DANS LA FAMILLE

Que la famille française soit une des plus belles choses que la France

puisse proposer au respect et même à l’admiration de l’étranger et que

l’étranger, spontanément la respecte et l’admire souvent et même toutes

les fois qu’il ne la juge pas sur le témoignage de nos romanciers

surannés, j’en conviens de tout mon cœur et suis très heureux d’en

convenir. Mais ceci est un livre de critique qui marque les points

faibles de notre constitution morale et de notre constitution politique

pour tâcher de suggérer l’idée et le désir de réparations possibles.

Or dans la famille elle-même l’effroi des responsabilités, ou, et aussi,

la manière fausse d’entendre les responsabilités sont des points faibles

qu’il faut signaler et avec toute la précision qu’on y pourra mettre.

Les bourgeois français aiment leurs enfants de tout leur cœur et même

ils les aiment trop si l’on peut trop les aimer; enfin ils les aiment de

tout leur cœur. Ce pays est peut-être le seul--ou il est celui où cela

se passe le plus souvent--où mari et femme qui ne s’aiment point

finissent par s’aimer dans leurs enfants et par amour de leurs enfants,

de telle sorte qu’ils deviennent absolument dévoués l’un à l’autre.

S’ils savaient s’observer (et cela ne doit pas laisser de leur arriver

quelquefois) ils se diraient, jusqu’à leur premier enfant: «Nous ne nous

aimons guère; nous nous sommes mariés par convenance, comme on fait

presque toujours en France, et sans nous connaître, comme on fait

toujours en France; ou nous nous sommes mariés par inclination, comme on

fait quelquefois en France, mais sans nous connaître comme en France on

fait toujours; et voilà que nous ne nous aimons point du tout.»

Et ils se diraient à partir de leur premier enfant: «ce qui sauve tout

c’est l’enfant; elle l’aime infiniment, je l’aime beaucoup; je suis

content d’elle relativement à lui; nous ne nous querellons plus beaucoup

depuis qu’il est là; à elle je pardonne tout à cause de lui.»

Et ils se diraient vingt ans plus tard: «Nous les avons élevés avec un

dévouement absolu, avec des soins infinis et une sollicitude de tous les

instants; c’est la meilleure mère du monde; je le lui dis avec émotion;

elle me dit avec attendrissement que je suis un très bon père; ces

moments sont très doux. Tiens! Mais... nous nous aimons!»

Les époux français s’aiment profondément après qu’est passé l’âge de

l’amour. Cela vient de ce qu’ils s’aiment dans l’amour qu’ils ont pour

leurs enfants. Je crois qu’il y a des pays où c’est l’amour qui fait les

enfants et qu’en France c’est des enfants que naît l’amour. Pourvu qu’il

y soit, c’est l’essentiel.

Les Français aiment donc profondément leurs enfants. Seulement, et par

amour pour leurs enfants ils n’en font pas; et par amour pour leurs

enfants ils ne les élèvent pas.

Par amour pour leurs enfants ils n’en font pas. Comme Ugolin dévorait

ses fils pour leur conserver un père, les Français s’abstiennent d’avoir

des enfants pour leur conserver un père riche ou à l’aise et pour qu’ils

ne soient point dans la misère. La terreur des pères de famille français

c’est d’avoir plus de deux enfants, ou, même, plus d’un. S’ils en ont

plus de deux, ils les aperçoivent, dans l’avenir, moins à l’aise qu’ils

ne sont eux-mêmes et en droit de le leur reprocher et c’est devant cette

responsabilité qu’ils reculent avec effroi. Si même ils n’en ont que

deux ils se disent, avec raison du reste et en bons calculateurs, que

quand leurs enfants se marieront, eux, parents, subsistant encore,

malheureusement, le bien sera divisé en quatre, deux portions pour les

parents, une pour chaque enfant; que, par conséquent chaque enfant n’en

aura qu’un quart jusqu’à la mort de ses parents, portion congrue,

portion bien faible: «Oh! le pauvre petit ménage qu’aura notre fille!

Oh! l’étroite entrée dans la vie qu’aura notre fils, qui, en sa qualité

de fonctionnaire, sera peu payé. Il faudrait n’avoir qu’un enfant.»

