CHAPITRE XIII

VERS minuit, les invités aux noces de Jacques Silvert

s'aperçurent d'un fait bien étrange: la jeune mariée était encore parmi

eux, mais le jeune marié avait disparu. Indisposition subite, vexation

d'amoureux, incident grave, toutes les conjectures possibles furent

faites dans le clan des familiers que cette union préoccupait déjà au

dernier point. Le marquis de Sauvarès prétendit que le cartel d'un rival

éconduit avait été trouvé par Jacques, sous sa serviette, au début du

merveilleux repas qui leur avait été servi. René affirmait que tante

Élisabeth devait quitter le monde ce soir même et qu'elle remettait ses

pouvoirs à l'époux. Martin Durand, témoin du marié, bougonnait sans se

cacher, parce que les artistes ont toujours le droit de _faire leur

tête_ quand on a besoin d'eux. Il ne pouvait plus sentir ce Jacques,

maintenant. Au coin de la cheminée monumentale du salon où s'écroulait

en braises rouges le nouveau foyer conjugal, la duchesse d'Armonville,

pensive, son binocle entre ses doigts fins, suivait les mouvements de

Raoule, placée en face d'elle. Raoule déchiquetait machinalement son

bouquet d'oranger. De Raittolbe assurait tout bas à la duchesse que

l'amour est la seule puissance vraiment capable d'aplanir les

difficultés politiques sous le gouvernement du jour.

--Mais enfin, murmurait la duchesse, sans prendre garde aux étourderies

du baron, me direz-vous pourquoi cette chère mariée s'est aujourd'hui

fait coiffer de façon si... originale? Cela me rend perplexe, depuis la

cérémonie religieuse.

--L'hymen est, sans doute, pour Mme Silvert une prise de voile comme

une autre, répondait de Raittolbe, dissimulant un sourire sardonique.

Mme Silvert portait une longue robe de damas blanc argenté et une

sorte de pourpoint de cygne. Son voile avait été enlevé au moment du bal

et l'on voyait la coiffure de fleurs d'oranger naturelles reposer en

diadème sur des boucles pressées comme dans la chevelure d'un garçon; sa

physionomie hardie s'harmonisait admirablement avec ces boucles courtes,

mais ne rappelait en rien la pudique épousée, prête à baisser les yeux

sous ses tresses parfumées qu'allaient bientôt défaire les vives

impatiences de l'époux.

--Je vous assure, réitérait la duchesse, que Raoule a fait couper ses

cheveux.

--Une mode récente que j'adopte définitivement, chère duchesse, répondit

Raoule, qui venait d'entendre et sortait de sa rêverie.

De Raittolbe eut un applaudissement muet. Il frappa la paume de sa main

du bout de ses ongles. Mme d'Armonville se mordit la lèvre pour ne

pas rire. Cette pauvre Raoule, à force de se masculiniser, finirait par

compromettre son mari!

Les demoiselles d'honneur vinrent en tumulte offrir le gâteau, suivant

la nouvelle coutume importée de Russie et qui faisait fureur, cette

année-là, dans la haute société. L'époux ne se montrait toujours pas.

Raoule dut garder sa part entière. Minuit sonna; alors, la jeune femme

traversa le vaste salon de son pas altier; arrivée à l'arc de triomphe

dressé avec toutes les plantes de la serre, elle se retourna et eut pour

l'assemblée un salut de reine qui congédie ses sujets. D'une phrase

gracieuse mais brève, elle remercia ses compagnes, puis elle sortit à

reculons, les saluant encore d'un geste élégant et rapide, comme le

salut de l'épée. Les portes se refermèrent.

A l'aile gauche, tout à l'extrémité de l'hôtel, était la chambre

nuptiale. Le pavillon dans lequel elle se trouvait formait retour sur le

reste du bâtiment. La plus profonde obscurité, le plus discret silence

régnaient dans cette partie de la maison.

