LE baron de Raittolbe a repris du service en Afrique.
Il est de toutes les expéditions dangereuses. Ne lui a-t-on pas prédit
qu'il mourrait par le feu?
A l'hôtel de Vénérande, dans le pavillon gauche, dont les volets sont
toujours clos, il y a une chambre murée.
Cette chambre est toute bleue comme un ciel sans nuage. Sur la couche en
forme de conque, gardée par un Eros de marbre, repose un mannequin de
cire revêtu d'un épiderme en caoutchouc transparent. Les cheveux roux,
les cils blonds, le duvet d'or de la poitrine sont naturels; les dents
qui ornent la bouche, les ongles des mains et des pieds ont été arrachés
à un cadavre. Les yeux en émail ont un adorable regard.
La chambre murée possède une porte dissimulée dans la tenture d'un
cabinet de toilette.
La nuit, une femme vêtue de deuil, quelquefois un jeune homme en habit
noir, ouvrent cette porte.
Ils viennent s'agenouiller près du lit, et, lorsqu'ils ont longtemps
contemplé les formes merveilleuses de la statue de cire, ils l'enlacent,
la baisent aux lèvres. Un ressort, disposé à l'intérieur des flancs,
correspond à la bouche et l'anime.
Ce mannequin, chef-d'oeuvre d'anatomie, a été fabriqué par un
Allemand.