Vous avez, dans le _Réveil_, donné une cordiale hospitalité à ces
souvenirs de ma vie d'Afrique, que vos conseils m'ont engagé à
recueillir; le mérite, si mérite il y a, vous en revient à vous, qui
avez aussi porté _volontairement_ le noble harnais de guerre qu'essayent
et ont de tous temps essayé de bafouer les indignes et les couards.
Laissez-moi donc, mon cher ami, y inscrire votre nom et vous répéter
comme à tous, les paroles de Blaise de Montluc: «Or, seigneurs et
capitaines, qui me ferez cest honneur de me lire, n'y apportez nul mal
talent; croyez que j'ay dit le vray, sans dérober l'honneur d'autruy. Et
sçay bien qu'il y en aura qui mettront en dispute mon escrit, pour voir
si j'auray touché quelque mensonge; si les asseuray-je que j'ay laissé
infinies particularités à escrire, car je n'avais jamais rien escrit ny
pensé à faire des livres... Je vous supplie, mes bons seigneurs, si mon
livre tombe entre vos mains, de faire jugement si ce que je dis est vray
ou faux, car vous en avez veu une partie... Plusieurs vivent, qui ont
esté mes compagnons d'armes, et plusieurs aussi qui ont marché sous moy,
tous lesquels peuvent estre fidèles tesmoings de ce que j'ay dit...»