[Transcriber's note: Mme de Souza (Adélaïde-Marie-Emilie Filleul,
comtesse de Flahaut, puis marquise de Souza-Botelho) (1761-1836),
_Adèle de Sénange_ (1794)]
Mme de Souza est l'auteur des romans _Adèle de Sénanges_ , 1794,
_Emilie et Alphonse ou Le Danger de se livrer à ses premières
impressions_, 1799, _Charles et Marie_, 1802, _Eugène de Rothelin_,
1808, _Eugénie et Mathilde ou Mémoires de la famille du comte de
Revel_, 1811, etc.
"Avec Mme de Souza, comtesse de Flahaut, nous revenons au roman de
salon, blanc, bleu ou rose, comme la ceinture d'une jeune ingénue de
l'Empire. _Adèle de Sénanges_ (1794), _Charles et Marie_ (1801) nous
ramènent aux bergeries de la fin du XVIIIème siècle." (L. Petit de
Julleville, Histoire de la littérature française, Colin, 1899 p. 140)
"... je me suis remis l'autre matinée à relire ... _Adèle de Sénange_
... Une jeune fille qui sort pour la première fois du couvent où elle a
passé toute son enfance, un beau lord élégant et sentimental, comme il
s'en trouvait vers 1780 à Paris, qui la rencontre dans un léger
embarras et lui apparaît d'abord comme un sauveur, un très-vieux mari,
bon, sensible, paternel, jamais ridicule, qui n'épouse la jeune fille
que pour l'affranchir d'une mère égoïste et lui assurer fortune et
avenir: tous les événemens les plus simples de chaque jour entre ces
trois êtres qui, par un concours naturel de circonstances, ne vont plus
se séparer jusqu'à la mort du vieillard; des scènes de parc, de jardin,
des promenades sur l'eau, des causeries autour d'un fauteuil; des
retours au couvent et des visites aux anciennes compagnes; un babil
innocent, varié, railleur ou tendre, traversé d'éclairs passionnés; la
bienfaisance se mêlant, comme pour le bénir, aux progrès de l'amour;
puis, de peur de trop d'uniformes douceurs, le monde au fond, saisi de
profil, les ridicules ou les noirceurs indiqués, plus d'un original ou
d'un sot marqué d'un trait divertissant au passage; la vie réelle en un
mot, embrassée dans un cercle de choix; une passion croissante, qui se
dérobe, comme ces eaux de Neuilly, sous des rideaux de verdure et se
replie en délicieuses lenteurs; des orages passagers, sans ravages,
semblables à des pluies d'avril; la plus difficile des situations
honnêtes menée à fin jusque dans ses moindres alternatives, avec une
aisance qui ne penche jamais vers l'abandon, avec une noblesse de ton
qui ne fore jamais la nature, avec une mesure indulgente pour tout ce
qui n'est pas indélicat; tels sont les mérites principaux d'un livre où
pas un mot ne rompt l'harmonie. Ce qui y circule et l'anime, c'est le
génie d'Adèle, génie aimable, gai, mobile, ailé comme l'oiseau,
capricieux et naturel, timide et sensible, vermeil de pudeur, fidèle,
passant du rire aux larmes, plein de chaleur et d'enfance. On était à
la veille de la révolution, quand ce charmant volume fut composé; en
93, à Londres, au milieu des calamités et des gênes, l'auteur le
publia. Cette Adèle de Sénange parut dans ses habits de fête, comme une
vierge de Verdun échappée au massacre, et ignorant le sort de ses
compagnes. ..." (notice de Sainte-Beuve pour l'édition de 1840 des
Oeuvres de Mme de Souza)