Là, il tira du sac les écrins, les ouvrit, et à la lumière de sa
lampe il admira les colliers, les parures; ce fut un éblouissement.
Jamais la joaillerie n'avait fait plus beau, les brillants sans tache
lançaient leurs flammes vives; en les faisant jouer sous la lumière,
on eût dit qu'on renversait du feu. Séglin, rassuré, heureux,
admirait, ravi, et estimait chaque pièce en disant:
--Sur ce collier et cette rivière, j'aurai plus de cent mille francs;
sur cette parure au moins autant...; sur ces trois écrins le même
chiffre...; tout cela lui reste...
Il enveloppa bien précieusement les écrins, les replaça dans le sac,
puis, prenant sa lampe, il ouvrit la porte de la chambre et se dirigea
vers le lit. Iza dormait souriante; il posa amoureusement, mais
doucement, ses lèvres sur son front et se retira sur la pointe des
pieds. Lorsque la tapisserie fut retombée sur la porte, il descendit
dans son cabinet et serra précieusement dans son coffre-fort le petit
sac de cuir de Russie. Puis, calme, il regagna la chambre.
Il fut étonné de voir la porte ouverte; cependant, il croyait bien
qu'en sortant de la chambre, avant de laisser retomber la tapisserie,
il avait doucement fermé la porte; il avança vers le lit, Iza dormait
profondément. Il n'y pensa plus et il se hâta sans bruit de se
coucher, voulant partir de très bonne heure. En moins d'une minute, il
fut couché. Il lui sembla que sa femme était glacée... il eut peur.
Il plaça la main sur son front; elle s'éveilla à demi et dit:
--Bonsoir! je dors... Et elle se rendormit.
--Pauvre petite! fit-il, elle est gelée; ses pieds sont comme des
morceaux de glace!
Et il tira sur elle le couvre-pied et l'édredon; lui, il brûlait de
fièvre. Il s'endormit presque aussitôt cependant...
Au jour, il était debout, faisant tous ses efforts pour ne point
l'éveiller; il gagna son cabinet de toilette.
Il sortait à peine de la chambre... qu'Iza se levait à son tour et
se hâtait de se vêtir... Elle était chaussée, à moitié habillée;
elle entendit marcher..., elle se hâta vite de se coucher dans le lit
et feignit de dormir.
C'était Fernand; il vint vers elle, la contempla avec amour, en disant:
--Pauvre petite jolie! elle dort... heureuse... Aujourd'hui, ma
belle aimée, c'est mon dernier jour de tourment, et c'est toi qui me
sauves...
Il se penchait pour l'embrasser, mais il se recula aussitôt: il avait
craint de l'éveiller. Il revint dans le boudoir, écrivit sur le dos de
sa carte:
«Ma belle mignonne aimée,
C'est jour d'échéance... Pardonne-moi d'être parti
avant ton bon baiser... Je serai de retour à l'heure du
déjeuner,
Ton mari qui t'adore,