Les corridors étaient éclairés de lanternes de bohème bleu dont le gaz

avait été baissé, et dans la bibliothèque attenante à la chambre à

coucher une seule torchère, tenue par un grand esclave en bronze,

servait de fanal. Au moment où Raoule entra dans le cercle de lumière

projeté au centre de la pièce, une femme habillée simplement comme une

domestique se détacha de la tenture sombre.

--Que me voulez-vous? murmura la mariée redressant sa taille souple et

laissant à ses pieds se dérouler l'immense traîne de sa robe d'argent.

--Vous dire adieu, ma nièce, répliqua Mme Élisabeth, dont le visage

pâle, tout à coup éclairé, semblait surgir comme une évocation

spectrale.

--Vous! ma tante, vous partez?

Émue, Raoule lui tendit les bras.

--N'embrasserez-vous pas une dernière fois votre _neveu_? fit-elle d'un

son de voix plus respectueux et plus doux.

--Non! dit la chanoinesse secouant le front. Quand je serai là-haut!

peut-être! mais ici je ne puis me résigner à couvrir de mon pardon les

souillures de la fille perdue. Adieu, mademoiselle de Vénérande. Mais

avant mon départ, sachez-le: si sainte que Dieu veuille que je sois, il

m'a permis d'apprendre vos horribles débordements. Je sais tout: Raoule

de Vénérande, je vous maudis.

La chanoinesse parlait très bras et cependant Raoule crut entendre

retentir les éclats de cette malédiction jusque dans la tranquillité de

la chambre nuptiale.

Elle eut un tressaillement superstitieux.

--Vous savez tout? expliquez vos paroles, ma tante! Le chagrin de me

voir porter un nom roturier vous trouble-t-il la raison?

--Vous êtes la belle-soeur d'une prostituée. Elle était ici tout à

l'heure, cette fille, oubliée dans vos invitations; elle m'a forcée à me

pencher sur le gouffre. Vous n'étiez pas la maîtresse de Jacques

Silvert, Raoule de Vénérande, et je le regrette à présent de toute mon

âme! Mais souvenez-vous bien, fille de Satan! que les désirs contre

nature ne sont jamais assouvis. Vous rencontrerez la désespérance au

moment où vous croirez au bonheur! Dieu vous précipitera dans le doute

au moment où vous toucherez à la sécurité. Adieu... je vais prier sous

un autre toit.

Raoule, immobilisée dans l'impuissance de sa rage, la laissa se retirer

sans proférer un mot.

Lorsque Mme Élisabeth eut disparu, la mariée appela ses femmes qui

l'attendaient pour l'aider à sa toilette de nuit.

--Il est venu quelqu'un ici voir ma tante? interrogea-t-elle d'un ton

sourd.

--Oui, madame, répondit Jeanne, l'une de ses caméristes, une personne

très voilée qui lui a parlé longtemps.

--Et cette personne?

--S'est retirée emportant un petit coffret. Je pense que Mme la

chanoinesse a fait une dernière aumône avant de partir pour son couvent.

--Ah! très bien, une dernière aumône.

A ce moment le bruit d'une voiture fit trembler légèrement les vitres de

la bibliothèque.

--Votre tante a commandé le coupé, dit Jeanne en baissant la tête pour

ne pas laisser voir son émotion.

Raoule passa dans le cabinet de toilette, et, la repoussant:

--Je ne veux personne, allez-vous-en et faites dire au marquis de

Sauvarès, mon parrain, que désormais il reste seul pour faire les

honneurs du salon.

--Oui, madame.

Jeanne sortit à l'instant, complètement ahurie. L'air semblait devenu

irrespirable dans l'hôtel de Vénérande.

Un à un, les invités défilèrent devant le marquis, plus étonné qu'eux du

mandat qu'il venait de recevoir; puis, quand il n'y eut plus que de

Raittolbe, M. de Sauvarès lui prit le bras.

--Allons-nous-en, mon cher, dit-il avec un éclat de rire moqueur; cette

maison est décidément transformée en tombeau.

Le chasseur préposé à la garde du vestibule éteignit les lustres, et,

bientôt, dans les salons déserts, par tout l'hôtel, avec le silence,

régna l'obscurité profonde.

