C'est en Orient maintenant que viennent me trouver ces petites lettres
d'Yves; elles m'y apportent, dans leur simplicité, les senteurs déjà
lointaines du pays breton.
Ils s'éloignent beaucoup, mes souvenirs de Bretagne. Déjà je les revois
passer comme à travers des voiles de rêve; les écueils connus de là-bas,
les feux de la côte, la pointe du Finistère avec ses grandes roches
sombres; et les approches dangereuses d'Ouessant les soirs d'hiver, et
le vent d'ouest qui courait sous le ciel morne, à la tombée des nuits
de décembre. D'ici, tout cela semble la vision d'un pays noir.
La pauvre petite chaumière de Toulven! Elle était bien humble, bien
perdue au bord du sentier breton. Mais c'était la région des grands bois
de hêtres, des rochers gris, des lichens et des mousses; des vieilles
chapelles de granit et des hauts foins semés de fleurs roses. Ici, du
sable et des minarets blancs sous une voûte très bleue, et puis le
soleil, l'enchanteur éternel.