Table des matières

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII.

XIII.

XIV.

XV.

XVI.

XVII.

XVIII.

XIX.

XX.

XXI.

XXII.

XXIII.

XXIV.

XXV.

XXVI.

XXVII.

XXVIII.

XXIX.

XXX.

XXXI.

XXXII.

XXXIII.

XXXIV.

XXXV.

XXXVI.

XXXVII.

XXXVIII.

XXXIX.

XL.

XLI.

XLII.

XLIII.

XLIV.

XLV.

XLVI.

XLVII.

XLVIII.

XLIX.

L.

LI.

LII.

LIII.

LIV.

LV.

LVI.

LVII.

LVIII.

LIX.

LX.

LXI.

LXII.

LXIII.

LXIV.

LXV.

LXVI.

LXVII.

LXVIII.

LXIX.

LXX.

LXXI.

LXXII.

LXXIII.

LXXIV LETTRE D'YVES.

LXXV.

LXXVI LETTRE D'YVES.

LXXVII.

LXXVIII.

LXXIX.

LXXX.

LXXXI.

LXXXII.

LXXXIII.

LXXXIV.

LXXXV.

LXXXVI.

LXXXVII.

LXXXVIII.

LXXXIX.

XC.

XCI.

XCII.

XCIII.

XCIV.

XCV.

XCVI LETTRE D'YVES.

XCVII.

XCVIII.

XCIX.

C.

CI.

CII.

Ses oeuvres.

I

Le _livret de marin_ de mon frère Yves ressemble à tous les autres

livrets de tous les autres marins.

Il est recouvert d'un papier parchemin de couleur jaune, et, comme il a

beaucoup voyagé sur la mer, dans différents caissons de navire, il

manque absolument de fraîcheur.

En grosses lettres, il y a sur la couverture:

Kermadec, 2091. P.

Kermadec, c'est son nom de famille; 2091, son numéro dans l'armée de

mer, et P, la lettre initiale de Paimpol son port d'inscription.

En ouvrant, on trouve, à la première page, les indications suivantes:

«Kermadec (Yves-Marie), fils d'Yves-Marie et de Jeanne Danveoch. Né le

28 août 1851, à Saint-Pol-de-Léon (Finistère). Taille, 1 m 80. Cheveux

châtains, sourcils châtains, yeux châtains, nez moyen, menton ordinaire,

front ordinaire, visage ovale.»

«Marques particulières: tatoué au sein gauche d'une ancre et, au poignet

droit, d'un bracelet avec un poisson.»

Ces tatouages étaient encore de mode, il y a une dizaine d'années, pour

les vrais marins. Exécutés à bord de la _Flore_ par la main d'un ami

désoeuvré, ils sont devenus un objet de mortification pour Yves, qui

s'est plus d'une fois martyrisé dans l'espoir de les faire

disparaître.--L'idée qu'il est _marqué_ d'une manière indélébile et

qu'on le reconnaîtra toujours et partout à ces petits dessins bleus lui

est absolument insupportable.

En tournant la page, on trouve une série de feuillets imprimés relatant,

dans un style net et concis, tous les manquements auxquels les matelots

sont sujets, avec, en regard, le tarif des peines encourues,--depuis les

désordres légers qui se payent par quelques nuits à la barre de fer

jusqu'aux grandes rébellions qu'on punit par la mort.

Malheureusement cette lecture quotidienne n'a jamais suffi à inspirer

les terreurs salutaires qu'il faudrait, ni aux marins en général, ni à

mon pauvre Yves en particulier.

Viennent ensuite plusieurs pages manuscrites portant des noms de navire,

avec des cachets bleus, des chiffres et des dates. Les fourriers, gens

de goût, ont orné cette partie d'élégants parafes. C'est là que sont

marquées ses campagnes et détaillés les salaires qu'il a reçus.

Premières années, où il gagnait par mois quinze francs, dont il gardait

dix pour sa mère; années passées la poitrine au vent, à vivre demi-nu en

haut de ces grandes tiges oscillantes qui sont des mâts de navire, à

errer sans souci de rien au monde sur le désert changeant de la mer;

années plus troublées, où l'amour naissait, prenait forme dans l'âme

vierge et inculte,--puis se traduisait en ivresses brutales ou en rêves

naïvement purs au hasard des lieux où le vent le poussait, au hasard des

femmes jetées entre ses bras; éveils terribles du coeur et des sens,

grandes révoltes, et puis retour à la vie ascétique du large, à la

séquestration sur le couvent flottant; il y a tout cela sous-entendu

derrière ces chiffres, ces noms et ces dates qui s'accumulent, année par

année, sur un pauvre livret de marin. Tout un étrange grand poème

d'aventures et de misères tient là entre les feuillets jaunis.

Mon frère Yves · 第 3 / 148 题