Dans la nuit du 10 au 11 Janvier 1916, à 3 heures 1/2 du matin, une
explosion terrible a fait trembler le sol de la ville de Lille, et même
de la Région. Un dépôt de munitions sautait.
Le violent tremblement de terre qui s'est produit, et l'énorme poussée
d'air, ont occasionné, dans la ville de Lille, et spécialement dans le
secteur du Sud-Ouest de Lille, des dommages considérables, C'est une
véritable dévastation. Des usines ont été jetées bas, des maisons
renversées.
A ces dommages matériels, s'ajoute, malheureusement, la perte de
beaucoup de vies humaines. Les habitants de ce malheureux quartier,
surpris dans leur sommeil, par cette brusque explosion, ont péri, en
grande partie, écrasés sous les matériaux de leurs maisons.
Il a été procédé aux opérations de déblaiement, pour la recherche des
morts et des blessés, par les pompiers de Lille et par les soldats
allemands, que l'Autorité militaire avait envoyés sur les lieux
sinistrés, au nombre de plus de 4000.
Les sauveteurs, qui ont travaillé avec un dévouement admirable,
pourraient raconter les plus navrantes histoires.
Les obsèques des victimes (dont nous publions les noms dans ce numéro),
ont eu lieu Samedi 15 Janvier 1916, à 10 heures 1/2 du matin, aux frais
de la ville.
Sur la place Déliot, en face de l'église Saint-Vincent-de-Paul, dont
la façade était complètement tendue de noir, étaient placées 12
plateformes, sur lesquelles étaient rangés 89 cercueils. Aux angles de
chacune d'elles, se tenait un pompier. Quelques victimes, réclamées par
leurs familles, pour des funérailles individuelles, avaient déjà été
inhumées.
Mgr Charost, évêque de Lille, entouré du chapitre de sa cathédrale, et
du clergé de toutes les paroisses de Lille, a, du haut du perron
de l'église, chanté les prières des morts, auxquelles les choeurs
paroissiaux ont répondu, et a parcouru la place, pour donner l'absoute.
Puis le funèbre cortège s'est mis en marche, et la foule attristée a vu
passer, avec une émotion qui allait jusqu'aux larmes, le lugubre défilé
des chars funèbres, conduisant à leur dernière demeure, ces personnes,
hier pleines de vie, ces voisins qui s'en allaient, côte à côte, ces
familles dont tous les membres avaient disparu ensemble, au cimetière du
Sud, pour y dormir un éternel sommeil.
Ceux qui reviendront, iront chercher au cimetière les tombes des leurs,
pacifiques victimes de la guerre, qu'ils croyaient retrouver, les
attendant au foyer de la famille.
A ces funérailles, s'était fait représenter son Altesse Royale le prince
Rupprecht de Bavière, par un officier d'état major. Y assistaient: M. le
Général von Heinrich, Gouverneur de Lille, M. le Général von Graevenitz,
Commandant de la Ville, accompagnés de leurs officiers d'état major
et d'ordonnance, et entourés de plusieurs officiers supérieurs, qui
s'étaient joints à eux.
M. Ch. Delesalle, Maire, accompagné de M. Anjubault, faisant fonction
de Préfet, conduisait le deuil au nom de la Ville, entouré du Corps
municipal, et suivi de toutes les notabilités de la Ville.
Puis, venaient les parents, les amis des disparus, qu'accompagnaient
bien des habitants du quartier, surpris d'avoir pu échapper au fléau.
Au cimetière, deux longues fosses attendaient les restes de nos
malheureux concitoyens, à qui, plus tard, sera élevé un monument. Mgr
Charost, a béni le champ de repos.
Sur le tertre, ont été déposées les couronnes envoyées par son Altesse
Royale le Prince de Bavière et M. le Gouverneur, par la Ville de Lille,
le Comité Hispano-Américain, par des Villes voisines, et par de nombreux
parents et amis, ainsi que par diverses sociétés et organisations
locales.
Aucun discours n'a été prononcé. Dans les circonstances présentes, ce
silence a été plus éloquent que les paroles.
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