis vous

rencontrer (et je ne suis pas très matinale), je viens vous demander

de vouloir bien m'indiquer le plus prochainement possible votre jour

et votre heure. C'est un service que j'ai à vous demander, et

comme vous vous êtes toujours empressé de m'être utile et

bienveillant, je compte cette fois encore sur votre intérêt pour me

recevoir ces jours-ci. J'attends, mon cher monsieur Gautier, votre

réponse prompte et bonne comme toujours.

Recevez, mon cher monsieur, avec l'assurance de mes sentiments

distingués, ceux de ma vive reconnaissance.

George W.

Mes compliments empressés à Madame, je vous prie.

(_Collection de M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul._)

_Mademoiselle George, 44, rue Basse du Rempart._

* * * * *

Évreux, lundi 6.

Cher bon chéri, je te donne de mes nouvelles. Je sais que cela te fait

plaisir. Je crois, ami adoré, que nos petites affaires iront bien. Je

joue ce soir _Mérope_, demain _Sémiramis_, et sans doute mercredi à

Louviers, qui n'est qu'à six lieues d'ici; jeudi peut-être ici: cela

dépendra des recettes. On dit que Bernay, Elbeuf sont meilleurs. Nous

suivons bien ton itinéraire. Ton indisposition n'aura pas de suites,

ami. A la maison, tu ne dois pas manquer des soins qui te conviennent.

Un peu de patience et tout ira bien. Je te quitte, mon homme adoré;

on vient répéter _Sémiramis_. Au revoir bientôt, mon chéri que

j'aime de toute la force de mon âme. A toi toujours, à toi pour ma

vie. A demain.

_Signé_: GEORGE.

Embrasse bien ma soeur pour moi.

(_Lettre à Harel._)

* * * * *

_Sur une enveloppe de lettre, on lit ces mots écrits par George_:

_Dernière lettre de mon (mot illisible, peut-être: vieil) aimé._

Un mot, ma chérie: mon coeur bat toujours pour toi.

Nous voilà donc, hélas! séparés pour quelque temps. Ton image sera

toujours devant moi.

Bebelle me prodigue ses soins.

Notre cher Tom est près de toi; il te sert au mieux dans ton

exploitation. Ta soeur me donnera toujours de tes bonnes nouvelles;

toi-même, tu te rappelleras à ma tendresse éternelle: tes lettres me

feront beaucoup de bien.

Embrasse bien mon fils pour moi.

A vous, à vous tous, à jamais.

_Signé_: HAREL.

Paris, 1er juin 1846.

_Madame George, 1re actrice tragique des théâtres de Paris, aux

Andelys._

(_Recommandée._)

La lettre contenait le quatrain suivant:

De mon visage, en ce portrait,

Avec justesse a-t-on saisi l'ensemble?

Moi, je n'en puis juger; mais enfin, s'il te plaît,

Vite, dis-moi qu'il me ressemble.

Mémoires inédits de Mademoiselle George, publiés d'après le manuscrit original · 第 52 / 129 题