Petite Correspondance

_Trop de bruit_,--_M. C. Latapette, président du Club des Agacés_,--Vous

avez écrit, cher Monsieur, il y a déjà quelque temps, en votre nom et au

nom d'un groupe de Lillois agacés. Les marchands de toutes sortes: de

petit bois cassé, de charbon, de journaux, de fruits, de légumes, de

vieux papiers, etc., poussant, dites-vous, dès le petit jour, des cris

discordants qui vous réveillent, troublent votre repos, vous agacent,

vous et vos amis; et vous me demandez, s'il est permis de gêner ainsi de

_paisibles citadins_. Pauvre homme, que je vous plains! Vous avez clos

bien hermétiquement vos rideaux, pour ne pas être gêné par la lumière,

vos courtines sont bien tirées, pour que le froid ne vous incommode

pas, et voilà que les cris perçants, discordants, de ces croquents de

marchands de toutes sortes, pénètrent jusqu'à vous! Quelqu'un s'est

plaint jadis, et même en vers, des embarras de Paris. On a bien dû

écrire quelque chose sur le bruit des villes. Quelqu'érudit me citera

peut-être une pasquille ou une chanson en patois sur les bruits de

Lille. La chose n'est pas d'hier. Mais qu'y faire? Croyez bien, cher

Monsieur, que le mieux est encore de se résigner. Soyez patient!

Lorsqu'un cri, parvenant jusqu'au fond de votre alcôve, vous aura tiré

du sommeil en vous déchirant le tympan, faites quelques réflexions,

avant de vous indigner. Dites-vous que le marchand, si misérable qu'il

soit, et précisément parce qu'il est misérable, mérite plus votre

commisération que votre colère..... Vous dormez encore, et il est levé

depuis longtemps. Vous vous reposez chaudement, et, dès avant l'aube,

quelque temps qu'il fasse, il a déjà chargé sa charrette, il la pousse,

il la tire, allant à travers la ville pour appeler, pour exciter les

clients. Vous descendrez tout à l'heure de votre chambre, et trouverez

bien chaud le chocolat ou le café au lait qui vous attend; et, lui,

il compte sur le produit de sa vente, sur son travail, pour donner

l'indispensable à sa famille, à lui-même... Dites-vous que chaque cri

qu'il pousse, ce marchand, c'est un cri de famine. Quand vous vous serez

ainsi représenté la vie de ce malheureux marchand, ses efforts, ses

espérances et ses déboires, vous ne serez plus agacé... Et s'il ne vous

vient pas à l'idée, à son cri, de descendre dans la rue, et de l'aider

à sortir d'affaires, en devenant son client (ce serait peut-être vous

demander beaucoup); calmé néanmoins, vous vous retournez sous les

couvertures et, sous la chaleur du lit, vous vous direz: «Ce pauvre

marchand, Dieu veuille que la clientèle soit pour lui abondante, et

qu'il puisse tantôt rapporter aux siens le pain de chaque jour.» Ne

croyez-vous pas qu'il vaut mieux envisager la question de cette façon

plutôt que de consulter le Code? Pour le cas où vous ne seriez pas

convaincu, je vous dirai que les art. 4 et 5 du Code municipal, s'ils

défendent tout bruit et tout cri sur la voie publique, ne fixent cette

interdiction que de 10 h. du soir à 5 h. du matin en été, et à 6 h., en

hiver. Vous voyez que le Code lui-même ne vous est guère favorable.

S'il vous faut encore un autre conseil, le voici: Couchez-vous tôt,

levez-vous de même. Les cris vous seront moins désagréables, et vous

pourrez vous dire que: «Quand on fût toujours vertueux, on aime à voir

lever l'aurore!» Et comme la vertu est toujours récompensée, vous aurez

longue vie... _Coucher à dix, lever à six, font vivre douze fois six._

On peut augmenter le chiffre douze, si l'on veut.

Au revoir, cher Monsieur Mathusalem Latapette, et au plaisir de vous

serrer la main, quand vous aurez quatre-vingt-dix-neuf ans.

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Le Crédit du Nord à Lille, Roubaix; Tourcoing, Halluin, Douai, Denain,

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nominatifs, se renseigner aux guichets.

Le Crédit du Nord paie également les coupons échus des obligations

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y compris ceux des certificats d'obligations nominatives, qui seront

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Bulletin de Lille, 1916-01 Publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 42 / 154 题