«Mes peuples de Gènes connaissent la prédilection que j'ai eue pour eux
dès le premier moment où j'ai paru à la tête de mes armées en Italie.
Ils peuvent aussi se vanter avec raison de m'avoir été constamment
fidèles, et leur attachement n'a fait qu'acquérir une nouvelle chaleur
toutes les fois que la fortune de mes armes a été incertaine. Ils
fournissent aujourd'hui un grand nombre de matelots à mes escadres, et
lorsque mes amiraux m'ont rendu compte du zèle et du bon esprit qui les
animaient, mon coeur en a été vivement ému.
Les momens ne sont pas éloignés où je vous mettrai à même de surpasser
la gloire qu'ont acquise vos pères sur toutes les côtes de la
Méditerranée.»
_A la députation de Marengo._
«Je vous remercie de ce que vous me dites. Les grands travaux que,
depuis dix-huit ans, je fais faire à Alexandrie, rendent cette ville
l'une des plus fortes de l'Europe: je compte sur la fidélité et la
bravoure de mes peuples de Marengo.»
_A la députation de Tarn-et-Garonne._
«J'agrée vos-sentimens; j'en connais la sincérité. Lors de mon dernier
voyage, j'ai été satisfait de tout ce que j'ai vu dans vos belles
contrées, et spécialement dans ma bonne ville de Montauban. Comptez
toujours sur mon affection.»
_A la députation de la Vendée._
«Tout ce que vous me dites dans votre adresse, je l'ai éprouvé lors de
mon dernier voyage dans votre pays. Le spectacle que m'ont offert vos
villages, dix ans après la guerre, m'a paru horrible. J'ai fait la
guerre dans les trois parties du, monde, Je crois avoir des droits à
la reconnaissance des peuples que j'ai vaincus; car, six mois après la
guerre terminée, il n'en restait plus de traces sur leur territoire.
J'ai été touché des sentimens que mes peuples de la Vendée m'ont
témoignés. Ils ont raison de compter sur l'amour que je leur porte.
Faites disparaître promptement ces traces de nos malheurs domestiques.
J'ai mis, cette année, à la disposition de mon ministre de l'intérieur
de nouveaux moyens pour vous y aider. Lorsque vous relevez une ruine,
que vous rebâtissez une de vos maisons, songez que vous faites la chose
qui m'est le plus agréable; c'est une manière sûre de me plaire. La
première fois que vous reviendrez ici, dites-moi que toutes vos villes
et villages sont entièrement rebâtis, et que mes peuples de la Vendée
sont logés comme le comporte la fertilité de leur sol.»
Paris, 17 mars 1811.
_Réponse de l'empereur à une députation des villes de Hambourg, Lubeck
et Brême._
«Messieurs les députés des villes anséatiques de Hambourg, Brême et
Lubeck, vous faisiez partie de l'empire germanique: votre constitution
a fini avec lui. Depuis ce temps votre situation était incertaine. Je
voulais reconstituer vos villes sous une administration indépendante,
lorsque les changemens qu'ont produits dans le monde les nouvelles lois
du conseil britannique, ont rendu ce projet impraticable il m'a été
impossible de vous donner une administration indépendante, puisque vous
ne pouviez plus avoir un pavillon indépendant.
Les décrets de Berlin et de Milan sont la loi fondamentale de mon
empire. Ils ne cessent d'avoir leur effet que pour les nations qui
défendent leur souveraineté et maintiennent la religion de leur
pavillon. L'Angleterre est en état de blocus pour les nations qui se
soumettent aux arrêts de 1806, parce que les pavillons qui se sont ainsi
soumis aux lois anglaises, sont dénationalisés; ils sont Anglais. Les
nations, au contraire, qui ont le sentiment de leur dignité, et qui
trouvent, dans leur courage et dans leurs forces, assez de ressources
pour méconnaître le blocus par notification, vulgairement appelé _blocus
sur le papier_, et aborder dans les ports de mon empire, autres que ceux
réellement bloqués, en suivant l'usage reconnu et les stipulations du
traité d'Utrecht, peuvent communiquer avec l'Angleterre, L'Angleterre
n'est pas bloquée pour elles. Les décrets de Berlin et de Milan,
dérivant de la nature des choses, formeront constamment le droit public
de mon empire pendant tout le temps que l'Angleterre maintiendra ses
arrêts de 1806 et 1807, et violera les stipulations du traité d'Utrecht
sur cette matière. «L'Angleterre a pour principe de saisir les
marchandises appartenant à son ennemi sous quelque pavillon qu'elles
soient. L'empire a dû admettre le principe de saisir les marchandises
anglaises ou provenant du commerce de l'Angleterre, sur quelque
territoire que ce soit. L'Angleterre saisit les marchands, les
voyageurs, les charretiers de la nation avec laquelle elle est en guerre
sur toutes les mers. La France a dû saisir les voyageurs, les marchands,
les charretiers anglais sur quelque point du continent qu'ils se
trouvent et où elle peut les atteindre; et si dans ce système il y a
quelque chose de peu conforme à l'esprit du siècle, c'est l'injustice
des nouvelles lois anglaises qu'il faut en accuser.
Je me suis plu à entrer dans ces développemens avec vous, pour vous
faire voir que votre réunion à l'empire est une suite nécessaire des
lois britanniques de 1806 et 1807, et non l'effet d'aucun calcul
ambitieux. Vous trouverez dans mes lois civiles une protection que, dans
votre position maritime, vous ne sauriez plus trouver dans les lois
politiques. Le commerce maritime, qui a fait votre prospérité, ne peut
renaître désormais qu'avec ma puissance maritime. Il faut reconquérir à
la fois les droits des nations, la liberté des mers et la paix générale.
Quand j'aurai plus de cent vaisseaux de haut-bord, je soumettrai
dans peu de campagnes l'Angleterre. Les matelots de vos côtes et
les matériaux qui arrivent aux débouchés de vos rivières me sont
nécessaires. La France, dans ses anciennes limites, ne pouvait
construire une marine en temps de guerre: lorsque ses côtes étaient
bloquées, elle était réduite à recevoir la loi. Aujourd'hui, par
l'accroissement qu'a reçu mon empire depuis six ans, je puis construire,
équiper et armer vingt-cinq vaisseaux de haut-bord par an, sans que
l'état de guerre maritime puisse l'empêcher ou me retarder en rien.
Les comptes qui m'ont été rendus du bon esprit qui anime vos
concitoyens, m'ont fait plaisir; et j'espère, avant peu, avoir à me
louer du zèle et de la bravoure de vos matelots.»
Paris, 22 mars 1811.
_Réponse de l'empereur à une députation du sénat et du conseil d'état,
envoyée pour le féliciter sur la naissance de son fils le roi de Rome.