VIEILLESSE.

Puis je vis Vieillesse en regard

A peu près un pied à l'écart,

Comme ont coutume les vieux d'être.

A peine elle pouvait repaître

Son estomac débilité;

Rien ne restait de sa beauté,

Moult était laide devenue;

Toute sa tête était chenue

Et blanche comme fleur de lis,

Et si ce corps, à mon avis,

Desséché, déjà tout inerte,

Fût mort, mince eût été la perte.

Son front jadis plein et rosé

Tout de rides était creusé.

Ses oreilles étaient moussues

Et tretoutes ses dents perdues,

* * *

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Les oreilles avoit mossues, 365

Et trestotes les dents perdues,

Si qu'ele n'en avoit neis une.

Tant par estoit de grant viellune,

Qu'el n'alast mie la montance

De quatre toises sans potance.

Li tens qui s'en va nuit et jor,

Sans repos prendre et sans sejor,

Et qui de nous se part et emble

Si celéement, qu'il nous semble

Qu'il s'arreste adès en ung point,

Et il ne s'i arreste point,

Ains ne fine de trespasser,

Que nus ne puet néis penser

Quex tens ce est qui est présens;

Sel' demandés as Clers lisans,

Ainçois que l'en l'éust pensé,

Seroit-il jà trois tens passé.

Li tens qui ne puet sejourner,

Ains vait tous jors sans retorner,

Cum l'iaue qui s'avale toute,

N'il n'en retorne arriere goute:

Li tens vers qui noient ne dure,

Ne fer ne chose tant soit dure,

Car il gaste tout et menjue;

Li tens qui tote chose mue,

Qui tout fait croistre et tout norist,

Et qui tout use et tout porrist;

Li tens qui enviellist nos peres,

Et viellist roys et emperieres,

Et qui tous nous enviellira,

Ou mort nous desavancera;

Li tens qui toute a la baillie

Des gens viellir, l'avoit viellie

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Pas une seule ne restait. 369

De si grand'vieillesse elle était

Qu'elle n'eût franchi la distance

De quatre toises sans potence.

Le temps qui s'en va nuit et jour

Sans repos prendre et sans séjour,

Et dont la course est si rapide,

Qu'il semble à notre esprit stupide

Demeurer toujours en un point,

Mais qui ne s'y arrête point,

Et qui si promptement expire

Que nul homme ne saurait dire

Tout au juste le temps présent;

S'il le demande au clerc lisant,

Avant d'avoir dit sa pensée

Grand' part en est déjà passée:

Le temps qui ne peut séjourner,

Mais va toujours sans retourner

Comme l'eau qui s'écoule toute

Sans qu'il en retourne une goutte,

Vers qui rien ne saurait durer,

Si dur fût-il, même le fer,

Qui ronge tout et décompose,

Le temps qui change toute chose,

Qui tout fait croître et tout nourrit

Et qui tout use et tout pourrit,

Le temps qui vieillit notre père,

Les rois et les grands de la terre,

Comme tous il nous vieillira,

Ou la mort nous devancera:

Le temps qui, lui, jamais n'oublie

De tout vieillir, l'avait vieillie

* * *

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Si durement, qu'au mien cuidier 399

El ne se pooit mès aidier,

Ains retornoit jà en enfance,

Car certes el n'avoit poissance,

Ce cuit-je, ne force, ne sens

Ne plus c'un enfès de deus ans.

Neporquant au mien escient

Ele avoit esté sage et gent,

Quant ele iert en son droit aage,

Mais ge cuit qu'el n'iere mès sage,

Ains iert trestote rassotée.

Si ot d'une chape forrée

Moult bien, si cum je me recors,

Abrié et vestu son corps:

Bien fu vestue et chaudement,

Car el éust froit autrement.

Les vielles gens ont tost froidure;

Bien savés que c'est lor nature.

Le roman de la rose - Tome I · 第 80 / 150 题