Il manque un volume, entre autres, à la collection, si vaste et jamais
complète des _ana_. J'essaie de combler cette lacune. Non pas que j'aie
la prétention, qui serait ridicule, de réunir ici tout ce qui a été dit
et écrit de mots plaisants ou mélancoliques, indulgents ou sévères,
d'anecdotes, de maximes, d'aphorismes, d'apophtegmes, de sentences, de
jugements à propos du livre. Mais j'aurai du moins formé comme un noyau
autour duquel chacun pourra grouper le résultat de sa propre
expérience,--recherches ou sentiments. C'en est assez pour mon ambition.
Lorsqu'on aime un objet, tout ce qui s'y rapporte, tout ce qu'on en
raconte, en bien ou en mal, touche vivement l'être épris, a un écho
joyeux ou douloureux, sympathique ou indigné, dans son cœur. C'est à
ceux qui, comme moi aiment le livre que ces pages s'adressent. Tous les
amants du livre sont curieux des opinions et des impressions de ceux qui
l'ont aimé avant eux; non pas seulement des éloges et des enthousiasmes,
mais encore et davantage peut-être des reproches et des malédictions des
malavisés qui, lui demandant plus ou autre chose que ce qu'il peut
donner, ont fait, sous le coup de leur déception, profession de le haïr,
sans vouloir convenir que la haine n'est au fond, en ce cas comme en tant
d'autres, que de l'amour blessé.
Quoi qu'il en soit, le livre est, pour tous ceux qui lisent, un
personnage ubiquiste, hermaphrodite, omniscient, toujours jeune et
toujours vieux, dont la fonction est de parler et de faire parler,--voire
penser,--et qui émet et inspire souvent des dits, appuyés ou non de
gestes, mais qui sont bons à recueillir et à répéter. J'en ai glané bon
nombre, au hasard de la rencontre et du caprice, et j'en ai fait une
gerbe que j'offre à mes frères en bibliophilie, n'y ayant fourni qu'un
lien assez lâche pour que chacun d'eux y puisse ajouter sa moisson.