En mer, le lendemain, 1er avril.--Route sur Saint-Nazaire.--Voilure du
grand largue; forte brise du nord-ouest; mauvais temps; on ne voit plus
les feux.--Entré dans le bassin au petit jour; cassé le bossoir; craqué
le petit mât de hune.
Le 2, c'est jour de paye. Des hommes ivres tombent la nuit dans la cale
et se fendent la tête.
Une petite permission de deux jours, inattendue. En route avec Yves pour
Trémeulé en Toulven. Cette _Sèvre_ est un bon bateau, qui ne nous
éloigne jamais bien longtemps.
À dix heures du soir, au clair de lune, nous venons frapper à la porte
des vieux Keremenen et de Marie, qui ne nous attendent pas.
On lève petit Pierre pour nous faire honneur, et on l'assied sur nos
genoux. Tout surpris dans son premier sommeil, il nous dit bonjour tout
bas, en souriant, et puis il ne fait plus grand cas de notre visite. Ses
yeux se ferment malgré lui et sa petite tête s'en va de tous les côtés.
Et Yves, très inquiet, le voyant baisser la tête et regarder en dessous,
les cheveux dans les yeux:
«Moi, je trouve qu'il a un air... qu'il a un air... sournois!»
Et il me regarde anxieux de savoir ce que j'en pense, concevant déjà une
préoccupation grave pour l'avenir.
Il n'y a au monde que mon cher Yves pour avoir des frayeurs aussi
drôles. Je fais sauter petit Pierre, qui alors se réveille pour tout de
bon et éclate de rire, ses beaux grands yeux bien ouverts entre leurs
longs cils. Yves se rassure et trouve qu'en effet il n'a plus la mine du
tout sournoise.
Quand sa mère le met tout nu, il ressemble aux bébés classiques, aux
statues grecques de l'amour.