Mon Dieu...
Hélas! il faut encore me taire, car si je veux parler de Dieu, si j’ai
un tel besoin de le prier, c’est qu’un goût du blasphème déjà me tente
et cherche à me faire supérieur à la notion même que mon effroi,
certains jours de trop grande misère humaine, fut bien contraint d’avoir
de Dieu.
Si mon intelligence grande et claire dispose des tempêtes essentielles,
c’est pour, sortie du péril, se mieux recomposer et jouir de sa
grandeur, de sa clarté.
Si d’autre part je renonce à toute intelligence, c’est que, m’expliquant
par quelque instinct confus ou quelque élan vital, je flatterai mon
corps, mon tempérament, leur prêtant des ressources qu’ils n’ont certes
point.
Alors?
Si je suis victorieux de moi, ou si j’ai durant quelques minutes
l’impression de l’être, ma victoire est une simple victoire à la
Pyrrhus.
La bataille achevée, la comédie finie, je suis seul, les mains vides, le
cœur vide.
Je suis seul.