Prise de Séville

L'énergie du gouvernement de M. Salmeron produit les meilleurs fruits,

et déjà l'on peut prévoir la défaite finale, non-seulement des

intransigeants et des cantonistes, mais aussi celle des carlistes et de

don Carlos. Que manquait-il à la République pour avoir raison d'ennemis

qui n'étaient forts que de sa faiblesse et de ses divisions? Une armée

disciplinée. Elle l'a, et vient de le prouver par la prise de Séville,

presque aussitôt suivie de celle de Cadix.

C'est le 28 juillet, à deux heures de l'après-midi, que l'attaque de

Séville a commencé. On sait que sous le ministère Pi y Margall, la

populace avait pu s'emparer impunément de toutes les armes et de tous

les canons renfermés dans l'arsenal. Ces armes devaient prêter dans la

lutte engagée une grande force à la résistance, que dirigeait le général

Pierrad. Les soldats de l'année régulière, conduits par le général

Pavin, ont eu besoin de déployer la plus rare bravoure pour en

triompher. Les insurgés avaient couvert la ville de barricades, et armé

ces barricades de canons. Ils en avaient mis partout. Des pièces du plus

fort calibre entouraient la fabrique de tabac, et, dans cet édifice, on

avait hissé des canons non-seulement sur les balcons, mais encore sur la

terrasse. Deux heures après l'attaque, c'est-à-dire à quatre heures, les

troupes s'étalent déjà emparées de la station du chemin de fer et de

plusieurs autres points stratégiques. A minuit ils étaient maîtres de la

ville, à l'exception du faubourg de Triana, où s'étaient réfugiés les

insurgés, après avoir successivement incendié leurs positions à mesure

qu'ils les abandonnaient. Ce n'est que dans la journée du lendemain que

l'armée a pu les forcer dans leur dernière retraite.

Dans de pareilles conditions, la lutte devait être et a été fort

meurtrière. Si les insurgés résistaient énergiquement, les soldats

avaient un élan admirable. Telle était l'impétuosité de ces derniers,

que le régiment de Zamora pénétra jusqu'au milieu de la ville à travers

une grêle de balles et d'obus, sans se préoccuper de savoir s'il était

ou non suivi par le reste de l'armée.

Le gouvernement insurrectionnel a pu s'enfuir en traversant le

Guadalquivir qui, de la porte de la Barqueta jusqu'à l'édifice de

Saint-Telme, entoure Séville, sur une étendue d'une demi-lieue. Beaucoup

de maisons ont été brûlées, ainsi que quelques monuments. Heureusement

ni la cathédrale, si riche et si belle, ni l'Alcazar, n'ont été

atteints.

La prise de Séville a produit une panique incroyable parmi les insurgés

de cette province et des autres. Le général Pavia, au moment de partir

pour continuer sa campagne, si heureusement inaugurée, a été l'objet de

la plus enthousiaste ovation. Son nouvel objectif était Cadix où, grâce

à la défection des soldats d'artillerie qui se sont réunis aux

volontaires hostiles au comité insurrectionnel, le général a pu entrer

le 4 août sans effusion de sang.

L'Illustration, No. 1590, 16 Août 1873 · 第 11 / 31 题