CHAPITRE LIV.

_Les prétentions de ma Bisaïeule._

Je n'y tiens pas, disoit mon bisaïeul. Vous n'y tenez pas?... non,

madame, et l'on ne s'est, peut-être, jamais avisé d'une prétention aussi

folle, s'écrioit-il, en ouvrant un cahier de papier qu'il jetoit

aussitôt sur la table d'un air furieux. Voyez, voyez-le vous-même.

Madame, ce compte est clair. Il est démontré que tout ce que j'ai eu de

vous ne consiste qu'en deux mille livres sterling. Il n'y a pas un

shelling, pas un ïota de plus. Je défie à l'Arabe qui a inventé les

chiffres, de calculer plus juste; et cependant vous parlez d'avoir par

an un douaire qui surpasse l'intérêt de votre dot?...

J'en parle. Je fais bien plus que d'en parler; j'y insiste.

Et la raison, s'il vous plaît?

La raison?

Oui, la raison.

Vous voulez que je la dise?

Apparemment.

J'aurois voulu vous épargner ce petit chagrin; mais puisque vous m'y

forcez... Enfin, monsieur, disoit ma bisaïeule, puisqu'il faut vous le

dire, je répéte un douaire plus fort, parce que vous n'aviez... mais

vous savez très-bien ce que vous n'aviez pas...

Je n'en sais rien.

C'est-à-dire, qu'il n'y a que moi qui me sois aperçue de ce qui vous

manquoit. Eh bien! monsieur, puisqu'il faut vous parler net, ce douaire

plus fort que je répéte, n'est qu'une indemnité. Une jeune personne qui

se marie par le choix de ses parens, y va de bonne foi. Elle ne

s'imagine pas qu'on la trompe.

Je ne conçois encore rien à tout cela.

Comment, monsieur, répliqua ma bisaïeule, vous ne saviez pas que vous

n'aviez point ou presque point de nez?

Et que n'y regardiez-vous? avois-je un masque qui vous empêchât de me

voir?...

Non: mais je m'entends.

Oeuvres complètes, tome 2 · 第 69 / 162 题