Après avoir fait glisser le verrou du cabinet de toilette, Raoule

s'était dépouillée de ses vêtements avec une orgueilleuse colère.

--Enfin! avait-elle dit, quand la robe de damas aux chastes reflets

était tombée à ses pieds impatients.

Elle prit une petite clef de cuivre, ouvrit un placard dissimulé dans la

tenture et en tira un habit noir, le costume complet, depuis la botte

vernie jusqu'au plastron brodé. Devant la glace, qui lui renvoyait

l'image d'un homme beau comme tous les héros de roman que rêvent les

jeunes filles, elle passa sa main, où brillait l'alliance, dans ses

courts cheveux bouclés. Un rictus amer plissa ses lèvres estompées d'un

imperceptible duvet brun.

--Le bonheur, ma tante, fit-elle froidement, est d'autant plus vrai

qu'il est plus fou; si Jacques ne se réveille pas du sommeil sensuel que

j'ai glissé dans ses membres dociles, je serai heureuse malgré votre

malédiction.

Elle s'approcha d'une portière de velours, la souleva d'un geste

fébrile, et, la poitrine palpitante, s'arrêta.

Du seuil, le décor était féerique. De ce sanctuaire païen érigé au sein

des splendeurs modernes, émanait un vertige subtil, incompréhensible,

qui eût galvanisé n'importe quelle nature humaine. Raoule avait

raison... l'amour peut naître dans tous les berceaux qu'on lui prépare.

L'ancienne chambre à coucher de Mlle de Vénérande, arrondie aux

angles, avec un plafond en forme de coupole, était tendue de velours

bleu, lambrissée de satin blanc rehaussé d'or et de cannelures en

marbre.

Un tapis, dessiné d'après les indications de Raoule, recouvrait le

parquet de toutes les beautés de la flore orientale. Ce tapis, fait de

laine épaisse, avait des couleurs tellement vives et des reliefs si

accusés, qu'on aurait pu croire marcher dans quelque parterre enchanté.

Au centre, sous la veilleuse retenue par quatre chaînes d'argent, la

couche nuptiale avait les contours du vaisseau primitif qui portait

Vénus à Cythère. Une profusion d'amours nus accroupis au chevet

soulevaient de toute la force de leurs poings la conque capitonnée de

satin bleu. Sur une colonne en marbre de Carrare, la statue d'Eros,

debout, l'arc au dos, soutenait de ses bras arrondis d'amples rideaux de

brocart d'Orient, retombant en plis voluptueux tout autour de la conque,

et, du côté du chevet, un trépied en bronze portait un brûle-parfums

étoilé de pierres précieuses où se mourait une flamme rose dégageant

une vague odeur d'encens. Le buste de l'Antinoüs aux prunelles d'émail

faisait face au trépied. Les fenêtres avaient été reconstruites en ogive

et grillées comme les fenêtres de harems, derrière des vitraux de

nuances adoucies.

L'unique ameublement de la chambre était le lit. Le portrait de Raoule,

signé Bonnat, s'accrochait aux tentures, tout entouré de draperies

blasonnées. Sur cette toile, elle portait un costume de chasse du temps

de Louis XV et un lévrier roux léchait le manche du fouet que tenait sa

main magnifiquement reproduite.

Jacques était étendu sur le lit; par une coquetterie de courtisane qui

attend l'amant d'une minute à l'autre, il avait repoussé les couvertures

ouatées et le moelleux édredon. Au reste, une vivifiante chaleur régnait

dans la chambre bien close.

Raoule, les pupilles dilatées, la bouche ardente, s'approcha de l'autel

de son dieu, et dans son extase:

--Beauté, soupira-t-elle, toi seule existes; je ne crois plus qu'en toi.

Jacques ne dormait pas: il se souleva doucement sans quitter sa pose

indolente; sur le fond d'azur des courtines, son buste souple et

merveilleux de forme se détachait rose comme la flamme du brûle-parfums.

--Alors, pourquoi voulais-tu jadis la détruire, cette beauté que tu

aimes? répondit-il dans un souffle amoureux.

