IV

COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT

FURENT TROUVÉS L'UN PRÈS DE L'AUTRE

ENDORMIS

Les Oiseaux avaient leur secret

Qui le précédaient par volée,

Le menant d'allée en allée,

De salon en grotte et retrait.

Toute la noble multitude

Cueillait des fleurs, chemin faisant,

Et l'on parvint, en devisant

De solitude en solitude,

Jusqu'à l'Antre d'or où, parmi

Des fleurs plus blanches que nature,

Mignonne, en belle créature,

Dormait près du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colère

Devant ce spectacle nouveau:

Tel cas à son royal cerveau

Ne pouvait, vraiment, que déplaire.

Et tout, dans le premier moment,

En voyant ce tableau coupable.

Il aurait bien été capable

D'ordonner qu'on pendît l'amant.

N'était-ce point un pauvre sire,

N'ayant sou, ni maille, ni nom,

Si mince et petit compagnon

Qu'écuyer n'eut daigné l'occire!

Ils étaient pourtant beaux ainsi,

Tête contre tête penchée,

Chevelure en blonde jonchée,

Et bras enlacés à merci.

Ils souriaient, et dans leur rêve,

Aussi charmant qu'eux et léger,

Ils semblaient encor prolonger

L'heure aux amants toujours trop brève;

Car ils balbutiaient entre eux

Des mots si doux de voix si tendre,

Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre

Ensemble ramiers amoureux.

--«Je vous aime, Belle-Mignonne;»

--«Je vous aime, Page-Parfait;»

Redisaient-ils. Amour de fait

Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort.

Le Roi pouvait-il d'aventure

Empêcher que, contre nature,

Amant aimé fût le plus fort?

Contre ouragan, feu, fer et flamme,

Contre vent, marée et fureurs,

Poisons, serpents, rois, empereurs,

Prévaut force aimante de l'âme.

Notre Roi donc, bien qu'à regret

Et bien qu'il perdit l'assurance

Des grands présents qu'en espérance

Chaque Prince à sa fille offrait

(Ce dont il faisait le décompte),

Consentit bien à les unir,

Ainsi qu'il devait advenir

De la façon que je raconte.

Tout bon courtisan approuva,

Quoiqu'il en eût de jalousie.

Il n'est royale fantaisie

Qu'on ne suive comme elle va:

Aussi fut-ce chants d'hymenée,

Fleurs en bouquets et compliments

Autour du réveil des amants

Et de leur grand'joie étonnée.

Les noces durèrent trois mois:

Il faudrait pour les conter telles

Les belles Muses immortelles

De Ronsard, le grand Vendomois.

Sachez seulement que la Reine

Et le Roi n'oublièrent pas

De faire prier au repas

La malicieuse Marraine.

Contes des fées · 第 11 / 66 题