Ainsi raisonnent-ils, par crainte de la responsabilité qu’il y a à avoir

plus de deux enfants, plus d’un. Ce qui fait quelquefois qu’ils poussent

jusqu’à deux, c’est, quand ils commencent par une fille, le désir

d’avoir un fils; mais ce désir même ne les pousse pas toujours jusqu’au

courage d’avoir deux enfants. Toujours ils en désirent un, l’amour

paternel étant très vif chez eux; mais plus d’un, très rarement. Ils ont

besoin d’avoir un être sorti d’eux qu’ils aiment, qu’ils chérissent,

qu’ils caressent et qu’ils gâtent délicieusement et de qui ils se

croient aimés; or un seul suffit pour cela et, dès qu’ils l’ont, le

sentiment paternel est éteint par le sentiment paternel lui-même, je

veux dire le désir d’avoir des enfants éteint par la satisfaction d’en

avoir et par l’idée des devoirs immenses qu’ils ont à l’égard de celui

qu’ils ont.

Il y a en France, ne nous y trompons pas et sachons le dire, une

désapprobation des pères de famille, une mésestime, oui, une espèce de

mépris à l’endroit des pères de famille qui ont de nombreux enfants;

ceux-ci sont considérés comme de mauvais pères, puisqu’ils ont frustré

leur premier enfant du bénéfice d’être seul ou leurs deux premiers

enfants du bénéfice de n’être que deux. Ce sont gens qui n’aiment pas

leurs enfants; et leurs enfants aînés eux-mêmes partagent obscurément ce

sentiment-là. Et ce sont gens aussi qui n’ont pas eu la vertu française

par excellence, la vertu sacrée, la seule vertu vraiment estimée,

l’économie; ce sont des prodigues, des dissipateurs, des dilapidateurs.

Au fond, aux yeux de tout bourgeois français le père de famille qui a eu

six enfants est un bohème et l’on devrait lui donner un conseil

judiciaire.

Ce qui s’ensuit de tout cela, c’est d’abord que la famille française est

très unie, très concentrée, très ramassée, très respectable, sympathique

et touchante; mais, à un certain point de vue, n’existe pas. La vraie

famille, c’est la famille nombreuse, à nombreux enfants. Dans cette

famille-ci, il y a, chose étrange au premier abord, mais qui s’explique

quand on y réfléchit, beaucoup plus d’amour des enfants pour le père et

la mère, peut-être un peu de jalousie, je l’ai indiqué, de la part des

aînés, mais de la part des puînés qui sont les plus nombreux et, par

contagion, de la part de tous, beaucoup plus d’amour, de respect, de

culte pour le père et la mère, qui semblent des patriarches, des chefs

de _gens_, des chefs de nation et qui ont comme une espèce de gloire.

Vous n’êtes pas sans avoir connu des familles nombreuses; car il y en a

encore; et vous avez parfaitement démêlé ce sentiment-là.

De plus, dans cette famille à nombreux enfants, des habitudes de tribu

se forment tout naturellement. Il y a dans cette famille des rejetons

sains, d’autres qui le sont moins; ceux-ci sont redressés ou tenus en

respect par les autres; le mauvais sujet a pour correcteurs, non pas

seulement son père et sa mère, mais ses frères honnêtes gens; la famille

est une espèce de tribunal et de jury où les bons l’emportent et

traduisent à leur barre les mauvais; à supposer même que les mauvais

soient en majorité, deux sont intimidés dans le mal par un seul qui est

du côté du père et de la mère et qui est fortifié par eux comme il les

fortifie; en un mot la famille est une société, où les éléments mauvais

sont plus que contrebalancés et sont contenus par les éléments bons;

tandis que, dans une famille à un seul enfant, s’il est bon, rien de

mieux, mais s’il est mauvais, ses parents n’ont pas d’auxiliaire contre

lui. La nombreuse famille a en elle-même une très grande force pour le

bien.

Dans la famille à un enfant unique, il arrive d’abord ceci, souvent, que

l’enfant unique disparaît et que ce grand effort d’amour fut en pure

perte, par lequel la famille s’est bornée à un seul enfant; ensuite, si

l’enfant unique ne disparaît point, il arrive ceci qu’il est élevé avec

une excessive faiblesse, qu’il est gâté, par suite qu’il est égoïste et

qu’il n’aime point ses parents. Il y a des exceptions; elles sont assez

rares.