Raoule vint s'asseoir sur le bord de la couche et prit à pleines mains

la chair de ce buste cambré.

--Je punissais une trahison involontaire cette nuit-là; songe à ce que

je ferais si jamais tu me trahissais réellement.

--Écoute, cher maître de mon corps, je te défends de rappeler le soupçon

entre nos deux passions, il me fait trop peur..... Pas pour moi!

ajouta-t-il, riant de son adorable rire d'enfant, mais pour toi.

Il posa sa tête soumise sur les genoux de Raoule.

--C'est bien beau, ici, murmura-t-il, avec un regard reconnaissant. Nous

allons y être très heureux.

Raoule, du bout de son index, caressait ses traits réguliers et suivait

l'arc harmonieux de ses sourcils.

--Oui, nous y serons heureux et il ne faut pas quitter ce temple de

longtemps, pour que notre amour pénètre chaque objet, chaque étoffe,

chaque ornement de caresses folles, comme cet encens pénètre de son

parfum toutes les tentures qui nous enveloppent. Nous avions décidé un

voyage, nous n'en ferons pas; je ne veux pas fuir l'impitoyable société

dont je sens grandir la haine pour nous. Il faut lui montrer que nous

sommes les plus forts, puisque nous nous aimons...

Elle pensait à sa tante... Jacques pensait à sa soeur.

--Eh bien, dit-il résolument, nous resterons. D'ailleurs, j'achèverai

mon éducation de mari sérieux; dès que je saurai me battre, j'essaierai

de tuer le plus méchant de tes ennemis.

--Voyez-vous cela, madame de Vénérande, tuer quelqu'un!

Il se renversa d'un mouvement gracieux jusqu'à son oreiller:

--Il faut bien qu'elle demande à tuer quelqu'un, puisque le moyen de

mettre quelqu'un au monde lui est absolument refusé.

Ils ne purent s'empêcher de rire aux éclats; et, dans cette gaieté à la

fois cynique et philosophe, ils oublièrent la société impitoyable qui

avait prétendu, en quittant l'hôtel de Vénérande, qu'elle quittait un

tombeau.

Peu à peu, la gaieté insolente se calma. Son rictus ne déforma plus

leurs deux bouches qui s'unissaient. Raoule attira le rideau jusqu'à

elle, plongeant le lit dans une demi-obscurité délicieuse, au sein de

laquelle le corps de Jacques avait des reflets d'astre.

--J'ai un caprice, dit-il, ne parlant plus qu'à voix basse.

--C'est le moment des caprices, répondit Raoule, mettant un genou sur le

tapis.

--Je veux que tu me fasses une vraie cour, comme, à pareille heure, peut

en faire un époux quand c'est un homme de ton rang.

Et il se tordait, câlin, dans les bras de Raoule, rejoints sous sa

taille nue.

--Oh! oh! fit-elle, retenant ses bras, alors je dois être très

convenable?

--Oui... tiens, je me cache, je suis vierge...

Et, avec une vivacité de pensionnaire qui vient de lancer une malice,

Jacques s'enveloppa de ses draps; un flot de dentelles retomba sur son

front et ne laissa plus entrevoir que la rondeur de son épaule, qui

semblait être, ainsi voilée, l'épaule large d'une femme du peuple,

admise par hasard dans le lit d'un riche viveur.

--Vous êtes bien cruelle, fit Raoule, écartant le rideau.

--Mais non, dit Jacques, ne pensant pas qu'elle commençait déjà le jeu.

Non, non, je ne suis pas cruel, je te dis que je veux m'amuser, là...

J'ai de la gaieté plein le coeur, je me sens tout ivre, tout aimant,

tout plein de désirs fous. Je veux user de ma royauté, je veux te faire

crier de rage et remordre mes plaies comme lorsque tu me déchirais par

jalousie. Je veux être féroce à ma manière, moi aussi.

--N'y a-t-il pas assez de nuits que j'attends et demande aux songes les

voluptés que tu me refuses? continua Raoule debout et le couvant de ce

regard sombre, dont la puissance avait doté l'humanité d'un monstre de

plus.

