_Les prétentions de ma Bisaïeule._
Je n'y tiens pas, disoit mon bisaïeul. Vous n'y tenez pas?... non,
madame, et l'on ne s'est, peut-être, jamais avisé d'une prétention aussi
folle, s'écrioit-il, en ouvrant un cahier de papier qu'il jetoit
aussitôt sur la table d'un air furieux. Voyez, voyez-le vous-même.
Madame, ce compte est clair. Il est démontré que tout ce que j'ai eu de
vous ne consiste qu'en deux mille livres sterling. Il n'y a pas un
shelling, pas un ïota de plus. Je défie à l'Arabe qui a inventé les
chiffres, de calculer plus juste; et cependant vous parlez d'avoir par
an un douaire qui surpasse l'intérêt de votre dot?...
J'en parle. Je fais bien plus que d'en parler; j'y insiste.
Et la raison, s'il vous plaît?
La raison?
Oui, la raison.
Vous voulez que je la dise?
Apparemment.
J'aurois voulu vous épargner ce petit chagrin; mais puisque vous m'y
forcez... Enfin, monsieur, disoit ma bisaïeule, puisqu'il faut vous le
dire, je répéte un douaire plus fort, parce que vous n'aviez... mais
vous savez très-bien ce que vous n'aviez pas...
Je n'en sais rien.
C'est-à-dire, qu'il n'y a que moi qui me sois aperçue de ce qui vous
manquoit. Eh bien! monsieur, puisqu'il faut vous parler net, ce douaire
plus fort que je répéte, n'est qu'une indemnité. Une jeune personne qui
se marie par le choix de ses parens, y va de bonne foi. Elle ne
s'imagine pas qu'on la trompe.
Je ne conçois encore rien à tout cela.
Comment, monsieur, répliqua ma bisaïeule, vous ne saviez pas que vous
n'aviez point ou presque point de nez?
Et que n'y regardiez-vous? avois-je un masque qui vous empêchât de me
voir?...
Non: mais je m'entends.