Monnaies de Guerre

La pénurie croissante de billon dans plusieurs des Etats belligérants,

a donné naissance à des monnaies divisionnaires de circonstance. C'est

ainsi, qu'à Lille, on a mis en circulation des Jetons de 5 et 10

centimes, en parchemin d'un seul jet (non décollable). La Belgique a

frappé de son côté des pièces en zinc de 5, 10 et 25 centimes, analogues

à ses pièces de nickel, mais non perforées comme celles-ci. En

Allemagne, on frappe des pièces de 1, 2 et 5 pfennig. Ces pièces sont

en acier. On pourrait se demander pourquoi on a choisi l'acier, qui se

rouille si facilement, au lieu de la fonte, moins sujette à la rouille,

et dont l'emploi eut été plus avantageux. Il y avait à cela, dit la

_Gazette de Voss_, plusieurs raisons, dont la principale est que la

science a mis à notre disposition plusieurs procédés permettant de faire

perdre à l'acier la propriété de se rouiller.

Les deux principaux de ces procédés sont: la _Shérardisation_ et la mise

en état, dit de _passivité_, du métal. Les premières monnaies mises en

cours, ont été shérardisées. Quand on aura pu constater les effets de ce

procédé, on pourra se rendre compte de la mesure dans laquelle on pourra

recourir, plus tard, à la passivité. La shérardisation tire son nom

de son inventeur, l'ingénieur des mines anglais bien connu, Sherard

Cowper-Coles. Elle consiste à recouvrir la surface du métal d'une couche

de zinc, mais en opérant d'une façon particulière. On commence par

décaper soigneusement les objets à traiter, on les entasse ensuite dans

un grand récipient en fer, dans lequel se trouve de la poudre de zinc.

On fait chauffer le tout pendant quelques heures à 250-350°, et on

laisse ensuite refroidir lentement. Après complet refroidissement,

on ouvre le récipient et on en retire le contenu. Les objets, ainsi

traités, sont recouverts d'une couche mince et extrêmement uniforme de

zinc, dont l'épaisseur varie avec la température employée et la durée

du chauffage. On peut obtenir des enrobements en zinc ayant l'épaisseur

d'un souffle, aussi bien que des couches assez épaisses. Ce qu'il y a

de remarquable dans ce procédé, c'est que la température doit rester

au dessous du point de fusion du zinc. Celui-ci ne fond donc pas, mais

adhère à la surface du fer pour des raisons encore incomplètement

connues. Dès que le zinc se combine avec l'oxygène de l'air, de façon à

former de l'oxyde de zinc, la solidité de l'enduit diminue. On empêchera

donc l'accès de l'air, soit en faisant le vide dans le récipient, soit

en ajoutant à la poudre de zinc une faible quantité (environ 5%) de

charbon réduit en poudre fine. Les objets sont alors de couleur un peu

plus foncée.

L'autre procédé pour empêcher l'acier de se rouiller, consiste à le

plonger dans l'acide nitrique, l'acier acquiert ainsi ce que l'on

appelle la _passivité_. Lorsqu'on plonge du fer dans l'acide nitrique

étendu, il s'y dissout. Mais, si l'on emploie de l'acide concentré, de

densité supérieure à 1.35, il n'y a plus dissolution, et le fer, traité

par cet acide concentré, acquiert la propriété de ne plus être attaqué

par l'acide faible, en même temps que celle de ne plus se rouiller.

Cette découverte a une grande importance technique. Elle a permis, par

exemple, de remplacer dans la pile de Bunsen, le platine, inattaquable

par l'acide nitrique, par le fer passif, bien moins coûteux. On croyait

autrefois qu'il se déposait sur le fer une mince couche d'oxyde, qui

protégeait le métal sous-jacent. Une semblable passivité, produite

par une couche protectrice, est ce que l'on appelle la «_passivité

mécanique_». Mais il y a encore, à côté d'elle, une _passivité

chimique_, reposant sur l'incorporation superficielle d'une substance

étrangère, et qui a la propriété d'agir comme catalysateur négatif,

c'est-à-dire, de retarder le processus ou phénomène chimique, ce

retard peut même être assez grand pour équivaloir, pratiquement, à une

annihilation complète. Dans l'état actuel de la science, il n'est pas

possible de dire si la suppression de la tendance à se rouiller, est due

à la passivité mécanique, ou à la passivité chimique, ou, comme on a

quelques raisons de le supposer, à toutes les deux réunies.

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Bulletin de Lille, 1915-12 Publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 84 / 172 题