Que l’enfant unique n’aime point ses parents ou les aime peu, c’est une

chose si naturelle qu’elle n’a guère besoin d’être expliquée: c’est par

la jalousie amoureuse que l’enfant apprend l’amour; jalousie amoureuse

le plus souvent tendre, douce et très aimable; mais enfin c’est

parfaitement par jalousie amoureuse: «Tu aimes mieux ma sœur que moi; tu

ne m’aimes pas tant que mon frère.--Mais si! Je vous aime autant l’un

que l’autre.» Le petit jaloux est à peu près convaincu; en attendant

c’est un mouvement de jalousie qui lui a appris l’amour et l’amour ne

sortira pas de son cœur.

L’enfant unique, uniquement adoré, trouve cela naturel, et se laisse

adorer sans réciprocité et sans rien qui l’excite à la réciprocité, ou

qui, même, lui en donne l’idée. L’enfant unique est analogue au mari

trop aimé de sa femme ou à la femme trop aimée de son mari; il n’aime

point; cela semble trop dû qui n’est pas refusé, qui ne l’est jamais,

même à demi, même un peu, même apparemment; cela semble trop dû qui vous

est prodigué.

Chose très particulière, que je crois avoir observée, ou peut-être je me

trompe; les parents à enfant unique semblent trouver tout naturel de

n’être point aimés du tout; peut-être ne s’en aperçoivent-il pas; je

crois pourtant qu’ils s’en aperçoivent un peu et qu’ils trouvent que

cela va de soi; ils semblent sentir qu’à l’infini doit répondre

rien--«infini, rien», comme dit Pascal à propos de tout autre

chose--qu’à une affection sans bornes, doit répondre, par impuissance de

l’égaler, une affection très languissante, et à une affection d’une

incroyable activité une affection toute passive.

Toujours est-il que l’enfant unique est très passif en affection et que

ses parents n’aperçoivent pas cette passivité ou en prennent leur parti

ou semblent la voir avec une espèce de plaisir. Les situations anormales

dénaturent les sentiments. Vous connaissez tous l’amour éperdu qu’a pour

sa femme l’homme que sa femme n’aime point, ses regrets désespérés quand

il la perd, son mot, bien souvent entendu: «La pauvre femme! Comme elle

ne m’aimait pas! Comme je n’ai pas su m’en faire aimer!» Les parents à

enfant unique ne sont qu’un peu comme cela; mais ils le sont un peu, les

mères surtout: «Il ne m’aime pas! Il m’est si supérieur! Il est

adorable! Comment ne pas aimer cet enfant-là?»

Et en effet la non-affection de celui que vous aimez vous confirmant

dans le sentiment que vous avez de sa perfection incommensurable avec

votre indignité, vous confirme dans l’adoration que vous avez pour lui.

Seulement, c’est imbécile. C’est à cette imbécillité-là que conduit le

soin imprudent de n’avoir qu’un enfant au lieu de dix.

Les conséquences ethniques ne sont pas moins graves ni moins

douloureuses à considérer. Un peuple non géniteur placé à côté de

peuples très prolifiques, ou seulement plus prolifiques que lui, est

doucement envahi par eux d’une façon continue. La France, entre

l’Allemagne et l’Italie, perd pacifiquement une bataille par an du côté

de l’Italie et deux du côté de l’Allemagne. Les enfants qu’elle ne fait

pas sont remplacés par ceux que font l’Allemagne et l’Italie et qu’elles

nous envoient par manque de place chez elles et abandon de places vides

chez nous. Rome est devenue une ville grecque, disait Juvénal; avec

beaucoup moins d’hyperbole que lui, je dirais: la France urbaine est

devenue allemande et italienne. Ajoutez le peuple cosmopolite, le peuple

juif, qui ne se trouvant nulle part mieux qu’en France et étant très

prolifique, peuple notre territoire urbain très largement. A la vérité

et je tiens essentiellement à le dire, le creuset intellectuel français

est si fort, si ardent, si puissant, que de fils d’Allemands, de fils

d’Italiens et de fils de Juifs il fait très vite des Français qui ont

presque tous les caractères des Français de race et qui sont presque

indiscernables des Français de vieille souche. Allemands, Italiens et

surtout Juifs sont très productifs de Français ayant les qualités et les

défauts français. Mais voilà qui n’est consolateur qu’à demi; car si ces

fils de métèques sont des Français très acceptables au point de vue de

l’intelligence et même du cœur, il ne se peut pas qu’ils soient très

français au point de vue du patriotisme. La chose a lieu, me dira-t-on.

