LES TROIS PETITES PRINCESSES

COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX

DONS A TROIS PETITES PRINCESSES

Trois filles d'un Roi sarrazin,

Le même jour, furent priées

Et le même jour mariées

Aux trois fils d'un Prince voisin.

Elles eurent mêmes grossesses:

Au bout de neuf mois mêmement,

Il leur naquit, pareillement,

Trois petites princesses.

Le Roi maure, dit le Conteur,

Fit proclamer leur délivrance

En Inde, en Perse et jusqu'en France,

Et dépêcha son enchanteur

Auprès de trois gentilles Fées

Qui, dans trois chars tendus d'orfrois,

Se présentèrent toutes trois,

D'aurore et de lune attiffées.

Après qu'il fut fait maint salut

Et que luth et lyre eurent cesse,

Chaque Fée à chaque Princesse

Fit le plus beau don qu'il lui plut.

A sa Princesse, la Première

Donna pour don qu'elle serait

Faite comme elle, trait pour trait,

Et plus Belle que la lumière.

--«Bien que soit richesse en honneur

Chez les mortels, dit la Seconde,

Mon don n'est perle de Golconde

Mais belle perle de Bonheur.»

Vint la Troisième.--«Il est encore,

Dit-elle, un don plus précieux!»

En couvrant l'enfant jusqu'aux yeux

D'un suaire tissé d'aurore.

En faisant ce don, elle était

Si bonne, si douce et si tendre,

Qu'on ne se lassa pas d'attendre

Le grand bien qu'elle promettait.

Grand bien n'est pas ce qu'on présente

Souvent pour tel; car là, tout beau!

On mit la petite au tombeau,

Qui mourut à l'aube naissante.

Contes des fées · 第 18 / 66 题