--Tant pis, riposta Jacques, mettant sur sa lèvre pourpre le bout de sa

langue humide, je me moque un peu de tes songes, la réalité sera

meilleure après, je te supplie de commencer tout de suite, ou je me

fâche.

--Mais c'est le martyre le plus atroce que tu puisses m'imposer, reprit

la voix frémissante de Raoule, qui avait l'intonation grave du mâle:

attendre quand j'ai la félicité suprême à ma portée; attendre quand tu

ne sais pas encore combien je suis fier de te tenir en mon pouvoir;

attendre quand j'ai tout sacrifié pour avoir le droit de te garder à mes

côtés, jour et nuit; attendre quand le bonheur inouï serait de t'écouter

seulement me dire: «Je suis bien le front sur ton sein, je veux dormir

là.» Non, non, tu n'auras pas ce courage!

--Je l'aurai, déclara Jacques, sincèrement dépité de voir qu'elle ne se

prêtait pas à la comédie sans en avoir le bénéfice voluptueux. Je te

répète que c'est un caprice.

Raoule tomba sur les genoux, les mains jointes, ravie de le voir dupe

lui-même, et _par habitude_, de la supercherie qu'il implorait, sans se

douter qu'elle l'employait dans son langage passionné depuis vingt

minutes.

--Oh! tu es d'une méchanceté? je te trouve tout à fait détestable, fit

Jacques énervé.

Raoule s'était reculée, la tête rejetée en arrière.

--Parce que je ne puis te voir sans devenir fou, dit-elle, se trompant à

son tour; parce que ta divine beauté me fait oublier qui je suis et me

donne des transports d'amant; parce que je perds la raison devant tes

nudités idéales... Et, qu'importe à notre passion délirante le sexe de

ses caresses? Qu'importent les preuves d'attachement que peuvent

échanger nos corps? Qu'importe le souvenir d'amour de tous les siècles

et la réprobation de tous les mortels?... Tu es belle... Je suis homme,

je t'adore et tu m'aimes!

Jacques avait compris enfin qu'elle lui obéissait. Il se leva sur un

coude, les yeux pleins d'une joie mystérieuse.

--Viens!... dit-il dans un frisson terrible, mais n'ôte pas cet habit,

puisque tes belles mains suffisent à enchaîner ton esclave... Viens.

Raoule se rua sur le lit de satin, découvrant de nouveau les membres

blancs et souples de ce Protée amoureux qui, à présent, n'avait plus

rien conservé de sa pudeur de vierge.

Durant une heure, ce temple du paganisme moderne ne retentit que de

longs soupirs entrecoupés et du bruit rythmé des baiser; puis, tout à

coup, un cri déchirant retentit, pareil au hurlement d'un démon qui

vient d'être vaincu.

--Raoule, s'écria Jacques, la face convulsée, les dents crispées sur la

lèvre, les bras étendus comme s'il venait d'être crucifié dans un spasme

de plaisir, Raoule, tu n'es donc pas un homme? tu ne peux donc pas être

un homme?

Et le sanglot des illusions détruites, pour toujours mortes, monta de

ses flancs à sa gorge.

Car Raoule avait défait son gilet de soie blanche, et, pour mieux sentir

les battements du coeur de Jacques, elle avait appuyé l'un de ses

seins nus sur sa peau; un sein rond, taillé en coupe avec son bouton de

fleur fermé qui ne devait jamais s'épanouir dans la jouissance sublime

de l'allaitement. Jacques avait été réveillé par une révolte brutale de

toute sa passion. Il repoussa Raoule, le poing crispé:

--Non! non! n'ôte pas cet habit, hurla-t-il, au paroxysme de la folie.

Une seule fois ils avaient joué sincèrement la comédie tous les deux,

ils avaient péché contre leur amour, qui, pour vivre, avait besoin de

regarder la vérité en face, tout en la combattant par sa propre force.

Monsieur Vénus · 第 23 / 27 题