Je le sais; mais je sais aussi qu’elle est rare. C’est parmi les fils de

métèques qu’est l’état-major des antipatriotes et c’est surtout parmi

les métèques qu’on trouve le plus d’_indifférents_ à l’idée de Patrie.

De sorte que c’est la _paucinatalité_, comme dit M. Édouard Petit dans

la langue qui lui est particulière, qui contribue le plus à

l’affaiblissement du patriotisme.

Il est remarquable, en tous cas, que le fléchissement du patriotisme

chez nous a très précisément coïncidé avec la diminution de la natalité

proprement française. Un moyen de battre en ruine le patriotisme, si

odieux à certains, est de ne pas avoir d’enfants. Quand un instituteur

devient père je gage que les autres lui disent: «Vous faites des

enfants; vous n’êtes pas des nôtres.» S’ils ne le lui disent pas, c’est

qu’ils n’y entendent rien.

J’ai dit: par terreur des responsabilités, les Français ne font pas

d’enfants; ils élèvent mal ceux qu’ils font; je passe à l’examen de

cette seconde assertion.

Rien n’effraye plus le Français que d’élever son enfant lui-même. Il

gâte ses enfants, il ne les élève pas. D’abord quand il s’agit d’une

fille, le père français ne l’élève jamais; il la laisse élever à sa

mère; c’est toujours une lourde faute. J’ai hâte de dire que le père,

très occupé en dehors par le soin très sacré de gagner la vie de ses

enfants, ne peut pas consacrer beaucoup de temps à l’éducation de ses

filles, ni même de ses fils. Encore est-il qu’il doit donner et avec

beaucoup d’autorité une direction générale. Je dirai presque _surtout_

l’éducation des filles le regarde jusqu’à un certain âge de celles-ci,

jusqu’à leur quatorzième année environ. La mère a une foule de qualités

féminines qu’elle communique insensiblement à sa fille et rien de mieux;

mais elle a aussi une foule de défauts féminins qui doivent être

contrebalancés par l’influence masculine, paternelle. Ces défauts que la

mère ne peut pas combattre chez sa fille, que même elle ne peut pas ne

pas lui donner, il faut que le père les signale à sa fille, toujours,

certes, en disant que sa mère ne les a pas, et en s’appuyant sur cette

affirmation que sa mère ne les a pas pour les mieux combattre; mais

enfin il faut qu’il les signale et qu’il les condamne.

Par parenthèse en les combattant chez sa fille avec affirmation

énergique que la mère ne les a pas, il les guérira, du même coup, un

peu, chez la mère. Le désordre, la nonchalance, la paresse,

l’atermoiement éternel («Nous avons bien le temps») l’inexactitude, le

bavardage, j’en passe, comment veut-on qu’une mère française guérisse sa

fille de toutes ces imperfections-là? Par son exemple? Vous plaisantez.

Par ses paroles? C’est plus possible; mais vous n’ignorez pas que si

l’on se corrige peu de ses défauts c’est qu’on les prend pour des

qualités et que l’on passe sa vie à s’en féliciter.

Donc jusqu’à un certain âge, il est très important que le père

intervienne très adroitement, sans doute, et avec la discrétion

nécessaire, mais très diligemment, dans l’éducation de ses filles.

Royer-Collard avait autant d’autorité dans sa maison que dans les

assemblées politiques, ce qui chez un homme d’État est la chose la plus

rare du monde. Il était très impérieux avec Mlles Royer-Collard; il leur

disait entre autres choses: «Vous ne serez pas des demoiselles, je vous

en empêcherai bien.» Je ne sais pas s’il les en a empêchées; mais je

sais qu’il comprenait bien les devoirs du père de famille à l’égard de

ses filles.

