GEORGE.

(_Collection de M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul._)

* * * * *

_A Théophile Gautier, rue Navarin, nº 2._

23.

Monsieur,

Je serais bien charmée que vous veuilliez donner quelques heures de

votre temps à la représentation de ce soir.

Permettez-moi de compter sur votre présence, et agréez, je vous prie,

l'assurance de mes sentiments distingués.

George W.

(_Collection de feu le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul._)

* * * * *

_Lettre d'un amateur à Jules Janin sur les représentations de Mlle

George en province._

Monsieur,

Celle qui fut autrefois l'une des gloires de la scène française, la

plus belle et l'une des plus brillantes femmes de ce siècle, Mlle

George enfin, en est venue au point, après une carrière si longue, si

bien remplie, et déjà beaucoup trop prolongée, de traîner sa pénible

existence jusque dans les plus tristes bourgades, et de monter sur des

tréteaux, où les plus obscurs acteurs de Paris rougiraient de

paraître.

Nous étions à Saumur il y a quelque temps. Elle était aussi dans cette

ville en représentations, escortée de pauvres diables qu'elle avait

réunis autour d'elle. On donnait _Mérope_ et l'affiche annonçait que,

_s'il n'y avait pas plus de monde que la dernière fois, on rendrait

l'argent_. Ceci piqua notre curiosité, nous allâmes au théâtre; et

nous comptâmes dans la salle une quarantaine de personnes. On joua.

Mlle George trouvait apparemment la recette suffisante.

Nous fûmes alors témoins du plus lamentable spectacle qui se soit

déroulé devant nous. L'actrice parut, presque _belle_ encore; mais

dans une salle une fois moins grande que celle du Palais-Royal, où

l'illusion est impossible, les rides, les cheveux blancs, la taille

monstrueuse, le râlement, la démarche vacillante, la voix brisée, les

hoquets de la pauvre artiste frappèrent tellement de stupeur les

spectateurs qu'un sentiment unanime de pitié et de dégoût s'empara

d'eux au point de leur faire fuir ce qu'ils avaient sous les yeux et

que la pièce s'acheva dans la solitude.--A chacune des représentations

données en cette ville, la chose se renouvelle à peu près.

De cette ville, l'infortunée comédienne s'en alla à Chinon et à Azay,

villes de quatre mille et deux mille âmes, où elle joua devant des

paysans qui gardaient leur chapeau devant elle!

Nous bornons ici ce tableau.

Ne serait-il pas possible, monsieur, d'arracher de cette position sans

exemple cette nouvelle Hécube de l'art dramatique, qu'une ruine

complète oblige à cette vie errante, soit en obtenant pour elle des

secours de quelque façon que ce puisse être, soit en organisant une

représentation de retraite dans la salle de l'Opéra, et dans laquelle

tous les artistes de Paris les plus célèbres se feraient un

bonheur de paraître et dont le produit servirait à lui assurer une

rente viagère d'au moins 2,000 francs, si la recette était de 20.000

francs, les prix étant doublés?

En soumettant cette proposition à l'un de ses camarades, et il y en a

tant qui sont animés du zèle le plus ardent, de l'âme la plus

charitable, nul doute que l'on ne vînt promptement à bout de cette

combinaison. Mlle George donnerait bien vite son adhésion, et le

scandale auquel nous avons assisté, et qui se prolonge et se

prolongera encore trop longtemps, ne se renouvellerait plus partout où

elle va.

Vous pardonnerez, monsieur, la liberté que nous avons prise en nous

adressant à vous pour cet objet; mais nous avons pensé que vous, qui

êtes à la tête de la littérature dramatique, il vous serait plus

facile qu'à un autre de réaliser ce projet.

Que si Mlle George n'était pas dans la misère et jouait encore la

_tragédie pour son plaisir_, il vous resterait encore une tâche à

remplir, en lui écrivant dans le but de dessiller ses yeux et de lui

faire comprendre qu'elle se fait le plus grand tort, en immolant le

nom qu'elle avait rendu si célèbre.

Mais, hélas! cette supposition n'est pas vraisemblable; et nous

croyons que la nécessité seule oblige une femme plus que sexagénaire à

monter sur les plus vils tréteaux de la France.

Réalisez notre projet, Monsieur, et vous aurez fait une belle

oeuvre.

Agréez l'assurance de la considération la plus distinguée de votre

très humble serviteur.

_Signé:_ A. MOREAU.

Le 20 mai 1847.

L'Association dramatique, M. Henri, de l'Opéra-Comique, ou

toute autre personne qui s'occupe de ces choses pourraient se mettre à

la tête de cette combinaison.

* * * * *

Monsieur,

M. Harel m'a dit tout l'obligeant empressement que vous avez mis à

m'accorder une de vos pièces et plusieurs de vos artistes pour la

représentation que je donnerai samedi à l'Odéon.

Je vous prie de recevoir l'expression de ma vive reconnaissance. C'est

un service réel que vous me rendez, ce qui a d'autant plus de prix à

mes yeux que je n'ai pas d'autre titre que l'amitié, que vous

conservez à M. Harel, qui vous a depuis longtemps voué toute la

sienne.

Agréez, je vous prie, monsieur, tout mon dévouement:

Mémoires inédits de Mademoiselle George, publiés d'après le manuscrit original · 第 48 / 129 题