DE BERNE A MILAN PAR-DESSUS LES ALPES

Le beau raid de l'aviateur suisse Bider, qui, tout récemment, a réussi à

voler de Berne à Milan en traversant les Alpes, comptera parmi les plus

audacieuses prouesses aériennes de ces derniers mois, qui en furent

prodigues. Par bonne fortune, le passage de l'aviateur au-dessus de la

cime célèbre de la Jungfrau, à une heure fort matinale, eut un témoin

muni d'un appareil photographique: grâce à lui, il nous est aujourd'hui

permis de montrer par l'image l'instant le plus solennel peut-être de la

périlleuse randonnée. Le cliché reproduit ici, dont nous devons la

communication, accompagnée d'intéressants commentaires, à M. Ed. Bauty,

directeur de la _Tribune de Genève_, a été pris par M. Liechti,

directeur du chemin de fer de la Jungfrau, à la station du Jungfraujoch,

qui se trouve à 3.457 mètres d'altitude, au milieu des glaciers et des

neiges.

[Illustration: L'aviateur suisse Bider survolant la Jungfrau.--_Phot. de

M. l'ingénieur Liechti._]

Oscar Bider, qui est d'origine bernoise, a voulu avant tout, par cet

exploit, accomplir une oeuvre patriotique. Sans le moindre esprit de

réclame, sans tapage aucun, il a tenu à montrer le rôle que pouvait

jouer l'aviation en Suisse et à prouver que les sommets les plus élevés

n'étaient pas un obstacle pour un pilote résolu. Aussi bien son

monoplan, un Blériot, portait-il, en manière de symbole, sur chacune de

ses ailes, la croix fédérale sur champ rouge.

C'est le dimanche 13 juillet, à 4 h. 08 du matin, que Bider a quitté

Berne. Il s'élevait immédiatement à une grande hauteur. A 6 h. 07. il

passait au-dessus du col de la Jungfrau, à 6 h. 11, au-dessus de la

cabane Concordia, à 6 h. 20, au-dessus de l'Eggishorn. Puis, il

disparaissait dans la vallée pour atterrir à 6 h. 40 à Domodossola, en

Italie, à l'endroit même où l'infortuné Chavez et Bielovucic étaient

arrivés, après avoir décrit trois immenses cercles en vol plané.

Réapprovisionné en huile et en benzine, et son appareil mis au point,

quatre minutes plus tard, Bider repartait pour Milan où il atterrissait

à 8 h. 42: il avait couvert environ 280 kilomètres, en quatre heures et

demie.

L'aviateur avait eu beaucoup à souffrir du froid, ayant rencontré des

températures de 10° à 15° au-dessous de zéro. Mais la réception

enthousiaste qu'il reçut, à Milan, du maire et des principales

notabilités le récompensa de tous ses efforts.

Le raid de Bider a été très remarqué en Suisse, et il n'est pas douteux

qu'il ne donne un grand élan à l'oeuvre de l'aviation militaire, qui est

en ce moment même l'objet d'une grande souscription nationale.

L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913 · 第 24 / 47 题