La plupart des pères de famille français, à l’égard de leurs filles, se

contentent de les voir croître en gentillesse, en grâces, en agréments

et ne s’occupent pas d’autre chose. La responsabilité d’un travail si

délicat que l’éducation des filles leur paraîtrait lourde. Ils sont des

Chrysale. Avez-vous remarqué que Chrysale n’a pas du tout élevé ses

filles? Elles sont _toutes deux_ façonnées par leur mère. Philaminte a

eu une influence directe sur Armande qui est devenue une pédante. Elle a

eu une influence à contre-effet sur Henriette qui, ayant le tempérament

de son père, a été en réaction contre sa mère, mais en réaction un peu

vive, un peu agressive, poussée trop loin, jusqu’à ceci qu’elle est un

peu plébéienne, un peu soubrette dans ses propos. «Cette jeune fille

manque de duvet», a dit Jules Lemaître. Ou, si vous voulez, Philaminte a

formé Armande et par réaction contre Armande, Henriette a donné, avec

beaucoup d’esprit, dans un peu de trivial. Ce pauvre Chrysale n’a même

pas eu d’influence sur sa sœur. Celle-ci s’est donnée à Philaminte,

comme à une personne très distinguée dont elle était fière et heureuse

d’être devenue la belle-sœur, mais, bourgeoise presque peuple, comme son

frère est bourgeois presque peuple, c’est une Philaminte très commune,

qui ne lit guère que des romans et dont le rôle de femme savante

consiste surtout à se piquer de savoir l’orthographe; femme savante de

petite ville. Tant y a que son frère n’a pas eu d’influence sur elle et

ne peut même pas dire: «Ma pauvre bonne sœur au moins m’était restée.»

Il y a chez nous beaucoup de pères de famille qui lui ressemblent. Bien

des chefs de famille français sont des Chrysale.

Il est un point extrêmement grave dans l’éducation des filles où cette

terreur de la responsabilité est poussée jusqu’au plus grand ridicule et

aussi constitue le plus grand danger du monde. A la vérité ce sont les

mères que ce soin concerne et les pères n’y ont rien à voir. Je parle de

la révélation à faire à la jeune fille des rapports entre homme et

femme. Il est entendu dans la plupart des familles françaises que cette

révélation ne doit jamais avoir lieu, ou doit avoir lieu deux ou trois

heures avant le coucher de la mariée. Il n’y a rien de plus dangereux.

Ou la jeune fille reste ignorante, ce qui arrive beaucoup plus souvent

qu’on ne croit, ou elle apprend les choses par ses jeunes amies. Dans le

premier cas elle est exposée à de graves périls; dans le second elle a

une instruction confuse, trouble et qui la trouble, et indécente. Les

mystères de la vie doivent être enseignés nettement, chastement,

sérieusement, gravement, comme la chose la plus grave en effet, la plus

sérieuse et la plus chaste; mais les mères reculent devant la

responsabilité qu’il leur semble qu’elles encourent en les enseignant.

Dévelouter l’âme de leurs filles leur semble une mauvaise action. Elles

aiment donc mieux que d’autres la fassent? Non pas précisément; mais

elles remettent indéfiniment à la faire jusqu’au moment où vaguement

elles se disent, sans vouloir en être sûres, qu’elle est faite. Il y a

là un manque de courage très caractérisé, qui est en même temps une

forte imprudence. La jeune fille doit être instruite brièvement et

clairement sur les réalités de l’amour dès qu’elle est jeune fille. Le

seul moyen de rendre les dangers évitables est de ne pas les laisser

inconnus et le seul moyen d’empêcher les curiosités d’être malsaines est

de les satisfaire sainement.

* * * * *

On voit quelles nombreuses et diverses _phobies_ à l’égard des

responsabilités existent dans les familles françaises. Chez ce peuple si

courageux, le courage civil manque et aussi le courage familial. Le

courage familial est le premier, comme en date, de tous les courages.

C’est celui sur lequel s’appuient tous les autres ou plutôt il est

l’atmosphère où tous les autres devraient, sinon précisément prendre

naissance, du moins se nourrir, se développer, s’entretenir et se

retremper.

... Et l'horreur des responsabilités (suite au Culte de l'incompétence) · 第 7 / 11 题