PRIÈRE

Mon Dieu...

Hélas! il faut encore me taire, car si je veux parler de Dieu, si j’ai

un tel besoin de le prier, c’est qu’un goût du blasphème déjà me tente

et cherche à me faire supérieur à la notion même que mon effroi,

certains jours de trop grande misère humaine, fut bien contraint d’avoir

de Dieu.

Si mon intelligence grande et claire dispose des tempêtes essentielles,

c’est pour, sortie du péril, se mieux recomposer et jouir de sa

grandeur, de sa clarté.

Si d’autre part je renonce à toute intelligence, c’est que, m’expliquant

par quelque instinct confus ou quelque élan vital, je flatterai mon

corps, mon tempérament, leur prêtant des ressources qu’ils n’ont certes

point.

Alors?

Si je suis victorieux de moi, ou si j’ai durant quelques minutes

l’impression de l’être, ma victoire est une simple victoire à la

Pyrrhus.

La bataille achevée, la comédie finie, je suis seul, les mains vides, le

cœur vide.

Je suis seul.

Mon corps et moi · 第 28 / 31 题